Depuis dix ans, des résultats économiques des élevages porcins élevés mais très fluctuants
Entre 2015 et 2024, les bons résultats des éleveurs porcins masquent une forte variabilité des revenus d’une année sur l’autre et entre exploitations. Les besoins de financement et les niveaux d’endettement sont élevés.
Selon une analyse réalisée par l’Ifip sur la période 2015-2024, avant le retournement conjoncturel observé depuis plusieurs mois sur le marché du porc, les très bons résultats moyens enregistrés ces dernières années en élevage porcin masquent une réalité plus contrastée.
En dix ans, les revenus ont présenté une forte variabilité, à la fois d’une année sur l’autre pour un même élevage et entre exploitations porcines. Cette volatilité s’inscrit dans un contexte de besoins de financement structurellement élevés, supérieurs à ceux observés dans les autres filières, et associés à des niveaux d’endettement importants.
Sur 10 ans, des résultats supérieurs aux autres filières
Sur la période 2015-2024, les éleveurs porcins affichent en moyenne des résultats économiques très élevés. Le résultat courant avant impôts (RCAI) par équivalent temps plein non salarié (ETP non salarié) atteint ainsi 68 000 euros (€), contre 36 000 € en moyenne pour l’ensemble des orientations. Les résultats de la filière porcine se situent largement au-dessus de ceux des autres filières animales et dépassent également ceux des grandes cultures (incluant betteraves, pommes de terre etc.) ainsi que de la viticulture. Les très bonnes années 2019, 2022 — marquée par des aides d’urgence liées à la crise sanitaire —, 2023 et 2024 ont hissé les résultats des éleveurs porcins au plus haut niveau parmi l’ensemble des orientations. À titre de comparaison, sur la période 2005-2014, les éleveurs porcins affichaient des résultats proches de la moyenne toutes orientations, nettement inférieurs à ceux de la viticulture et des grandes cultures.
La volatilité, revers des bons résultats
Ces bons résultats moyens sur la décennie masquent toutefois une forte variabilité interannuelle. En élevage porcin, l’écart-type du RCAI par ETP non salarié dépasse 40 000 € sur les dix dernières années, contre environ 10 000 € pour l’ensemble des exploitations. Cette volatilité des revenus s’explique en grande partie par les fluctuations cycliques du prix du porc, sur un marché mondialisé et libéralisé, ainsi que par la variabilité du prix de l’aliment, qui représente plus de 60 % du coût de production. Des niveaux de variabilité élevés sont également observés en viticulture, en céréales et oléoprotéagineux, ainsi que dans les autres grandes cultures.
Derrière la moyenne, de fortes disparités
Au-delà des variations d’une année sur l’autre, des écarts importants de résultats existent également entre exploitations sur une même année. En 2024, un quart des éleveurs de porc affiche ainsi un RCAI par ETP non salarié inférieur à 21 600 €, tandis qu’un autre quart dépasse 138 946 €. Cette forte dispersion des résultats est particulièrement marquée en filière porcine. Alors que la médiane s’établit à 61 308 €, la moyenne atteint 96 610 €, traduisant la présence de quelques exploitations aux résultats très élevés, qui tirent la moyenne vers le haut.
Des besoins de financements élevés
Les montants investis par les éleveurs porcins sont particulièrement élevés. En 2024, le stock d’immobilisations atteint en moyenne 660 904 € par exploitation. À cela s’ajoute un besoin en fonds de roulement de 233 207 €, correspondant à la trésorerie nécessaire pour financer les décalages entre encaissements et décaissements. Le capital investi total moyen en élevage porcin s’élève ainsi à 894 111 €, un niveau très largement supérieur à celui observé dans les autres orientations, où il atteint en moyenne 467 252 €. Les besoins de financement apparaissent donc particulièrement élevés en filière porcine et augmentent de façon régulière depuis les années 1990. Ces montants engagés se traduisent par des niveaux d’endettement élevés. Sur les cinq dernières années, le taux d’endettement des exploitations porcines se situe entre 58 % et 70 %, un niveau dépassé uniquement par les exploitations avicoles. Par ailleurs, les montants de dettes, à court et à moyen-long terme, sont les plus élevés de l’ensemble des orientations, autour de 640 000 € par exploitation en 2024. À titre de comparaison, les exploitations avicoles, qui viennent ensuite, présentent des niveaux de dette d’environ 377 000 €.
Lisa Le Clerc, lisa.leclerc@ifip.asso.fr
Lisa Le Clerc, Ifip-Institut du porc
« Des perspectives plus incertaines »
Après plusieurs années de résultats exceptionnels, la conjoncture récente marque un net retournement. Entre juillet et décembre 2025, le prix du porc a reculé de 44 centimes par kilogramme de carcasse, pesant directement sur les résultats des éleveurs. Dans le même temps, la situation sanitaire, avec la présence de la fièvre porcine africaine en Espagne, constitue un facteur supplémentaire de fragilisation du marché. L’année 2026 s’ouvre ainsi dans un climat d’incertitudes pour la filière porcine.
Définitions
Le saviez-vous ?
Le réseau d’information comptable agricole (RICA) est un dispositif statistique public reposant sur une enquête annuelle harmonisée au niveau européen, mise en œuvre en France par Agreste. Il collecte des données comptables et technico-économiques issues d’un échantillon représentatif d’exploitations. Ces informations permettent notamment de suivre l’évolution des revenus, de l’investissement et de l’endettement.