Santé du taureau : La trichomonose bovine refait parler d’elle
Depuis quelques années, des cas de trichomonose bovine sont de plus en plus fréquemment identifiés chez des taureaux de monte naturelle. L’École nationale vétérinaire de Toulouse explique dans quelles situations il faut la suspecter et quelles mesures mettre en œuvre.
Depuis quelques années, des cas de trichomonose bovine sont de plus en plus fréquemment identifiés chez des taureaux de monte naturelle. L’École nationale vétérinaire de Toulouse explique dans quelles situations il faut la suspecter et quelles mesures mettre en œuvre.
« La trichomonose bovine n’est pas une maladie du passé, même si sa prévalence en France – qui n’est pas connue précisément – est probablement faible », a expliqué Lucie Roques de l’École nationale vétérinaire de Toulouse, lors des journées nationales GTV en mai à Dijon. Cette maladie avait été quasi éradiquée avec le développement de l’IA dans les années soixante, les reproducteurs utilisés en IA étant systématiquement contrôlés et les animaux porteurs éliminés.
« La trichomonose bovine doit être envisagée dans le diagnostic différentiel d’une infertilité collective suite à l’introduction de reproducteurs dans un élevage en monte naturelle, lorsque les autres causes infectieuses classiques ont été écartées par les analyses », a souligné Laurence Guilbert-Julien, directrice du laboratoire national de contrôle des reproducteurs.
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Une vigilance particulière est recommandée pour les élevages qui achètent des taureaux de monte naturelle ayant déjà sailli dans d’autres élevages ou qui s’échangent des taureaux en copropriété, ou encore à ceux dont les troupeaux se retrouvent en estive. « La trichomonose bovine est présente notamment en Espagne : une étude a montré une prévalence de 20,7 % sur 941 troupeaux allaitants qui avaient des problèmes de reproduction », rappelle Lucie Roques.
Un diagnostic par PCR sur lavage préputial
La trichomonose bovine provoque une infertilité collective et peut déclencher des avortements précoces, avec des conséquences technico-économiques importantes pour les élevages. Elle est due au protozoaire flagellé Tritrichomonas fœtus. Sa transmission est exclusivement sexuelle, suite à l’introduction dans le troupeau d’une femelle ou d’un taureau infecté utilisé en monte naturelle, et plus rarement par du matériel contaminé (semence ou paillette uniquement dans le cas de collectes non contrôlées).
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Il n’existe pas de test sérologique pour cette maladie. Le diagnostic repose sur une analyse PCR ou par culture et examen microscopique direct à partir d’un prélèvement réalisé par le vétérinaire de liquide de lavage préputial (trois prélèvements réalisés à sept jours d’intervalle). Il n’existe ni traitement ni vaccin autorisé en France.
Une maladie qui peut devenir chronique
Chez le mâle, l’infection est le plus souvent asymptomatique et le parasite se loge dans les cryptes préputiales. Sa présence peut devenir chronique chez les taureaux de plus de 4 ans, qui constituent alors de véritables réservoirs épidémiologiques. Chez la femelle, l’infection est généralement transitoire, avec des signes cliniques peu spécifiques (inflammation utéro-vaginale, endométrite, avortement précoce), puis une élimination spontanée du parasite dans les deux à quatre mois qui suivent. L’immunité acquise persiste environ six mois, ce qui rend les femelles à nouveau sensibles lors de la campagne de reproduction suivante. Certaines femelles âgées peuvent toutefois devenir porteuses chroniques. « Nous recommandons la réforme des taureaux infectés ainsi que des femelles âgées présentant des troubles de la reproduction, susceptibles de constituer des réservoirs chroniques du parasite », conclut Lucie Roques.
Un cas de trichomonose dans un troupeau aubrac de l’Aveyron
L’École nationale vétérinaire de Toulouse a audité en 2025 un élevage aubrac sélectionneur de 125 mères en Aveyron, confronté depuis plusieurs années à un allongement des intervalles vêlage-vêlage, sans tendance particulière liée à l’âge des vaches ou aux lots. La reproduction était conduite en monte naturelle, avec également un recours à l’IA, dont des IA privées, avec la semence d’un taureau de l’élevage.
« Un taureau vendu un an et demi auparavant s’est révélé positif à Tritrichomonas fœtus par PCR chez son nouveau propriétaire », explique Lucie Roques. Par ailleurs, l’un des quatre taureaux présents dans l’élevage a également été testé positif.
L’ensemble des facteurs de risque susceptibles d’expliquer l’étalement des vêlages a été investigué. « Nous avons conclu à une implication très probable de la trichomonose dans les problèmes de reproduction observés, avec une circulation du parasite favorisée par les pratiques d’élevage, notamment les changements de lots de vaches entre taureaux. »
La réforme du taureau testé positif (à deux reprises, à un an d’intervalle) ainsi que celle des vaches les plus âgées présentant des troubles de la reproduction et susceptibles d’être porteuses chroniques a été recommandée. Les autres taureaux ont été testés à trois reprises, afin de limiter le risque de faux négatifs. L’année suivante, la durée de la période de vêlage était revenue normale, à quatre à cinq mois.