Semences fourragères : une culture à valeur ajoutée sans irrigation pour diversifier sa rotation
Cultures peu gourmandes en azote et ne nécessitant pas d’irrigation, les semences fourragères sont une opportunité pour diversifier sa rotation. Retour d’expérience de Florian Royer, dans la Marne, qui cultive du ray-grass anglais et de la fétuque rouge en multiplication.
Cultures peu gourmandes en azote et ne nécessitant pas d’irrigation, les semences fourragères sont une opportunité pour diversifier sa rotation. Retour d’expérience de Florian Royer, dans la Marne, qui cultive du ray-grass anglais et de la fétuque rouge en multiplication.
Les pistes de diversification culturale en l’absence d’irrigation ne sont pas légion. La multiplication de semences fourragères en est une. Luzerne, ray-grass anglais, fétuque, trèfle violet, vesce commune… les semenciers qui commercialisent ces espèces sont souvent en recherche de nouveaux contrats pour développer la production. C’est le cas de l’entreprise familiale hollandaise Barenbrug, dont la principale usine est basée à Connantre, dans la Marne. La demande de contrats de multiplication s’appuie sur une hausse de la demande des éleveurs en graines fourragères. « Nos surfaces sont passées de 389 hectares en 2020 à 1 020 hectares en 2025 », avance Amandine Bigorgne, technicienne culture chez Barenbrug.
1 500 euros de marge à l’hectare pour du ray-grass et de la fétuque rouge
La production de semences fourragères comporte de nombreux atouts. Florian Royer, agriculteur à Soudé dans la Marne (1), en est convaincu. « À la suite de la fermeture de l’usine de transformation de pommes de terre fécule d’Haussimont (51), nous cherchions une nouvelle culture à intégrer dans notre rotation, explique-t-il. Nous nous sommes orientés vers la fétuque rouge, car le semencier Barenbrug proposait des contrats. » Sur la ferme familiale où il est installé, son père produit déjà du ray-grass anglais en contrat de semences depuis plus de 20 ans.
« Les semences fourragères ne sont pas des cultures plus compliquées à mener qu’une céréale, avec une rémunération légèrement plus élevée », assure Amandine Bigorgne. En outre, elles ne nécessitent ni matériel spécifique ni irrigation. « La marge brute de nos productions de ray-grass et de fétuque rouge équivaut à un bon blé. Elle s’élève à environ 1 500 euros par hectare (€/ha). Ramené au temps passé, ce sont des cultures intéressantes », présente Florian Royer.
Un des avantages de la multiplication de semences est la sécurité offerte par la contractualisation. « Pour les deux cultures, nous signons des contrats annuels avec des prix fixés à l’avance. Nous bénéficions d’un suivi très régulier et de conseils pour les interventions de la part de notre technicienne », apprécie l’agriculteur. « Le ray-grass est semé chaque année entre août et septembre et la récolte se fait fin juillet, après la moisson des céréales. La fétuque rouge a été implantée en mars 2024, sous couvert d’orge de printemps, pour une durée de deux ans, avec une première récolte début juillet 2025 », détaille Florian Royer.
Les semences fourragères économes en azote
Le semencier Barenbrug a fait le choix de la plaine céréalière champenoise pour multiplier ses semences en raison de la nature favorable des terres pour cette production (sols faciles à travailler) qui permettent une haute productivité grainière. Amandine Bigorgne met aussi en avant l’excellente technicité des agriculteurs. « Ils ont un bon niveau d’équipement et une bonne maîtrise du désherbage », ajoute-t-elle. Cet aspect du désherbage est en effet une des principales difficultés de la production de semences fourragères face à la diminution des solutions chimiques. « Au départ, il faut sélectionner des parcelles bien propres. S’il y a trop de graminées adventices lors de la récolte, le semencier peut refuser le lot », précise Florian Royer.
L’agriculteur apprécie ces cultures qui s’intègrent bien dans la rotation. Le ray-grass est une très bonne tête d’assolement, il laisse une texture de sol grumeleuse, parfaite pour la culture suivante. « C’est un bon précédent pour des cultures exigeantes comme la pomme de terre ou la betterave, avance Amandine Bigorgne. Mais elles préparent aussi bien le sol pour un blé tendre d’hiver ou une orge de printemps. » Les semences fourragères, dont on ne récolte que les graines, permettent un bon apport de matière organique après leur destruction. Elles peuvent faire office de couvert en hiver. En plus de la production de graines, des coupes à l’automne ou au printemps permettent de bénéficier de fourrages si on a un élevage ou d’un complément de revenu. Pour la culture suivante, la gestion des repousses est assez facile avec un programme de désherbage classique.
Les semences fourragères marquent aussi des points côté charges, d’autant plus dans le contexte d’augmentation des prix des engrais azotés. « Ce sont des cultures peu gourmandes en azote », confirme Amandine Bigorgne. « La dose azote moyenne sur ray-grass est de 150 unités par hectare (U/ha), alors que pour la fétuque, elle est de 100 U/ha la première année et de 120 U/ha la deuxième, précise Florian Royer. Leurs besoins sont en revanche légèrement supérieurs en engrais de fond. »
Viser un temps chaud et sec pour la récolte
L’étape de la récolte, qui se fait avec la moissonneuse-batteuse de l’exploitation, est assez délicate, notamment si le temps est humide. « Nous accompagnons les producteurs pour déclencher la récolte au bon moment et soigner les réglages du matériel », explique la technicienne de Barenbrug. Le ray-grass est récolté en direct avec la moissonneuse. Pour la fétuque rouge (ou le dactyle), la récolte se fait généralement en andain pour homogénéiser le séchage et limiter les pertes de grains. Il faut donc viser une fenêtre de tir où il fera chaud et sec pendant plusieurs jours. Chez Florian Royer, en 2025, les rendements s’élèvent à 20 quintaux par hectare (q/ha) en ray-grass (moyenne 5 ans à 18 q/ha) et 16 q/ha pour sa première récolte de fétuque.
Les semences fourragères éligibles aux aides couplées
Les producteurs de semences de graminées prairiales (ray-grass, fétuques, dactyle, fléole, etc.) peuvent bénéficier d’une aide couplée de la PAC destinée à soutenir la production de semences certifiées. Pour la campagne 2025, le montant est fixé à 43,83 euros par hectare. Cette aide est attribuée uniquement aux surfaces engagées dans une production de semences sous contrat avec un établissement semencier agréé et correctement déclarées dans la PAC.
Les multiplicateurs de semences de légumineuses fourragères peuvent bénéficier de l’aide couplée aux protéines végétales. Son montant indicatif est de l’ordre de 120 euros par hectare, variable selon les campagnes et les enveloppes nationales. Comme pour les graminées, l’éligibilité est conditionnée à la mise en place d’un contrat de multiplication de semences avec un établissement semencier (semences certifiées).