Peste des petits ruminants : l’Europe face au défi d’une détection précoce
Avec l’émergence de la peste des petits ruminants en Europe du Sud-Est, les vétérinaires européens appellent à renforcer la surveillance et les mesures de biosécurité malgré les difficultés de détection de la maladie, les risques de diffusions indirectes et les débats sur la vaccination.
Avec l’émergence de la peste des petits ruminants en Europe du Sud-Est, les vétérinaires européens appellent à renforcer la surveillance et les mesures de biosécurité malgré les difficultés de détection de la maladie, les risques de diffusions indirectes et les débats sur la vaccination.
Depuis les premiers foyers apparus en Grèce, en Roumanie et en Bulgarie en 2024 puis en Hongrie, en Albanie, au Kosovo et en Croatie en 2025, la peste des petits ruminants (PPR) préoccupe les autorités sanitaires, les vétérinaires et les éleveurs européens. Un webinaire organisé le 20 mars par la Fédération des vétérinaires d’Europe rappelait l’importance de la détection précoce.
« La PPR est une maladie virale très contagieuse qui touche les moutons et les chèvres, avec des taux de mortalité pouvant atteindre 90 % dans des populations naïves », rappelle Jane Clark, directrice des services vétérinaires britanniques. Selon la plateforme d’épidemiosurveillance des maladies animales, la maladie est caractérisée par de fortes fièvres, un abattement sévère et des sécrétions au niveau des yeux et du nez. Les animaux sont dans l’incapacité de manger en raison de lésions buccales douloureuses. Ils peuvent aussi souffrir de pneumonie et de diarrhée aiguës. Mais la maladie ne se repère pas toujours facilement en élevage car les signes peuvent être peu marqués ou attribués à d’autres pathologies.
Pour Olivier Kwiatek, du Cirad de Montpellier, laboratoire européen de référence pour cette maladie, « la surveillance clinique seule ne suffit pas ». Le virologiste appelle à renforcer les prélèvements, à coupler les analyses PCR et Elisa et à tester les animaux dans les zones à risque, y compris en l’absence de signes clinique. Surtout que « certaines exploitations ont été infectées sans contact direct avec des animaux malades ». Dans le viseur : les camions de lait ou d’aliments, le matériel partagé entre élevage ou les mouvements non maîtrisés d’animaux. Le respect des règles de biosécurité reste alors essentiel.
Lire aussi : Variole caprine et clavelée : où se situent ces maladies en Europe ?
La vaccination en question
Importante pour le commerce international, la reconnaissance officielle du statut indemne de PPR repose sur plusieurs critères : absence de cas pendant six mois, surveillance active, mesures de prévention à l’importation, et, dans le cadre actuel, absence de vaccination. Mais, comme pour la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) des bovins, cette doctrine est aujourd’hui discutée au sein de l’Organisation mondiale de la santé animale. Les débats portent notamment sur la possibilité d’importer des animaux vaccinés dans des pays indemnes, sur l’éventuelle création d’un statut “indemne avec vaccination”, et sur les conditions de récupération du statut après une campagne vaccinale.
« En Albanie, pas de lutte efficace sans les éleveurs »
Gloria Hylviu, de l’Autorité nationale de protection vétérinaire et végétale d’Albanie, revient sur l’arrivée de la peste des petits ruminants en juin 2025.
« Quand nous avons rédigé le plan de lutte contre la peste des petits ruminants, nous pensions être prêts. Mais, l’irruption de foyers multiples à partir de juin 2025 a fait apparaître les limites logistiques, humaines et matérielles du dispositif. L’Albanie compte un peu moins de deux millions de petits ruminants avec beaucoup de très petits troupeaux familiaux. Ces petits élevages sont proches les uns des autres et partagent souvent les pâtures et les points d’eau. Cette configuration regroupée a facilité les interventions vétérinaires mais a aussi, hélas, favorisé la diffusion du virus. Le partenariat avec les éleveurs a été essentiel pour lutter contre la maladie. Car si les éleveurs n’ont pas confiance dans le dispositif, s’ils craignent de tout perdre sans compensation suffisante, ils peuvent retarder la déclaration ou tenter de masquer la maladie en couvrant les animaux d’antibiotiques. Le rôle du vétérinaire apparaît alors central, à la fois comme technicien, lanceur d’alerte et interlocuteur de terrain. L’abattage sanitaire a été une épreuve physique, sous 42 °C en combinaison de protection, mais surtout émotionnelle quand il fallait dire à un éleveur que son exploitation est positive et qu’il faut abattre tout le troupeau. La coopération avec les autorités sanitaires des pays voisins a été forte. Dès le premier cas, la Grèce a partagé une feuille de route sur ce qu’il fallait faire et ne pas faire, la Croatie a envoyé des équipements de protection et la Hongrie des kits Elisa. »
Lire aussi : Variole et peste des petits ruminants en Grèce