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SNBC 3 : comment réduire les émissions carbone du secteur agricole d’ici 2030 d’après le gouvernement ?

Le gouvernement a publié le 12 décembre 2025 la dernière version la troisième Stratégie nationale bas carbone (SNBC 3). Le texte est entré en consultation et devrait être adopté au printemps 2026. Quelle est la trajectoire de décarbonation envisagée pour l’agriculture ? 

Agriculteur moissonnant une parcelle de blé couchée par les dernières pluie de juillet dans les plaines céréalières de la Marne.
Le secteur agricole aurait émis « 76 Mt CO2e en 2023, soit 20 % des émissions brutes de la France », indique le dernier projet de SNBC 3.
© J.-C. Gutner

 

Avec AgraPresse

Le 12 décembre 2025, dix ans jour pour jour après l’Accord de Paris, le gouvernement a publié une nouvelle version de sa 3e Stratégie nationale bas-carbone (SNBC). La SNBC 3 a pour objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 50 % d’ici à 2030 contre 40 % dans la SNBC 2.

Par rapport à la précédente mise en consultation début novembre 2025, le texte publié fin 2025 prévoit des émissions à hauteur de 279 Mt CO2e en 2030 contre 273 Mt dans la version précédente. En cause : des baisses d’émissions moins importantes anticipées dans les secteurs des déchets, du bâtiment et des transports.

Lire aussi : SNBC 3 : comment l’agriculture peut réduire ses émissions de carbone de 10 Mt d’ici à 2030 selon le gouvernement ?

Quel objectif de réduction d’émissions de carbone pour l’agriculture dans la SNBC 3 ? 

Dans la dernière version de la SNBC 3, les prévisions pour 2030 concernant l’agriculture sont en revanche maintenues avec des émissions à hauteur de 67 Mt CO2e. Pour 2050, la dernière publication de la SNBC 3 envisage des émissions de 43 Mt CO2e pour le secteur agricole. 

Graphique de l'évolution et des projections des émissions du secteur de l'agriculture en MtCO2e

Le secteur agricole aurait émis « 76 Mt CO2e en 2023, soit 20 % des émissions brutes de la France », indique le dernier projet de SNBC 3. En 2021 et 2022, les émissions du secteur s’élevaient respectivement à 77 Mt CO2e et 74 Mt CO2e. Selon le texte, « en 2023, la baisse des émissions de l’agriculture est ainsi de 18 % par rapport à 1990. » Ces émissions devront être réduites de 28 % en 2030 et de 54 % en 2050 par rapport à leur niveau en 1990. Parmi ces émissions en 2023, 60 % sont issues de l’élevage, 26 % des cultures et 13% liés à la combustion dans les engins, moteurs et chaudières des secteurs. 

Relire : Décarbonation : l’agriculture doit multiplier par 2,8 son rythme de baisse d’émissions selon le Haut conseil pour le climat

Quels leviers de réduction des émissions de GES pour le secteur agricole dans la SNBC 3 ? 

Leviers de réduction des émissions du secteur agricole pour 2030

Graphique des leviers de réduction des émissions de l'agriculture - 2023 - 2030

Pour les cultures

Dans l’objectif de réduire de 15 % (-3 Mt CO2e) les émissions de GES dans les cultures, l’Etat part sur les hypothèses suivantes dans son scénario de référence : 

  • Le développement des « systèmes agroécologiques sur environ 36 % des surfaces en 2030 » par rapport à 7,8 % en 2020. Avec en particulier, le déploiement de l’agriculture biologique sur 21 % des surfaces agricoles en 2030, contre 5,8 % en 2020 ;
  • Le développement des techniques d’agriculture de précision sur 15 % de surfaces supplémentaires ;
  • L’allongement des rotations et une diversification des cultures, « notamment pour développer les légumineuses (2 Mha de légumineuses en 2030 et 2,5 Mha en 2050 contre 1 Mha en 2020) » ;
  • Le développement des cultures intermédiaires dont les engrais verts ;
  • Le déploiement des pratiques de préservation de la structure du sol comme le semis direct : « atteinte de 1,9 Mha en 2030 et 4,3 Mha en 2050 contre 0,4 Mha en 2020 » ;
  • Le développement des infrastructures agroécologiques pour augmenter le stockage de carbone des sols ;
  • La diminution de 30 % des recours aux engrais minéraux azotés d’ici 2030.

Pour diminuer de 30 % le recours aux engrais minéraux azotés d’ici 2030, la SNBC 3 met en avant la limitation des fuites d’azotes et l’optimisation des doses, grâce à des outils d’aide à la décision, la sélection variétale et à une adaptation plus précise aux besoins des cultures.

Lire aussi : Fertilisation azotée : la France peut-elle remplacer les engrais minéraux par la biomasse organique produite sur son territoire ?

