Aller au contenu principal

Une filière à quatre pour maintenir la dynamique porcine en Rhône-Alpes

Dans le bassin de production Rhône alpin, le partenariat entre la coopérative Oxyane, sa filiale de production et négoce Massard, la Sica de producteurs Sirepp et l’abattoir des Crêts constitue une filière originale qui contribue au maintien de l’activité porcine régionale.

L’ensemble constitué de la branche porc du groupe coopératif Rhône alpin Oxyane, de la Sirepp (Sica régionale des producteurs de porcs), une OP constituée de 45 adhérents basée dans l’Ain et de l’abattoir des Crêts à Bourg-en-Bresse représente une part non négligeable de la production porcine des régions Rhône-Alpes et sud de la Bourgogne-Franche-Comté. 

Lire aussi Qui sont les responsables de la nouvelle interprofession porcine de la région Aura

Elle constitue une filière composée de structures indépendantes, mais fortement liées par des accords de partenariat.

Deux usines d’aliments porc et une activité de négoce

« Oxyane est présent à la fois dans la fabrication d’aliments porcs, la production et le négoce de porcs via sa filiale Massard », explique Lionel Picard, le directeur de l’activité porc Oxyane. Ce puissant groupe coopératif (7 000 adhérents, 2 000 salariés, 700 millions d’euros de chiffre d’affaires) s’est formé dans un premier temps par la fusion en 2020 des coopératives Terre d’Alliances et Dauphinoise. Il s’est étoffé en 2022 par l’acquisition d’une partie des actifs du groupe Soréal impliqués dans l’activité porc : l’usine d’aliment de Vonnas, dans l'Ain, et la société Massard qui produit et commercialise des porcs charcutiers. « Avec cette usine et celle de La Côte-Saint-André en Isère, nous produisons annuellement 40 000 tonnes d’aliments porc », précise-t-il. Selon lui, la volonté des dirigeants d’Oxyane de développer un pôle coopératif régional performant devrait se traduire par la modernisation et la pérennisation du site de Vonnas. « L’objectif du groupe est de consolider son activité aval sur l’ensemble de sa zone d’activité et de continuer à fournir les éleveurs de porcs en produits de qualité. » En parallèle, la société privée Massard, désormais filiale à 100 % d’Oxyane, exploite un atelier naissage de 600 truies dont une partie sert à la production de cochettes destinées aux éleveurs de la Sirepp. Elle possède aussi deux ateliers de post-sevrage engraissement pour une production annuelle de 10 000 porcs charcutiers et intègre des engraissements (25 000 porcs par an). Les accords de partenariat avec la Sirepp concernent également le suivi technique des éleveurs, la gestion du planning et le transport des animaux. Au total, Massard assure la commercialisation de 120 000 porcs par an, la plupart abattus à l’abattoir privé des Crêts.

Tout le monde autour de la table

Thierry Thénoz, éleveur à Lescheroux, dans l’Ain, à la tête d’un atelier naisseur-engraisseur et président de la Sirepp (45 adhérents, 50 000 porcs charcutiers par an), justifie ces accords. « Notre Sica est une structure indépendante qui met tout le monde autour de la table, coopératives et sociétés privées, explique-t-il. L’objectif est de sortir des discussions de marchand de tapis en mettant en place des partenariats gagnant-gagnant. » Il cite notamment la mise en place de mécanismes de stabilisation qui amortissent les fluctuations conjoncturelles des marchés. Ainsi, le tarif des aliments achetés à Oxyane évolue en fonction de l’indice mensuel des prix agricoles à la production (Ippap). Avec l’abattoir des Crêts, la Sirepp a mis en place un autre mécanisme de régulation qu’il appelle « un tunnel de prix du porc ». « Nous appliquons le cadran tant qu’il se trouve dans la fourchette définie. S’il descend en dessous, l’abattoir verse une prime à l’éleveur. S’il est au-dessus, c’est à l’éleveur de contribuer. » Ces partenariats se sont accompagnés par une prise de participation d’Oxyane et de l’abattoir des Crêts dans la Sica sous la forme de parts B, à hauteur de 9,45 % chacun. Thierry Thénoz souligne que « si un élevage est seul, il ne vaut rien. Il est vital que tous les maillons de la filière soient présents dans la région, de l’amont jusqu’à l’aval ». Le responsable professionnel estime que la baisse de la production actuelle va inciter les abattoirs de chaque région de France à sécuriser ses approvisionnements. « Les outils industriels des régions qui manquent de porcs seront menacés. La restructuration des outils d’abattage annoncée par les experts risque de les toucher en premier. » Il rappelle par ailleurs que les nouvelles normes de bien être européennes menacent de limiter fortement les transports d’animaux vivants sur de longues distances.

