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Etude
Sans PAC, quel serait l’avenir pour l’agriculture européenne ?

Sans la Politique agricole commune, la production agricole diminuerait de 5 % en 2040, affirme une étude du centre de recherche de la Commission européenne publiée le 27 octobre. Deux autres scénarios d’évolution de la PAC sont aussi examinés, l’un qui priorise la productivité et la compétitivité, et l’autre l’environnement et le climat. 

Paysage agricole de grandes cultures en Bourgogne (Côte d' Or) au printemps avec tracteur, zone intermédiaire.
Dans le scénario sans PAC, la production agricole de l’UE diminuerait de 5 % en 2040, et le revenu agricole brut de 11 %, estiment les auteurs de l’étude.
© Christian Gloria

À quoi ressemblerait l’agriculture européenne sans les mesures de la politique agricole commune (PAC) ? Une récente étude du Centre commun de recherche (JRC, Commission européenne) publiée le 27 octobre a imaginé les conséquences de cette option politique sur différentes variables comme la productivité agricole européenne, le revenu agricole ou les émissions de gaz à effet de serre du secteur. Trois scénarios ont été étudiés par les auteurs : un premier où la PAC priorise la productivité et l’innovation, un deuxième où les questions climatiques et environnementales sont ciblées, et le dernier où la PAC est carrément supprimée

Tous partent de la structure actuelle de la PAC, et projettent l’influence de la politique d’ici à 2040, par rapport à un évolution tendancielle de référence. 

Lire aussi : PAC post-2027 : quelles sont les cinq trajectoires possibles ?

Sans la PAC, le revenu agricole brut tombe de 11 %

Dans le scénario sans PAC, la production agricole de l’UE diminuerait de 5 % en 2040, et le revenu agricole brut de 11 %, estiment les auteurs de l’étude. Dans le détail, la production céréalière s’affaiblirait de -1 % à -22 % en fonction des pays, avec une perte de plus d’un million de tonnes pour la France. La production européenne de viande bovine diminuerait de 13,2 % sans la PAC, et la France serait l’Etat membre le plus affecté avec -150 000 tonnes

Lire aussi : Aides PAC : quel poids dans le revenu des exploitations agricoles ? 

Aussi, la balance commerciale du secteur agroalimentaire de l’UE chuterait de 12 %. L’emploi dans le secteur agricole serait aussi affecté, avec -2,8 % soit environ 250 000 emplois. Et les prix pour les consommateurs augmenteraient de 1,3 %, « touchant de manière disproportionnée les dépenses alimentaires des ménages les plus vulnérables dans l’UE », précise l’étude.

 « La suppression de la PAC pourrait avoir des impacts économiques, sociaux et environnementaux considérables », préviennent les auteurs, « avec une forte hétérogénéité selon les exploitations, les régions, les États membres et les secteurs. » Ils soulignent cependant « qu'un tel scénario ne serait pas compatible avec le traité sur le fonctionnement de l'UE et ne constitue donc pas une trajectoire politique réaliste ».

Lire aussi : Que prévoit la Commission européenne dans sa « Vision sur l’agriculture et l’alimentation » ?

Quelle influence des scenarios centrés sur la compétitivité et sur l’environnement ?

L’étude pointe un risque de « fuite de carbone » avec une PAC ciblée sur l’environnement et le climat 

Pour le scénario centré sur l’environnement et le climat, le budget de la PAC reste le même que dans le scénario de référence, mais vise en priorité l’amélioration des performances environnementales et climatiques du secteur agricole de l’UE. L’étude projette ainsi en 2040 une diminution des émissions de gaz à effet de serre (-1,7 %) et de la pollution azotée (-2 % par hectare). Et 90 000 nouveaux emplois pourraient être créés. 

Mais ces bénéfices auraient des conséquences économiquesimportantes, prévient l’étude, avec des reculs sur la production agricole (-4 %) et sur balance commerciale agroalimentaire de l’UE (-12,1 % soit -8,1 milliard d’euros). Les prix alimentaires augmenteraient de 0,34 %, ainsi que les importations. L’étude prévient que cette baisse de production « pourrait transférer la demande vers des régions du monde où l’agriculture est moins efficace en termes d’émissions de carbone » et entrainer donc un phénomène de « fuite de carbone ». 

Lire aussi : PAC post-2027 : pourquoi les propositions de Bruxelles ne plaisent toujours pas à la majorité des ministres de l’agriculture ?

Une PAC centrée sur l’innovation et la compétitivité ferait grimper la production agricole et diminuer les prix

Pour le scénario qui priorise l’innovation et la compétitivité, les projections montrent une amélioration en 2040 de la production agricole de l’UE (+2,7 %), ainsi que de la balance commerciale agroalimentaire (+2,7 milliards d’euros). Aussi, les prix pour les consommateurs seraient plus bas (-0,36 %). 

Mais les effets sur l’environnement seraient plus importants que l’évolution tendancielle de référence, à la fois pour les émissions de gaz à effet de serre (+0,5 %) et pour la pollution azotée par hectare (+1,4 %). L’étude souligne toutefois que ce scénario entrainerait une réduction nette à l’échelle mondiale des émissions de gaz à effet de serre, grâce à le production européenne « plus efficace en termes d’émissions » que les productions non-européennes. 

Lire aussi : Aides PAC 2023-2027 : quelles sont les productions affectées par la réforme ?

Que recommandent les auteurs de l’étude pour le futur de la PAC ? 

Les auteurs soulignent qu’il n’existe pas de « solution miracle » pour le futur de la PAC, et appellent les décideurs politiques à avoir « une approche équilibrée et nuancée ». L’étude soutient l’importance de prendre en compte « les arbitrages complexes entre viabilité économique, sécurité alimentaire et protection de l’environnement, tant au niveau local que mondial ». 

Lire aussi : PAC post-2027 : qu’ont dit Sébastien Lecornu et Annie Genevard au commissaire européen Christophe Hansen ?

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