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Mixité porc bovin : le cochon a toute sa place dans le Massif central

L’élevage porcin offre des perspectives dans le Massif central. La mixité avec un élevage bovin présente même de nombreux avantages. Tel est le message que les prescripteurs agricoles sont invités à relayer.

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La mixité porc-bovins présente de nombreux avantages, selon le programme de recherche Aporthe.
© F. Pigot

« La production porcine a tout à fait sa place dans notre territoire. Elle a été le socle de nombreuses exploitations », fait remarquer Thierry Lafragette, président de l’association Porc Montagne, en évoquant la place du cochon dans l’alimentation paysanne. Il estime qu’après quelques périodes difficiles, « tous les feux sont au vert », des installations sont envisageables.

Lire aussi : « Mon atelier porc dégage un excédent brut d'exploitation supérieur à mes ateliers bovins »

C’est ce qui a motivé la journée organisée à l’attention des conseillers agricoles et prescripteurs (enseignants, comptables, banquiers…), le 13 juin 2024 à Badailhac (Cantal), sur le thème « Le porc : un atout dans les systèmes d’élevages d’altitude ».

Séparation du naissage et de l’engraissement

À l’échelle du Massif central, les recensements agricoles de 2010 et 2020 révèlent une tendance à la baisse du cheptel porcin. Seuls les élevages spécialisés enregistrent une augmentation de cheptels. De manière générale, les systèmes sans truies sont plus épargnés.

Cependant, les naisseurs-engraisseurs détiennent encore 48 % des truies. « Dans un contexte d’agrandissement et de spécialisation des élevages, les exploitations mixtes associant bovins et porcins se reconfigurent et conservent une place essentielle dans la production », remarque Bruno Douniès. Le coordinateur de l’association Porc Montagne souligne aussi une volonté de sécurisation du revenu par des contrats, la recherche de plus-value par la transformation à la ferme ou via les cahiers des charges de signes de qualité.

Filières courtes et signes de qualité

Des propos confirmés par Jean-Luc Doneys, directeur division agricole et branche agrodistribution du groupe Altitude, qui présente le Porc Montagne de sa coopérative comme « une filière courte, maîtrisée de la production de céréales jusqu’à la transformation ».

Trente-cinq éleveurs de quatre départements y sont engagés pour une production annuelle de 40 000 porcs charcutiers sous trois marques d’entreprises (Cantalou Montagne, Capelin Montagne et Bio) et de 25 000 porcelets. « La production porcine a vocation à s’intégrer à d’autres productions. C’est la meilleure amie des céréales, et elle apporte aux éleveurs une plus-value durable », estime Jean-Luc Doneys.

 

 
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« Dans un contexte d’agrandissement et de spécialisation des élevages, les exploitations mixtes associant bovins et porcins conservent une place essentielle dans la production », souligne Bruno Douniès, coordinateur de l'association Porc Montagne. © F. Pigot

« Pour moi, on va dans le sens de l’histoire », assure son collègue Jeff Greiveldinger, directeur commercial des sociétés de transformation du groupe Cantal Salaisons et Porcentre. Grâce à la filière complète du groupe Altitude, ce dernier met en avant l’origine locale de ses produits, des aliments plaisir et une dimension éthique et sociétale. Il évoque le partenariat engagé il y a une dizaine d’années avec Sysco France (grossiste pour professionnels).

Jeff Greiveldinger souligne également le respect du territoire, des produits et des hommes en parlant de fermes familiales à taille humaine avec répartition de la valeur ajoutée. « La démarche Origine Montagne va dans le sens de la RSE avec des élevages mixtes plus rémunérateurs », affirme-t-il, en soulignant son adéquation avec la loi Egalim et que cette démarche est la seule certification environnementale de niveau 2 en Auvergne-Rhône-Alpes.

Sécurisation du revenu des éleveurs bovins

De son côté, Hélène Rapey, de l’Inrae Clermont-Ferrand, constate que la mixité porcs-herbivores diversifie le revenu tout en le sécurisant et peut constituer une solution à un manque de foncier. Elle permet de répondre aux préférences de travail des associés d’un Gaec en contribuant à la tradition et à la dynamique territoriale (abattage, transformation, vente directe…). En revanche, cette mixité nécessite des capitaux, du travail supplémentaire (surtout en cas de naissage) et des contraintes par rapport aux effluents qui constituent toutefois un précieux atout.

Les éleveurs soulignent, en effet, la complémentarité lisier-fumier. Bruno Douniès estime les besoins de la filière porcine à une vingtaine d’installations par an en intégrant un collectif ou via le salariat. Mais même si des aides sont possibles, la création d’un atelier est difficile. « C’est pour cela qu’il faut qu’au moins on ne perde pas les élevages existants en sécurisant les porteurs de projets », conclut Thierry Lafragette.

Trois bassins de production de porcs dans le Massif central

Sur la base du programme Aporthe (1), Bruno Douniès coordinateur de l’association Porc Montagne, a dressé un état des lieux de la filière porcine de ce territoire. 1 724 exploitations sont concernées par cette production, dont 700 de plus de 100 porcs charcutiers ou de plus de 20 truies. La densité porcine y reste dix fois moindre qu’en Bretagne.

Hélène Rapey a identifié trois bassins porcins dans le Massif central. Le principal (14 % des sites, mais près d’un quart de la production) se situe au sud-ouest du territoire (ouest-Aveyron, sud-Cantal, nord-est-Lot et sud-Corrèze). 230 000 porcs charcutiers y sont produits chaque année par 200 élevages. La plupart sont situés en zone de montagne. Près de la moitié d’entre eux sont des naisseurs et 59 % travaillent avec un groupement.

Ce bassin se caractérise par une forte capacité d’abattage avec deux abattoirs spécialisés. 43 % des éleveurs ont plus de 50 ans, mais 37 % des exploitations ont un associé de moins de 40 ans. Les deux autres bassins se trouvent à l’est (Loire et Rhône) et au nord (est-Creuse et sud-Allier).

(1) Aporthe est un programme de recherche qui vise à valoriser les atouts de la complémentarité porcins et bovins dans les territoires herbagers du Massif central.
Rédaction Réussir

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