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Les six points clés pour bien nourrir les porcs mâles entiers

Si jusqu’à récemment l’alimentation des porcs était dictée par des impératifs technico-économiques et environnementaux, l’arrêt de la castration impose de changer de paradigme.

Le comportement des mâles entiers incite à privilégier une conduite alimentaire libérale.
Le comportement des mâles entiers incite à privilégier une conduite alimentaire libérale.
© D. Poilvet

L’Ifip explore les différents défis à relever pour alimenter les porcs mâles non castrés, en relation avec leur potentiel de dépôt de maigre supérieur, leur comportement et bien sûr le risque d’odeurs de verrat.

Le contexte économique des matières premières pèsera sur certains choix de formulation. Mais il apparaît incontournable de prendre en compte ces nouvelles exigences.

Des besoins en acides aminés plus élevés

Tout comme pour les femelles et les mâles castrés, il s’agit d’adapter la conduite alimentaire pour tirer profit du potentiel de performance des mâles entiers. Avec une quantité d’énergie ingérée donnée, ils déposent plus de muscle que les mâles castrés et leur indice de consommation est meilleur. C’est le statut hormonal des mâles entiers qui est à l’origine de ce surplus de croissance musculaire.

Pour couvrir les besoins en acides aminés des mâles entiers, monter la teneur en lysine digestible de 0,1 g/MJ énergie nette dans les aliments croissance finition (soit + 0,95 g/kg dans un aliment formulé à 9,5 MJ EN/kg) en comparaison à un aliment destiné à des femelles et des mâles castrés.

Nourrir le porc et sa microflore

Ce second défi est en rupture avec les pratiques de formulation historiques puisqu’il ne s’agit plus de formuler à moindre coût des aliments dont l’énergie est la plus digestible possible. En effet, les bactéries de la microflore intestinale puisent l’énergie dans la fraction non digérée de l’aliment. Or, avec les aliments très digestibles, une plus grande part d’énergie est absorbée en amont du tube digestif et la quantité d’énergie qui parvient jusqu’au gros intestin est réduite. Certaines bactéries utilisent alors le tryptophane comme source d’énergie et produisent un métabolite, le scatol, qui s’accumule dans les tissus gras des mâles entiers. Cela accentue le risque d’odeurs de verrat liées au scatol par rapport à une situation où les bactéries disposent d’autres sources d’énergie, et peuvent alors incorporer le tryptophane dans leur biomasse. Il faut donc nourrir non seulement le porc mais également sa microflore, quitte à utiliser des aliments un peu moins concentrés.

Les formules femelles/mâles castrés doivent être revues à l’arrêt de la castration vers une teneur en énergie nette comprise entre 9,5 et 10,0 MJ/kg, afin de permettre au mâle entier d’ingérer suffisamment d’énergie malgré son appétit limité tout en laissant la possibilité d’incorporer des sources de fibres, moins riches en énergie. Par ailleurs, le profil en matières premières doit être favorable à l’orientation des fermentations du microbiote vers une production moindre de scatol. L’incorporation de sources d’inuline (fibre fermentescible contenue dans la racine de chicorée ou le topinambour), de tanins hydrolysables, de fécule de pomme de terre, de pulpe de betterave (à forte dose) est recommandée. Les résultats sont moins clairs avec le tourteau de tournesol mais pas inintéressants. Le problème de coût et de disponibilité de ces matières premières est posé. Une solution moins onéreuse consisterait à nourrir les porcs uniquement avec des céréales pendant les 3 à 4 jours qui précèdent l’abattage.

Alimenter à volonté les mâles entiers

Les mâles entiers multiplient les interactions sociales avec leurs congénères. Or, celles-ci s’intensifient, notamment les interactions négatives, quand les animaux ne sont pas rassasiés. La santé est altérée quand des lésions ou des problèmes d’aplombs apparaissent. Cela incite à privilégier une conduite alimentaire libérale. Quand ce n’est pas possible, un accès de tous les porcs à l’aliment lors de la distribution des repas doit être privilégié. Un plan d’alimentation à volonté jusqu’à un plafond est à proscrire.

Un plan d’alimentation conçu pour rationner des mâles castrés tout au long de l’engraissement est beaucoup moins voire peu restrictif pour les mâles entiers, d’où le gain de vitesse de croissance parfois observé à l’arrêt de la castration. Cependant, le rationnement ne permet pas aux mâles entiers d’exprimer leur potentiel de croissance. Par ailleurs, il n’améliore pas l’indice de consommation voire le détériore du fait de l’activité que la frustration alimentaire génère.

Les mâles entiers vaccinés contre les risques d’odeurs changent de statut

Après la première vaccination contre le risque d’odeurs (vers 13-14 semaines d’âge), le statut hormonal du mâle entier est conservé. Il change après la seconde vaccination (4 à 8 semaines avant l’abattage). Le porc évolue progressivement du statut de mâle entier vers celui du mâle castré. L’appétit augmente fortement et le gain de poids est plus gras.

L’aliment pour mâle entier peut être utilisé entre la première et la seconde vaccination et être prolongé encore une semaine après la deuxième vaccination. Puis un aliment plus dilué en acides aminés, de type femelle, peut être privilégié. Une conduite alimentaire libérale est à privilégier.

Alimenter ensemble des porcs aux besoins nutritionnels différents

Dans la plupart des élevages, il n’est pas possible de nourrir séparément les porcs femelles et mâles, parce qu’ils sont élevés ensemble en groupes mixtes ou parce qu’un seul aliment est disponible. Si l’aliment est formulé pour couvrir les besoins des mâles entiers, notamment en acides aminés, il n’est pas valorisé par les femelles : cela implique des surcoûts alimentaires inutiles et des rejets plus importants dans l’environnement. Formuler en deçà des besoins des mâles entiers réduit l’écart de performances entre les deux sexes. Un compromis doit donc être trouvé entre coût alimentaire et performance à l’échelle de la bande pour tenir compte des possibilités, ou non, d’alimenter différemment les animaux de sexes différents.

En situation de carence en acides aminés, la vitesse de croissance et le taux de muscle de la carcasse (TMP) diminuent, l’indice de consommation augmente (Tableau 1). La teneur en acides aminés des aliments utilisés pour alimenter les femelles et les mâles entiers doit être raisonnée au regard de la marge sur coût alimentaire de la bande entière.

Nourrir des porcs pour faire du gras… exprès !

Les progrès de la sélection génétique pour la production de porcs de plus en plus maigres sont continus depuis des décennies. Plus récemment, le déploiement des verrats Piétrain dans les croisements charcutiers a renforcé cette tendance. Le moindre dépôt de gras sous l’effet des hormones sexuelles actives chez le mâle non castré ouvre la perspective d’une quantité de gras disponible insuffisante pour répondre aux besoins de certaines filières de l’aval.

La réduction de la teneur en acides aminés en dessous des besoins du porc pénalise le dépôt de muscle et oriente une partie de l’énergie vers le gras. L’intensité de la carence doit être raisonnée pour favoriser le dépôt de gras sans trop détériorer les autres indicateurs de performances, par exemple sans trop freiner la vitesse de croissance pour préserver le poids d’abattage. Le paiement des carcasses produites dans ces conditions devra être revu afin de compenser les surcoûts de production et le moindre taux de muscle des pièces (TMP).

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