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Hommage à un président de la République
Jacques Chirac au Salon de l’Agriculture : trois éleveurs se souviennent

L'image de Jacques Chirac est liée au Salon de l'agriculture. Ceux qui ont arpenté avec lui de longues années durant les allées du Salon se souviennent de son sourire et de son contact facile. Jacques Chirac aimait le monde agricole et en était. Il a marqué les esprits et restera très estimé. L’homme s’en est allé. Son empreinte sera présente au Salon de l’agriculture 2020.

Jacques Chirac a tiré sa révérence le 26 septembre 2019. Il était né le 29 novembre 1932 et son parcours politique l’a mené jusqu’au sommet, la présidence de la République française, de mai 1995 à mai 2007.

Celui qui fut aussi deux fois Premier ministre avait un attachement particulier à la Corrèze. Ses deux grands-pères y étaient instituteurs, l’un à Brive-la-Gaillarde et l’autre à Saint-Ferréol. Lui est né à Paris mais se rapprochera de la terre de ses aïeuls en étant élu député pour la première fois en 1967.

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C’est peut-être aussi ce département rural qui nourrira sa sympathie pour le monde agricole et ses terroirs. Des territoires où il laissera son empreinte en étant ministre de l’Agriculture de 1972 à 1974. Il œuvrera notamment en faveur des agriculteurs de montagne en lançant en 1973 l’indemnité spéciale de montagne (l’ISM, devenue aujourd’hui ICHN, indemnité compensatoire de handicap naturel) et un plan d’aide à la modernisation des exploitations. Il sera aussi un fervent défenseur de la politique agricole commune.  

« Aucun de ses déplacements sur le salon ne restait inaperçu. Connu pour son amour de la gastronomie, il goûtait et dégustait avec envie les produits de nos terroirs avant de s’extasier devant la beauté des animaux en concours », disent les organisateurs du SIA qui lui rendent hommage cette année.

 

« La plus belle, c’est la Limousine »

Pendant plus de vingt ans, Pierre Chevalier a accompagné Jacques Chirac dans ses visites au Salon de l’agriculture. L’ancien président de la Fédération nationale bovine (FNB), figure du syndicalisme agricole corrézien, se souvient du franc-parler de l’ancien président de la République. Il aimait les bovins et les passait tous en revue. Avec malgré tout une petite préférence. Pierre Chevalier raconte qu’une année, il était passé devant les vaches de race Blonde d’Aquitaine. « Belle bête, bel animal », s’était-il exclamé, « mais la plus belle, c’est la Limousine ».

En 1995, alors qu’il était en campagne et que les courbes des sondages Balladur Chirac commençaient à s’inverser en sa faveur, il avait croqué une pomme en passant devant le stand des Golden. « Elle est délicieuse. Et quelle énergie ça donne ! » avait-il lancé. Tous les médias avaient relayé l’anecdote et l’histoire de Jacques Chirac et des pommes était née.

Pierre Chevalier évoque aussi une visite dans le département de la Corrèze. « J’étais président de la FNSEA en Corrèze et nous nous sommes rendus chez un éleveur bovin sur le Plateau des mille vaches », se souvient-il. A son arrivée, Jacques Chirac avait salué l’éleveur en lui disant : « Ah, qu’est-ce que c’est beau chez vous, mais qu’est-ce que c’est loin ! ».

« C’est beau mais c’est loin »

Pascal Coste, tout jeune président des JA, était aussi du voyage et se souvient encore de cette journée et des paroles tonitruantes de Jacques Chirac. Et il garde une grande admiration pour cet homme qui l’a beaucoup marqué. « Je pense que c’était le premier des paysans. Il avait ça dans ses veines. C’est ce qui lui permettait de se ressourcer », raconte Pascal Coste. Le syndicaliste se souvient que le président Jacques Chirac l’appelait 3 à 4 fois dans l’année « juste pour prendre le poul ». Quand en mars 2001, le Corrézien est élu maire de sa commune de Beynat, « il m’a appelé le soir même », raconte-il. « Et le 24 avril, il nous recevait à l’Elysée avec mes adjoints ».

Il savait « donner du temps », observe celui devenu depuis président du Conseil départemental de la Corrèze. « C’était un paysan », martèle-t-il, « au sens noble du terme. Il ne travaillait pas la terre mais il connaissait sa sensibilité. » Et d’ajouter : « sous la 5e République, c’est celui qui incarnait le mieux la France des Territoires ».

Pascal Coste se souvient des demandes de Jacques Chirac pour aller au salon malgré sa maladie quand il lui rendait visite lors du congrès des maires de France. « C’est lui qui a lancé la mode des présidents de la République qui viennent au Salon », reconnaît-il.

« On se rappelle de ce que Jacques Chirac a fait pour l’élevage allaitant »

Gilbert Delmond se rappelle avec émotion le dernier Salon de l’agriculture de Jacques Chirac. C’était en 2011. « Il était très fatigué. Il était venu au stand de la Limousine. On lui avait fait faire une pause dans la mezzanine. Il avait bu de la bière ». Il raconte encore : « on l’a suivi dans les allées des animaux. C’était émouvant. Il s’appuyait sur les épaules des autres personnes. » Le président d’Elvea 19, vice-président d’Elvea France, se souvient de son « contact facile » chaque fois qu’il venait au salon. « Il parlait aux gens autour de lui. » Il constate que « certains présidents et ministres plus récents n’attirent pas autant de monde ». Et de regretter : « Depuis Jacques Chirac, malheureusement, on n’a pas retrouvé le même ».

L’homme du monde de l’élevage corrézien évoque la production de veau sous la mère, étendard agricole dans ce département. « C’est à lui que l’on doit le début de la reconnaissance », assure-t-il, « les premiers signes de qualité ont été obtenus avec Jacques Chirac ».

Un brin nostalgique, il dit encore : « Jacques Chirac a été le ministre de l’Agriculture qu’on n’a pas retrouvé. » Et d’évoquer sa position en faveur des aides européennes. « Pour le troupeau allaitant », affirme-t-il, « il a énormément défendu le dossier à Bruxelles. Les gens qui ont entre 50 et 60 ans s’en rappellent ». Et de conclure : « J’ai beaucoup de respect ».  

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