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Tomate  de pleine terre : le mildiou terrestre de plus en plus problématique

Le mildiou terrestre pose de plus en plus de problèmes en culture de solanacées de pleine terre. Plusieurs pistes sont explorées pour limiter les dégâts.

« Jusqu’à présent, le mildiou terrestre était un problème mineur des cultures de tomate et aubergine de pleine terre, rapporte Maët Le Lan, responsable de la Station expérimentale de Bretagne Sud. Il y avait des dégâts certaines années, en lien avec des conditions humides, avec une grande sensibilité variétale. Mais depuis quelques années, la maladie a pris de l’ampleur. Les pertes de plants, souvent avant même l’entrée en production, sont fréquemment de 10 à 20 % et peuvent atteindre 50 à 60 %. » Causé par un champignon du sol, Phytophtora nicotianae var. Parasitica, le mildiou terrestre se manifeste par l’apparition au collet de la plante d’une lésion noirâtre aux contours assez diffus, plutôt humide, qui ceinture progressivement le collet. La plante nécrosée flétrit rapidement et se dessèche. « Dans un premier temps, la plante fane l’après-midi car elle ne peut plus s’alimenter correctement en eau puis revient à un état normal. Puis un jour, elle se dessèche complètement. En constatant le flétrissement, l’erreur à ne pas faire serait d’arroser davantage, ce qui accentue le problème. » La dispersion des sporanges peut se faire à la suite d’irrigations abondantes par aspersion. Les attaques interviennent en général en avril, mai, juin et sont favorisées par des conditions froides et humides et des sols limoneux lourds. « Le mildiou terrestre se rencontre partout, indique Maët Le Lan. En Bretagne, les conditions climatiques d’avril et mai rencontrées ces dernières années l’ont sans doute favorisé. De plus, depuis mars 2012, une spécialité à base de chlorothalonil et métalaxyl a été retirée pour l’usage mildiou sous serre sur tomate. Ce produit était utilisé en protection contre le mildiou aérien, mais assurait aussi une protection contre le mildiou terrestre. Et en bio, les maraîchers ne disposent d’aucune solution technique. » Comme pour tous les champignons du sol, la monoculture de tomate ou la rotation tomate-aubergine (greffée sur tomate) accentuent le problème.

Prédire les périodes à risque

Depuis trois ans, la Station expérimentale de Bretagne Sud teste donc différentes méthodes alternatives de protection contre le mildiou terrestre. Le support est la variété de tomate cerise jaune Summer Sun, très sensible à la maladie. Le témoin en conventionnel consiste à utiliser le Previcur Energy, avec un traitement des plants avant plantation et un autre un mois après plantation. « Ce traitement assure assez souvent une bonne protection. Mais même lui est insuffisant en cas de forte pression. Depuis deux ans, nous avons eu de gros dégâts sur cette modalité. » Différents traitements alternatifs ont également été testés (Prestop, Etonan, Osiryl). « Ces traitements peuvent fonctionner mais seulement en cas de faible pression et avec des traitements répétés, ce qui n’est donc pas satisfaisant. » L’utilisation de porte-greffes moins sensibles au champignon semble par contre prometteuse. Les modalités greffées sur Brigeor et Emperador donnent ainsi de meilleurs résultats que celles greffées sur Maxifort et Beaufort, bien qu’inférieurs au témoin. Et en 2019, un autre porte-greffe a donné des résultats très concluants. « Cette piste intéressante doit encore être confirmée », précise Maët Le Lan. Autre solution à l’étude : la prévision des risques grâce à un modèle de développement du champignon. « Le cycle de développement de Phytophtora nicotianae var. Parasitica est mal connu. On ne sait même pas exactement s’il est présent dans le sol ou comment il arrive. L’effet année est par contre très important. On constate qu’il est favorisé par des conditions humides et des nuits fraîches. Nous allons donc analyser toutes les données de température de jour et de nuit et de pluviométrie accumulées depuis cinq ans et les corréler à la pression de la maladie pour vérifier s’il existe un lien. Cela permettra peut-être d’adapter la conduite de l’irrigation et de la ventilation sur les périodes à risque », conclut-elle.

En cas d’attaque

- Limiter les arrosages dès que l’on détecte les premiers symptômes, même si cela entraîne une perte de rendement. Bien ventiler la serre.

- Enlever les plants attaqués ou butter ceux qui ne sont pas greffés au-dessus du chancre. Les plants peuvent recréer un système racinaire, ce qui peut permettre d’en sauver quelques-uns.

- Si possible, choisir les variétés les moins sensibles et allonger les rotations avec d’autres espèces que des solanacées.

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