Quels sont les produits de biocontrôle les plus efficaces et abordables en vigne ?
Intégrer du biocontrôle à ses programmes de manière efficace et abordale est possible. À condition de cibler les bons produits, de voir plus large et si possible de se faire accompagner.
Intégrer du biocontrôle à ses programmes de manière efficace et abordale est possible. À condition de cibler les bons produits, de voir plus large et si possible de se faire accompagner.
D’après la liste officielle des produits de biocontrôle, l’IFV recensait en juin dernier, sans compter le soufre, 63 spécialités commerciales autorisées en vigne. Parmi elles, certaines sont efficaces, mais onéreuses. D’autres ne donnent pas satisfaction. Heureusement il y a aussi quelques jokers, qui font l’unanimité chez les experts que nous avons interrogés, et qui trouvent leur place dans un programme qui tient compte des réalités techniques et économiques.
C’est notamment le cas des phosphonates, des hydrogénocarbonates et des huiles essentielles d’orange. Et lorsqu’on élargit aux préparations naturelles peu préoccupantes (PNPP) et aux produits normés comme engrais, les solutions s’étoffent. « Je vois passer beaucoup de biosolutions sur les parcelles d’essai du réseau Étamines, tout n’est pas à jeter », assure Thierry Favier, expert technique vigne du groupe CAPL. Et de nommer le Mimetic de Rovensa, pour illustrer. Un produit à base de tanins de chêne aux propriétés asséchantes, d’extraits de mimosa jouant le rôle de SDP et d’oligoéléments, manganèse et zinc, pour la nutrition. « Certains viticulteurs réalisent le premier traitement avec une association de phosphonate, Mimetic et soufre, ce qui permet d’avoir un IFT à zéro pour le T1, et cela fonctionne », assure l’expert. Pour lui, c’est un bon moyen de réduire les doses de phytos conventionnels, d’avoir un programme plus léger d’un point de vue de l’écotoxicologie et surtout de garder les « grosses cartouches » pour le pivot central qu’est la fleur.
Revoir les positionnements et les cadences si nécessaire
Il prévient en revanche que les produits à base de cos-oga ou de cerevisiane sont un peu compliqués à intégrer dans les programmes, le rapport coût/efficacité étant davantage discutable. Un avis partagé par Rémi Vandamme, conseiller viticole à la chambre d’agriculture du Vaucluse. « Globalement en termes de biocontrôle, sur oïdium nous préconisons de capitaliser sur le soufre en début de saison jusqu’à fin floraison, puis de le substituer par de l’Armicarb ou du Vitisan, voire du Taegro, si le temps tourne au chaud et sec et que les risques d’échaudage s’accentuent, détaille-t-il. Les résultats sont bons. Mais on recommande alors de ne cibler ces produits, plus onéreux que le soufre, que sur les parcelles à risque, c’est-à-dire cépages sensibles et oïdium en place. Sur les autres il n’y a logiquement pas de risque dans ces conditions météo. »
Il mentionne également l’huile essentielle d’orange douce, qui permet par exemple un renforcement de la protection avant fleur à un tarif cohérent, et qui permet d’avoir une action aussi bien sur oïdium que sur mildiou. Pour le mildiou justement, le conseiller préconise de se baser sur des phosphonates, mais pas en solo. « Ajouter 200 grammes de cuivre, ça va chercher dans les six euros par hectare, c’est une économie à ne pas faire ! », estime-t-il. Une stratégie qui permet d’être tranquille pour pas trop cher, tout en évitant les CMR et avec une ZNT à cinq mètres. Rémi Vandamme prévient toutefois : une telle utilisation veut dire un autre fonctionnement. « Les viticulteurs aiment les cadences à 14 jours, comme avant. Mais s’il pleut, le cuivre est lessivé et le phosphonate doit être renouvelé à 7 jours », avertit-il. Thierry Favier abonde, en relevant qu’avec de tels programmes, il faut absolument revoir la stratégie de lutte raisonnée mise en avant par les instituts techniques depuis des années. « Avec ces produits il est impératif d’enclencher la lutte avant les contaminations primaires ! » exhorte-t-il. Moyennant cela, même des solutions que l’on pensait « poudre de perlimpinpin » peuvent contribuer à la protection.