Pour l’élevage

Du côté de l’élevage, pour espérer diminuer de 8,6 % (-4 Mt CO2e) les émissions de GES, le plan d’action du gouvernement part sur les hypothèses suivants dans son scénario de référence : 

  • Une évolution des modes de production : avec une hausse des systèmes de pâturage dominant dans les élevages laitiers (de 28% en 2020 à 45% en 2030), une augmentation des poules label et bio de 32% à 39%, et des porcs label et bio de 4 à 7%
  • Une autonomie protéique des cheptels renforcée avec une réduction de 50 % des importations de soja en 2030
  • Une optimisation de la gestion des troupeaux via l’alimentation, la conduite sanitaire et la sélection génétique
  • La baisse de la fermentation entérique (avec des ajustements de rations pour 25% des bovins)
  • L’optimisation des effluents d’élevage (généralisation des couvertures de fosses, amélioration des pratiques d’épandage, méthanisation des effluents).

Lire aussi : Dossier | Ils ont atteint leur autonomie protéique

Pas d’objectifs concernant la baisse de consommation de viande dans la SNBC 3 

Comme le soulignent nos confrères d’AgraPresse, la nouvelle version du projet de Stratégie nationale base carbone (SNBC 3) ne contient pas d’objectif chiffré sur la baisse de consommation de viande. « La SNBC est une stratégie climat, ce n’est pas un texte prescriptif sur les habitudes alimentaires des Français. Ça n’est pas une stratégie de santé publique, donc elle n’a pas vocation à être prescriptive sur la consommation de viande », a répondu le cabinet de Monique Barbut aux questions des journalistes lors d’un point presse le 15 décembre 2025. 

Et d’ajouter, « [Dans la SNBC], on est dans une démarche où on active les leviers qui sont à la main des politiques publiques. La limite de l’action de l’Etat, c’est la liberté des Français, et le choix de ce qu’ils mangent c’est leur liberté ». 

« Une grande vigilance sera exercée dans les politiques publiques au regard des impacts territoriaux et sur la souveraineté alimentaire, en privilégiant la consommation de viande locale et durable », mentionne le projet SBNC 3. Il invoque ainsi une réduction des « importations » et « leurs impacts environnementaux négatifs »

Pour les consommations d’énergies dans les exploitations agricoles

Concernant la consommation d’énergie dans les exploitations, pour réduire de 2 Mt CO2e les émissions de GES, la SNBC 3 intègre dans son scénario, ces hypothèses : 

  • La décarbonation des engins agricoles : « La part d’engins agricoles fonctionnant avec des énergies non-fossiles (électricité, biocarburants, hydrogène) passe à 10% du parc en 2030, puis 100% en 2050 »  indique l’équipe de la ministre de la Transition écologique Monique Barbut à nos confrères d’AgraPresse ;
  • Le renforcement de l’efficacité énergétique des installations, et déploiement de systèmes de chauffage alternatifs : « pompe à chaleur, géothermie, chaleur fatale, biomasse », précise la dernière version.

Lire aussi : Quelles énergies pour décarboner les machines agricoles, et à quel coût ?

Quels objectifs relatifs à la production de bioénergies ? 

Le projet de stratégie nationale bas carbone 3 prévoit aussi dans son scénario de référence une évolution dans la production de bioénergie avec :

  • Une augmentation de la part des cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVE)  parmi les cultures intermédiaires de 4 % en 2020 à 19 % en 2030 (et 30 % en 2050) pour une production de 17 TWh PCS en 2030 ;
  • Un développement des infrastructures agroécologiques avec l’arrêt de l’arrachage et le développement de la gestion durable des haies, l’augmentation du linéaire de haies et des surfaces d’agroforesterie intraparcellaire, pour « augmenter la production de bois-énergie hors-forêt » ;
  • Une croissance de +5TWh de production de biocarburants liquides en 2030 par rapport à 2020. 

Lire aussi : Méthanisation : le gisement de Cive pourrait être multiplié par sept en France selon une étude

Le texte de la SNBC 3 en phase de consultations auprès de trois instances

Le texte de la 3ème Stratégie nationale bas-carbone entre désormais en phase de consultations d’environ 3 mois. Le Conseil national de la transition écologique (CNTE), le Haut conseil pour le climat (HCC), l’Autorité environnementale (Ae) et le Conseil national d’évaluation des normes (CNEN) doivent rendre leur avis. 

La SNBC 3 devrait ensuite adoptée par décret au « printemps 2026 », indique le ministère de la Transition écologique. Sauf si son adoption est de nouveau reporté : elle était prévue à l’origine pour le début du printemps 2025. 

Lire aussi : Les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole repartent en hausse au premier semestre 2025

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