Auvergne Rhône-Alpes : activer les leviers pour faciliter la transmission des élévages porcins
En Auvergne-Rhône-Alpes, l’interprofession porcine Interp’Aura a débattu de la question centrale du renouvellement des générations lors de son assemblée générale.
En Auvergne-Rhône-Alpes, l’interprofession porcine Interp’Aura a débattu de la question centrale du renouvellement des générations lors de son assemblée générale.
« C’est symbolique de faire notre assemblée dans ce lycée agricole de Roanne-Chervé [à Perreux dans la Loire], entame le président de l’Interp’Aura, Francis Le Bas, il faut agir sans attendre pour renouveler et transmettre. » En région, la filière porcine régionale installe 20 éleveurs par an en moyenne, soit 2,6 % des installations agricoles, la majorité en activité secondaire. Près d’un éleveur sur trois craint que son exploitation ne soit pas reprise, il y a donc un vrai risque pour la filière.
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Soutenir la formation et l’apprentissage
L’exploitation du lycée de Roanne-Chervé compte un atelier porcin qui permet aux élèves, plus focalisés sur le bovin dans cette zone très charolaise, de se familiariser avec le porc et parfois de susciter des vocations. Mais les bâtiments sont en bout de course et le lycée est à la croisée des chemins : abandonner ou réinvestir. Dans ce deuxième cas, cela se ferait en partenariat avec le lycée (privé) tout proche de Ressins. La maternité commune compterait 240 truies et les porcelets seraient répartis entre les deux sites. L’enjeu est donc de taille pour la filière et le territoire, la réponse dépendra notamment des capacités d’investissement de la Région.
Ouvrir le capital des exploitations
La filière ne ménage pas sa peine auprès des scolaires. L’interprofession est intervenue l’an passé dans 14 établissements auprès de 300 élèves de tous niveaux. Elle a également créé des vidéos métiers disponibles en ligne. Jennifer Lassene, directrice de l’exploitation du lycée, invitait par ailleurs les professionnels à renouveler des journées thématiques comme celle organisée en 2024 que « les apprenants avaient beaucoup appréciée, c’était une vraie découverte pour eux ».
Autre frein à l’installation pour Samuel Duquet, responsable du marché de l’agriculture au Crédit agricole : le capital. « On fait porter le capital, que la génération précédente a mis quarante ans à constituer, sur la génération qui arrive, c’est trop. Avant un bâtiment correspondait à sept EBE, aujourd’hui, c’est douze. L’amortissement est trop élevé. »
La solution proposée par le banquier : amener du capital externe quitte à « bousculer les pouvoirs publics et le syndicalisme ». La banque a développé des outils de quasi-fonds propres pour pouvoir injecter des fonds sur « quinze, vingt ou trente ans, rémunérés à 1 ou 2 %. À voir si ce modèle plaît, notamment pour les grosses reprises. Le nouvel installé aurait à faire une reprise d’exploitation partielle et plus tard, à augmenter son capital s’il le désire. Cela permettrait de s’installer plus facilement sans apport et ouvrir l’accès aux hors cadres familiaux. » La banque aimerait enfin voir créer un plan d’épargne agricole « pour amener des épargnants via le thème de la souveraineté alimentaire, du manger français… »
Le président de la chambre d’agriculture de la Loire, Rémy Jousserand, lui-même éleveur porcin, invitait la filière à ne pas baisser les bras. « Je rencontre les jeunes, ils ont des projets notamment en diversification ». Il émettait le souhait que Chervé se dote d’un outil moderne, en matière de biosécurité et de bien-être animal « car nous sommes aux portes de la ville, il y a un vrai sujet d’acceptation sociétale ».
Le saviez-vous
Pour mettre le pied à l’étrier des jeunes via le salariat, le lycée va lancer à la rentrée trois nouvelles formations : deux CQP agent d‘élevage et responsable d’élevage porcin et un CS : conduite d’élevage en contrat de professionnalisation d’où le message aux professionnels sur l’importance d’accueillir stagiaires et apprentis.
Transmettre la fierté d’être éleveur porcin
Inaporc a mis en place un baromètre social afin d’améliorer la connaissance de ses éleveurs. D’après les réponses fournies par 215 exploitants, ils sont épanouis, leur situation économique est plutôt satisfaisante, de même que l’équilibre entre vie pro et vie perso. Mais les éleveurs souffrent d’un manque de reconnaissance et se sentent « mal aimés » par les citoyens et de fait, n’encouragent pas leurs proches à s’installer ! Cette absence de parrainage interne est un obstacle au renouvellement selon Jean-Christophe Lhuillier, responsable RSO à Inaporc.