Débouchés régionaux

Un point de vue relayé par Stéphane Carrel, le directeur de l’abattoir des Crêts (350 000 porcs par an, filiale du groupe T’Rhéa) où sont abattus les porcs de la Sirepp et de Massard. « Notre débouché est régional mais nos approvisionnements doivent l’être aussi, affirme-t-il. Il n’y a pas d’abattoir sans production de proximité. L’argent se perd sur la route. Cela n’a pas de sens de transporter des porcs charcutiers sur de longues distances. » C’est pourquoi il estime nécessaire de ne pas être en conflit avec la production. « Nous transmettons nos besoins aux producteurs pour satisfaire nos clients. En échange, nous trouvons des solutions pour atténuer les périodes difficiles et agir sur le long terme pour les aider à pérenniser leur activité. » En 2022, 85 % des 360 000 porcs abattus à Bourg-en-Bresse provenaient de 292 élevages régionaux (Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté). La particularité de l’entreprise est d’abattre des porcs lourds (110 à 115 kg de carcasse) et gras demandés par des clients régionaux (80 % des volumes abattus). Ce sont essentiellement des salaisonniers et des transformateurs de petite et moyenne taille. Pour affirmer sa dimension régionale, l’abattoir des Crêts a associé sa CCP avec la démarche régionale « Ma région ses terroirs » pour 44 % de ses abattages. Il est également fournisseur des filières IGP Morteau et Montbéliard qui représentent 25 % des abattages. « Nous avons la chance d’avoir à la fois les transformateurs et les consommateurs sur place. La principale question de demain sera de savoir si nous sommes en capacité de garder la production au moins au niveau d’aujourd’hui », conclut-il.

En chiffres

Sirepp (Sica régionale des producteurs de porcs)

45 adhérents
45 000 porcelets et 50 000 porcs charcutiers produits par an

Oxyane

7 000 adhérents, 2 000 salariés, 700 millions € de CA
2 sites de production d’aliments porc : Bourg-en-Bresse (Ain) et La Côte-Saint-André (Isère)
40 000 tonnes d’aliments porc par an

Massard (filiale d’Oxyane)

35 000 porcs produits par an
120 000 porcs charcutiers commercialisés par an

Abattoir des Crêts à Bourg-en-Bresse

360 000 porcs par an
85 % des porcs issus d’élevages régionaux
80 % des volumes destinés au marché national, 20 % à l’export

Massart investit dans la production de porcs charcutiers

L’élevage de la Varna à Curciat-Dongalon (Ain) acquis en 2017 par la société Massart a été conçu pour accueillir des bandes de 500 porcelets sevrés tous les 28 jours. Il produit chaque année 6 000 porcs charcutiers, tous destinés à l’abattoir des Crêts situé à moins de 40 kilomètres. Son alimentation à la soupe permet de valoriser du lactosérum, et ainsi de répondre au cahier des charges de l’IGP Morteau. L’outil de production est pleinement fonctionnel, avec notamment un engraissement de très performant de 1 500 places construit en 2018. Les équipements de biosécurité ont été installés. Une enceinte clôturée protège les installations des intrusions. Cet élevage a été totalement restructuré suite à son acquisition pour en faire un outil de production performant. « Il illustre notre volonté de maintenir la production porcine dans la région, aux côtés des éleveurs de porcs indépendants », indique Lionel Picard. Si d’autres opportunités d’acquisition se présentent, la société privée pourrait renouveler cette opération. « Nous manquons notamment de porcelets. La création d’un nouveau bloc naissage pourrait réduire ce déficit et améliorer le potentiel de production de porcs charcutiers dans la région. »

Les plus lus

éleveur de porcs dans la Sarthe
« Mon atelier porcin d'engraissement est en synergie avec mes cultures »
Gérant et associé d’une maternité collective, Sébastien Renvoisé a en parallèle investi dans un atelier d’engraissement, raisonné…
François Denoual : «Avec la nouvelle maternité, je compte améliorer le nombre de sevrés par truie et gagner en confort de travail.»
« J'optimise mon temps de travail avec le nouveau naissage de mon élevage de porcs»

À la tête d’un élevage de 174 truies et sa suite, François Denoual a investi dans un bâtiment regroupant la maternité et la…

« Avec la directive IED, le rouleau compresseur anti-élevages familiaux est en marche »

Dans une note cosignée par la plupart des interprofessions régionales porcines et avicoles, l’UGPVB (Union des groupements de…

Les porcelets sont mélangés en groupes de trois à quatre portées.
« La sociabilisation des porcelets en maternité m’apporte beaucoup d’avantages »

Depuis deux ans, Ségolène sociabilise ses porcelets en maternité. Elle y voit de nombreux avantages sur ses conditions de…

Les journées s’articulent généralement autour d’une visite d’élevage chez l’un des membres du groupe.
Les éleveurs de porcs réfléchissent en groupe pour anticiper les évolutions des élevages
Les Chambres d’agriculture de Bretagne animent cinq groupes d’éleveurs de porcs répartis sur toute la région. Les thématiques…
Qui est la coopérative française dans le top 10 européen des coopératives européennes. 
Qui est la coopérative porcine française dans le top 10 européen des coopératives européennes. 

Une seule coopérative agricole française, détenant une activité en porc, est présente dans le top 10 des coopératives…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Version numérique de la revue Réussir Porc
2 ans d'archives numériques
Accès à l’intégralité du site
Newsletter Filière Porcine
Newsletter COT’Hebdo Porc (tendances et cotations de la semaine)