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Tomate : un effet potentiel de l’huile essentielle de romarin contre les aleurodes des serres

L’huile essentielle de romarin a montré des effets intéressants contre les aleurodes des serres lors d’essais du CTIFL. Les freins sont pour le moment trop nombreux pour envisager un transfert de la méthode en production.

Deux huiles essentielles, romarin et armoise, ont été testées par le CTIFL afin de déterminer leur effet insecticide vis-à-vis de l’aleurode des serres (Trialeurodes vaporariorum) en culture de tomate. Lors de ces essais réalisés en 2018 sur plantes entières, l’huile essentielle de romarin a présenté une efficacité intéressante vis-à-vis des aleurodes adultes, avec une efficacité proche de 50 %. L’huile essentielle d’armoise, en revanche, a montré une activité insecticide insuffisante.

Les huiles essentielles peuvent être considérées comme une alternative crédible aux produits phytosanitaires classiques : faiblement rémanentes, elles ne produiraient pas ou peu de résidus toxiques. Le développement de résistances serait limité du fait de la présence de plusieurs principes actifs. Enfin, les méthodes d’extraction sont relativement peu coûteuses et les niveaux de rendement sont considérés comme bons.

Une application par diffusion passive

Deux essais sous serre ont été réalisés en 2018, avec des doses différentes d’huiles essentielles appliquées par diffusion passive via des disques de papiers buvards déposés au sol (voir encadré). Lors de l’essai 1, les populations d’aleurodes ont continué d’augmenter dans toutes les modalités suite au traitement, mais de manière nettement moins importante dans les modalités Référence chimique et Huile essentielle romarin. Après 19 jours, il y avait 46 % d’aleurodes adultes en moins dans la modalité Huile essentielle romarin par rapport au témoin non traité, une efficacité proche de la référence chimique. En revanche l’huile essentielle d’armoise a montré une faible efficacité, avec seulement 9,5 % d’aleurodes adultes en moins par rapport au témoin non traité après 19 jours.

Dans le deuxième essai, avec des doses d’huiles essentielles plus importantes, on observe un « effet choc » pour les deux huiles essentielles testées : les populations d’aleurodes adultes diminuent fortement deux jours après le traitement, malgré un nombre d’individus plus élevé au moment de l’application que lors de l’essai 1. Comme dans l’essai 1, l’huile essentielle de romarin présente une efficacité supérieure à l’armoise. Vingt jours après le traitement, il y a 53,5 % d’aleurodes adultes en moins dans la modalité Huile essentielle romarin par rapport au témoin non traité, contre 38,5 % dans la modalité Huile essentielle armoise. Dans cet essai la référence chimique n’a pas montré d’efficacité, peut être en raison d’une présence de larves nettement plus importante dans cette modalité au moment du traitement.

Un effet partiel contre les aleurodes

Le fait que les populations d’aleurodes adultes remontent dans toutes les modalités dans les deux essais (dès le traitement lors de l’essai 1 et à partir de J + 12 lors de l’essai 2), laisse supposer que les huiles essentielles n’ont qu’un effet partiel contre l’aleurode et que les larves ne sont pas affectées. Cette hypothèse a été confirmée en 2019 lors d’un essai en laboratoire sur feuilles détachées qui a étudié plus spécifiquement l’effet larvicide des huiles essentielles étudiées (voir encadré).

Les doses d’huiles essentielles testées lors des essais correspondent à des doses létales faibles. Les résultats obtenus pour le romarin sont néanmoins intéressants avec une efficacité proche de la référence chimique. Il semble cependant difficile d’augmenter ces doses pour améliorer l’efficacité. D’une part, les quantités appliquées à l’échelle d’une serre de 60 m² sont déjà très élevées et représentent des coûts non négligeables : presque 1,5 l d’huile essentielle de romarin à la dose la plus forte, pour un coût d’environ 2,25 €/m².

D’autre part, des travaux conduits au laboratoire ont montré un effet toxique d’huiles essentielles sur certains auxiliaires. Certains hyménoptères parasitoïdes seraient plus sensibles que les ravageurs ciblés, à la même dose testée. L’utilisation d’huile essentielle de romarin en serre de tomate contre les aleurodes n’est donc pas transférable en l’état en conditions de production, tant sur le plan réglementaire (cet usage n’est pas approuvé), que sur les plans technique et économique. Les recherches doivent se poursuivre pour découvrir une formulation et un mode d’application permettant de réduire la dose d’huile essentielle appliquée et de fiabiliser son efficacité.

Adapté de l’article paru dans INFOS-CTIFL juillet-août 2021 n°373
Benjamin Gard (CTIFL) et Anne-Violette Lavoir (Université de Nice Sophia Antipolis – Institut Sophia Agrobiotech)

Deux doses d’huiles essentielles évaluées

Dans les essais sous serre, pour chaque huile essentielle testée, deux doses ont été évaluées, déterminées à partir de travaux préliminaires menés par l’Institut Sophia Agrobiotech : 2,92 microl/l d’air pour l’huile essentielle de romarin et 0,91 microl/l d’air pour celle d’armoise lors de l’essai 1 ; 5,87 microl/l d’air pour l’huile essentielle de romarin et 1,85 microl/l d’air pour celle d’armoise lors de l’essai 2. Les huiles essentielles ont été déposées sur trente disques de papiers buvards, disposés au sol de manière régulière dans la serre.

Les plants de tomates ont été infestés artificiellement en pépinière, avec une population d’aleurodes des serres maintenue en élevage sur le centre opérationnel de Balandran. Les aleurodes ont été introduits au stade adulte à la dose de 0,9 femelle/plante lors de l’essai 1 et 0,4 femelle/plant lors de l’essai 2. Un témoin traité à l’eau a été utilisé comme témoin négatif et une référence chimique comme témoin positif, avec une application foliaire de Plenum 50 WG (pymétrozine) à 0,4 l/ha. Les applications ont lieu un mois après l’infestation pour évaluer l’impact des produits testés sur une population d’aleurodes développée.

Pas d’effet larvicide observé

L’effet larvicide des huiles essentielles a été évalué au travers d’un essai en laboratoire réalisé sur feuilles détachées en 2019. Des plants de tomates ont été infestés artificiellement avec des aleurodes adultes à la dose de 0,9 femelle/plante. Un mois après l’infestation, les feuilles présentant des larves d’aleurodes à différents stades ont été récoltées et placées dans des boîtes cristal. Les papiers buvards avec les huiles essentielles ont été déposés dans les boîtes. Celles-ci ont ensuite été recouvertes d’un plastique pour avoir un effet fumigation pendant 24h.

Les résultats des essais confirment l’hypothèse d’une absence d’effet larvicide des applications d’huiles essentielles. Les larves exposées aux huiles essentielles poursuivent leur développement de la même façon que les larves non exposées. Toutefois, ces résultats restent exploratoires. Dans cet essai, il manque en effet un témoin positif pour s’assurer que le protocole expérimental permet bien de tester l’hypothèse. Il faudrait donc conduire un nouvel essai en ajoutant une référence chimique avec effet larvicide comme témoin positif.

Rédaction Réussir

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