Prépa vêlage : « Nous utilisons un capteur de phosphore pour nos vaches », dans la Meuse
Le Gaec de l’Épine dans la Meuse a modifié la conduite de ses vaches en prépa vêlage. La ration n’est plus préparée sur la base d’un bilan alimentaire cations-anions négatif mais intègre désormais un capteur de phosphore.
Le Gaec de l’Épine dans la Meuse a modifié la conduite de ses vaches en prépa vêlage. La ration n’est plus préparée sur la base d’un bilan alimentaire cations-anions négatif mais intègre désormais un capteur de phosphore.
« Nous avons expérimenté les rations à Baca (1) négatif pour nos vaches en prépa vêlage pendant cinq ans, rapporte Nicolas Bazart, à la tête d’un troupeau de 370 laitières à 12 500 kg. Nous observions moins de problèmes de non-délivrances, de fièvres de lait, de mauvais démarrages en lactation, mais selon les périodes, les résultats se montraient irréguliers sans raison apparente. Et finalement, c’était assez déboussolant et décevant de voir les soucis perdurer malgré nos efforts. »
C’est pourquoi, l’élevage a testé une nouvelle stratégie de rationnement : les prépas vêlage ne reçoivent plus un régime acidifiant mais leur ration comporte désormais un capteur de phosphore visant à prévenir l’hypocalcémie. Depuis maintenant deux ans, cette alternative semble porter ses fruits. « Il n’y a pas photo, témoigne Nicolas. Nous ne rencontrons plus de fièvres de lait et les vaches délivrent bien sauf en cas de jumeaux. Elles sont en forme après le vêlage et démarrent bien leur lactation, sans souci de santé. Elles fournissent de bons colostrums en qualité et quantité, et les veaux sont vigoureux. »
Fiche Elevage
- 6,5 UMO (3 associés, 3 salariés, 1 apprenti)
- 500 ha de SAU dont 280 de culture de vente, 100 de maïs ensilage, 100 de prairies permanente et 20 de luzerne
- 370 vaches à 12 500 kg
- pas cet outil pour le print
Une autre approche mais un même objectif
Les vaches sont taries quarante-cinq à cinquante jours avant vêlage. La préparation démarre trois semaines avant le terme. Comme il y a beaucoup d’animaux, les associés constituent facilement un lot d'une vingtaine de vaches et préparent une ration complète mélangée pour deux jours.
La composition de la ration n’a pas beaucoup évolué, la base de fourrages (ensilage de maïs, un peu d’ensilage d’herbe et paille) et de concentrés est la même. Seule la complémentation minérale a été modifiée. Finis les 400 g chlorures de calcium et de magnésium, inappétents, qui acidifiaient la ration. À la place, les éleveurs distribuent un minéral sans phosphore et 470 g d’une solution nutritionnelle qui capte le phosphore (X-ZelitR).
L’objectif reste de stimuler la mobilisation du calcium osseux, mais par un mécanisme différent de celui des régimes à Baca négatif qui jouent sur l’acidification du pH sanguin. « La solution va lier le phosphore de la ration pour créer un déficit en phosphore au niveau sanguin qui va déclencher le système hormonal naturel de la vache permettant la mobilisation du phosphore osseux, détaille Jérôme Larcelet de Seenorest. Dans les os, le phosphore est stocké sous forme de phosphate de calcium. Donc cette mobilisation du phosphore osseux conduit en parallèle à la libération du calcium osseux, augmentant ainsi le taux de calcium sanguin pour faire face au déficit chronique en début de lactation. »
Régularité de résultat et simplicité d’emploi
Après deux années d’utilisation, les associés se disent satisfaits de la régularité des résultats obtenus sur les fraîches vêlées. Ils n’observent plus de différences entre lots ni entre les animaux d’un même lot recevant la même ration. « Avant, quand nous contrôlions les pH urinaires des vaches, les mesures pouvaient varier entre 5,7 et 7 d’un animal à l’autre sans pouvoir en expliquer l’origine, se souvient Nicolas. Nous avions pourtant essayé d’agir sur plusieurs leviers en optimisant l’ingestion grâce à des solutions minérales anioniques acidogènes plus appétentes que les chlorures, en analysant les Baca de nos fourrages même celui de la paille, en ajoutant des abreuvoirs… Mais rien n’y a fait. »
Avec l’arrêt de l’acidification de la ration, les associés apprécient aussi de ne plus avoir à mesurer les pH urinaires des vaches en préparation au vêlage.
Sur le plan économique, la complémentation en capteur de phosphore revient à 32 euros par vache sur la durée de la prépa vêlage. « En comparaison, le complément minéral pour l’acidification totale de la ration me revenait quasiment au même, calcule Nicolas. Les chlorures de calcium et magnésium se montraient quant à eux meilleur marché. » Mais l’éleveur considère que l’enjeu n’est pas là et se dit prêt à mettre le prix pour que tout se passe bien au vêlage. « Car derrière, c’est la réussite de toute la lactation qui se joue », conclut Nicolas.
Ration des prépas vêlage (en brut)
- 20 kg d’ensilage de maïs
- 4 kg d’ensilage d’herbe
- 1,7 kg de paille
- 700 g de farine de maïs
- 2,7 kg de tourteau colza (dont 1,4 kg tanné)
- 1,5 kg de tourteau soja non OGM
- 150 g de CMV
- 470 g de capteur de phosphore
- Pour prendre moins de place, on peut enlever les puces pour éviter les retours à la ligne. Et mettre juste des virgules.
Avis d’expert : Jérôme Larcelet, nutritionniste chez Seenorest
« La priorité est de maximiser l’ingestion des prépas vêlage »
« La distribution de rations à bilan alimentaire cations-anions (Baca) négatif durant les trois semaines de préparation au vêlage vise à limiter le risque d’hypocalcémie clinique et subclinique, mais sur le terrain cette stratégie n’apparaît pas toujours simple à mettre en œuvre et les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous. En outre, elle présente aussi l’inconvénient de limiter l’utilisation de foin et d’ensilage d’herbe dans le régime et de recourir à des sels anioniques particulièrement inappétents. C’est un comble quand on cherche justement à booster l’ingestion lors de la préparation au vêlage !
Dans une majorité d’élevages, avant de s’engager dans de telles stratégies alimentaires, la priorité est d’abord de maximiser l’ingestion. Il y a de vraies marges de progrès possibles avec les vaches taries. Les études montrent qu’elles peuvent ingérer jusqu’à 17 kg MS par jour, et chaque kilo d’ingestion supplémentaire au tarissement sera autant de gagné pour le début de lactation.
Concrètement, cela commence par une transition alimentaire sans diète sévère à la paille ou au foin pour éviter une trop forte régression des papilles ruminales et un maintien des principaux fourrages de la ration des laitières (sauf les légumineuses). Il faut veiller à avoir une ration homogène distribuée à volonté et disponible toute la journée. La structure doit être parfaite avec des longueurs de fibres de moins de 3 cm et une matière sèche autour de 40 %. L’abreuvement en prépa vêlage est aussi déterminant. Au niveau du Baca, il faut viser entre - 50 et 50 meq/kg MS. C’est seulement une fois que ces fondamentaux sont respectés que le recours aux capteurs de phosphore ou aux régimes à Baca très négatifs pour mobiliser le calcium osseux peut se justifier. »