Le talc permet de jouer sur l’oïdium, l’échaudage et les cicadelles
« Les décoctions n’ont jamais percé parce que certains ont fait n’importe quoi. Il y a à boire et à manger mais quelques-unes sont intéressantes, remarque l’expert de la CAPL. Le mode d’extraction semble être un facteur déterminant. Ça n’est pas du phyto lourd mais cela permet par exemple de réduire les doses de cuivre en bio sur les deux ou trois premiers traitements. » Le groupe va d’ailleurs lancer, fort de ses expériences, un produit à base de prêle, ortie et saule, enrichi en manganèse et zinc et classé en substance naturelle à usage biostimulant (SNUB). Dans la même veine, Thierry Favier loue les avantages du talc : « ça ne paie pas de mine, mais ça permet en même temps de réduire la dose de soufre, de protéger des coups de chaleur et de limiter les cicadelles. »
Également membre du réseau d’expérimentation Étamines, le groupe languedocien Magne s’oriente lui aussi de plus en plus vers ce travail d’équilibriste entre protection efficace et rentable en intégrant les biosolutions. « Nous savons que les produits conventionnels vont disparaître peu à peu, donc autant ne pas attendre d’être au pied du mur pour s’habituer », pose Valentin Nicolet, responsable des services chez Magne. Le groupe propose un programme nommé Vision, faisant la part belle aux biocontrôles. « Mais pour que cela soit soutenable nous adoptons une vision plus large de la viticulture, en incluant les biostimulants et les engrais, explique le responsable. Le programme prend en compte le bien-être du végétal, la nutrition, le sol… »
Ici aussi, l’idée est de s’appuyer sur des activateurs de sol, biostimulants, infusions et biocontrôles, notamment en début de cycle, pour garder les options conventionnelles à partir de la fleur et s’adapter en fonction de la saison. « Ce qui est important, c’est l’accompagnement, ajoute Valentin Nicolet. Nous avons un système d’OAD pour piloter les périodes d’intervention, et beaucoup de solutions différentes : il peut y avoir cinq ou six produits à mélanger, c’est technique. » Malgré cela, le responsable des services assure qu’en lissant les coûts, le prix du programme Vision se rapproche du conventionnel. « C’est un peu plus cher en soi, mais le spectre est plus large », justifie-t-il.
Le traitement le moins cher est encore celui qu’on ne fait pas
L’accompagnement, c’est justement la clé, pour Tristan Roze des Ordons, associé chez Phloème conseil, en Gironde. « Nous suivons plus de 6000 hectares en Nouvelle-Aquitaine, et je peux témoigner que le biocontrôle ça marche et ça n’est pas réservé aux riches, assène-t-il. Mais il ne faut pas se dire que l’on remplace un produit conventionnel par un produit de biocontrôle. Cela demande avant tout de la surveillance et de la formation. » Son leitmotiv ? Le traitement le moins cher est celui que l’on ne fait pas. Illustration avec le botrytis, où les viticulteurs bordelais étaient habitués à des traitements conventionnels, par essence préventifs. Aujourd’hui il est tout aussi efficace de gérer par de la prophylaxie, de l’observation et en positionnant un Vitisan, Armicarb ou bicarbonate de sodium. D’autant plus que ces produits vont contribuer à limiter l’oïdium et le black-rot.
« Dans notre région et avec nos cépages, l’oïdium est tout à fait gérable avec du soufre et des hydrogénocarbonates si l’on n’a pas de foyer, estime le conseiller. Associer un anti-oïdium conventionnel à chaque passage de pulvérisateur revient à traiter plus que nécessaire et avec moins de résultat, à cause des résistances. En 2024 par exemple cela n’était pas nécessaire. » De même pour le black-rot, où la pression est plutôt faible à Bordeaux et où un traitement spécifique relève parfois davantage de l’assurance que de la lutte. « D’autant plus si vous traitez régulièrement avec du cuivre et du soufre », pointe le consultant.
Le seul point noir, pour lui, reste la gestion du mildiou. S’il estime possible de gérer 75 % de la problématique oïdium en biocontrôle, il évalue le chiffre à moins de 15 % pour le mildiou. « Bien sûr il y a les phosphonates, mais le mildiou est un endoparasite qui peut sortir avec une contamination primaire déjà très forte, selon les années cela revient à 50 euros par hectare tous les huit jours pour une différence qui n’est pas flagrante », regrette-t-il. Si l’efficacité de certains produits peut faire débat, la connaissance fine de ses parcelles, de leurs problématiques et des conditions du millésime, elle, ne le fait pas.
comprendre
Les produits de biocontrôle et les préparations naturelles peu préoccupantes (PNPP) se distinguent avant tout par leur statut réglementaire et leur mode de mise sur le marché.
Les PNPP sont définies par le Code rural, comme composées de :
- substances de base (produits de protection des plantes). Cette notion est définie par un règlement européen et correspond à des substances non initialement élaborées pour être utilisées en protection des plantes (denrées alimentaires par exemple) mais qui peuvent avoir un intérêt pour celle-ci et qui sont sans impact négatif sur la santé humaine ou l’environnement.
- substances naturelles à usage biostimulant (matières fertilisantes). La liste inclus uniquement les plantes médicinales vendues librement, telles que l’ortie, et sont définies par le Code de la santé publique.
Les produits de biocontrôle n’ont pas de définition européenne et sont régis par le Code rural. Ils réunissent des substances diverses : macro-organismes, micro-organismes, phéromones ainsi que les substances naturelles qui ne rentrent pas dans le cadre des PNPP ou qui font l’objet de formulations spécifiques.
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