Sécheresse, canicules : l'élevage ovin ajuste ses pratiques, en attendant de chiffrer les pertes
L’élevage ovin n'échappe à l’accumulation d’épisodes caniculaires et de sécheresses de cet été. Si les répercussions sur la production ne sont pas encore quantifiables, elles sont déjà très préoccupantes sur les fourrages.
L’élevage ovin n'échappe à l’accumulation d’épisodes caniculaires et de sécheresses de cet été. Si les répercussions sur la production ne sont pas encore quantifiables, elles sont déjà très préoccupantes sur les fourrages.
L’été 2026 est d'ores et déjà de tous les records. Le mois de juin a été le plus chaud jamais enregistré en France, avec une température moyenne supérieure de 3,8°C aux normales saisonnières. C’est aussi un été particulièrement sec, avec, à la mi-juillet près de 80% du territoire français concerné par les restrictions d’usage de l’eau. A cela s’ajoutent des incendies d’une violence inédite. Conséquences du changement climatique, les épisodes de forte chaleur sont de plus en plus fréquents et précoces, avec des températures toujours plus élevées.
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L’élevage ovin n’a pas échappé à ces circonstances exceptionnelles, qui deviendront de plus en plus courantes à l’avenir. « La vraie particularité de cet été, c’est la longueur de l’épisode caniculaire, et la forte amplitude des températures, qui empêchent les humains, les animaux et la végétation de se reposer. On n’a même pas de répit la nuit », témoigne Michèle Boudoin, présidente de la Fédération nationale ovine et éleveuse ovin dans le Puy-de-Dôme.
Des sorties d’agneaux perturbées
Si les répercussions sont moins directes et spectaculaires qu’en élevage avicole ou porcin, elles sont tout de même préoccupantes. La température de confort d'une brebis est inférieure à 23°C et celle d’un agneau, à 30°C. Quand les températures se maintiennent au-dessus de 30°C la journée, et 22°C la nuit, pendant plusieurs jours, les animaux ont des difficultés à récupérer. Mais à l'heure actuelle, les impacts sur la santé et la productivité des ovins sont encore difficilement chiffrables. « Les pertes de productivité ne pourront être quantifiées qu’à l’automne, avec les échographies », explique Michèle Boudoin.
Le pâturage des ovins a été bouleversé. « Les agneaux d’herbe ont été rentrés plus tôt en bergerie, et ont grandi plus vite. Ils sont donc sortis plus tôt, en même temps que les agneaux rustiques, ce qui a perturbé le marché. » D’autant que les fortes chaleurs impactent directement la consommation : elles induisent une baisse de la demande en viandes à griller, et donc de l’agneau.
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Le conflit au Moyen-Orient entraînant une hausse du prix de l’essence, les ménages ont aussi probablement orienté leurs achats vers des produits moins onéreux. Face au surplus d’agneaux et à la baisse de la demande début juillet, certains opérateurs ont reporté la collecte d’agneaux. La cotation de l’agneau est passée sous celle de 2025 à la même période. « Il y a toujours une baisse des prix en juillet, mais cette année, elle a été accentuée par ce surplus d’agneaux », note Michèle Boudoin.
Des effets méconnus de la canicule sur la qualité du lait de brebis
« L’impact des canicules n’est pas encore perceptible dans les chiffres », témoigne Sébastien Bouyssière, chargé de mission à France Brebis Laitière. « Il n'est pas très visible car nous sommes en fin de campagne laitière. » Mais des baisses de production sont indéniablement à prévoir. « Les canicules tombent au mauvais moment, dans une période où il y a un besoin de lait, surtout pour fabriquer des produits ultra-frais. »
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Les effets des vagues de chaleur sur la qualité du lait ne sont pas encore bien connus, et font l’objet de recherches. Elles pourraient induire des baisses des taux butyreux et protéiques. « Nous sommes surtout inquiets des effets de la chaleur sur la reproduction pour la campagne suivante. »
Des craintes sur les fourrages pour cet hiver
Alors qu’à la mi-juillet, la pousse de l’herbe est à l’arrêt dans toute la France métropolitaine, les récoltes de fourrages ont été plus ou moins décevantes en fonction des régions. Les retours de terrain font état de pertes de l'ordre de 20 à 50%. Les éleveurs ovins n’échappent pas à la règle, et ont commencé à affourager leurs animaux avec les stocks destinés à l’hiver.
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Faisant craindre un manque de fourrages à l’automne, et une sévère envolée des prix. Face à cette perspective, « certains éleveurs ovins laitiers ont arrêté la traite une à deux semaines en avance, pour économiser du fourrage », explique Sébastien Bouyssière. Davantage d’animaux sont aussi envoyés à la réforme en prévision du déficit fourrager.
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Les pâturages d’estive n’échappent pas non plus aux conditions météorologiques exceptionnelles. « De nombreux éleveurs redescendent d’estive beaucoup plus tôt que prévu. D’autant que le risque incendie menace aussi les troupeaux en montagne », indique Michèle Boudoin.
L'élevage ovin devra s'adapter
Cet été de tous les extrêmes marque un tournant. « Face au changement climatique, l’élevage ovin doit s’adapter : il nous faut être plus souples. » Et la présidente de la FNO de souligner qu'un assouplissement des règles de pâturage, notamment dans les zones soumises à des MAEC et les zones protégées, faciliterait cette adaptation. « Il faut laisser les éleveurs suivre leur bon sens pour utiliser au mieux les ressources à leur disposition. » Davantage de pâturage des ovins permettrait aussi de limiter le risque incendie, en luttant contre l’embroussaillement.