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« Moins elles passent de jours en bâtiment, mieux c’est » : Nicolas conduit ses Hampshire en plein air intégral

Jeune installé en plein air intégral, Nicolas Mary mise sur la rusticité de la brebis Hampshire pour une conduite économe. Il porte une attention particulière au parasitisme, principale bête noire des systèmes herbagers.

<em class="placeholder">Un éleveur et son troupeau de Hampshire</em>
Président de la race Hampshire, Nicolas Mary combine une activité d’éleveur-sélectionneur de brebis Hampshire et de tondeur.
© D. Séailles

« Moins elles passent de jours en bâtiment, mieux c’est. » Les 230 brebis Hampshire de Nicolas Mary pâturent ses 50 hectares de prairies permanentes d’avril à octobre. De novembre à mars, ce sont 70 à 100 hectares de couverts végétaux de voisins céréaliers qui sont pâturés. Après avoir été responsable du troupeau ovin du lycée de Montmorillon dans la Vienne, Nicolas s’est installé début 2025 à Saint-Pierre-des-Ifs, dans l’Eure. 

Lire aussi : « Nous faisons du 100 % plein air et de la vente directe avec nos ovins et nos porcs »

Il adopte une conduite en plein air intégral, une démarche économe qui s’est imposée comme une évidence pour ce jeune installé. Il entend « produire avec ce qu’on a » pour moins dépendre des fluctuations des prix des intrants. Et pour vivre toute l’année sous un climat normand, quoi de mieux qu’une brebis Hampshire, originaire du Royaume-Uni ?

La queen du plein air intégral

Nicolas a d’abord travaillé aux côtés de son père, éleveur de bovins et de brebis Hampshire de longue date, avant de s’installer à son compte comme sélectionneur de brebis Hampshire. « J’ai choisi d’être sélectionneur pour la satisfaction de fournir des animaux à des éleveurs qui sont dans la même démarche que moi, économe et résiliente» La race Hampshire, très maternelle, produit des agneaux précoces et bien conformés, qu’on peut finir à l’herbe. Le poids à âge type à 30 jours des mâles Hampshire nés simples est de 15,5 kilos.

<em class="placeholder">Troupeau de brebis Hampshire pâturant un couvert végétal</em>

Originaire du Royaume-Uni, la Hampshire s’adapte bien à différents écosystèmes, et donc à une multitude de modes de conduite : en plein air intégral, comme en semi-bergerie. © N. Mary

Nicolas Mary vend 30 à 40 béliers antenais par an, et une soixantaine d’agnelles à d’autres éleveurs, qui pratiquent souvent aussi le plein air intégral. Le reste des agneaux est vendu au marché au cadran et part en boucherie, à un poids de 20 à 22 kilos carcasse. Deux tiers sont classés U, et le reste R. Les agnelages sont concentrés en mars pour permettre à Nicolas de combiner son activité d’éleveur avec celle de tondeur.

À chaque lot, son parc

Les brebis ne sont rentrées en bergerie qu’une semaine avant l’agnelage, et remises au pâturage dès que leurs agneaux sont âgés de trois jours. Après une échographie en janvier, les brebis simples et doubles sont triées pour adapter leur alimentation. Les brebis doubles bénéficient des meilleurs couverts, « ceux avec une grande diversité d’espèces et surtout des légumineuses, comme la vesce et le trèfle ». Ceux avec de la moutarde et peu de légumineuses sont réservés aux brebis simples.

Comment concentrer les fèces des ovins tout en évitant la compaction du sol ? Les couverts sont partagés en parcs de petite surface. « Les brebis se couchent toujours au même endroit et empruntent les mêmes chemins. En ne les laissant pas plus de trois jours dans le même parc, j’évite ce problème de compaction. » Les parcs sont délimités par des filets électriques, rapidement déplaçables. Ses voisins céréaliers semblent convaincus par la démarche : les surfaces céréalières disponibles pour le pâturage l’hiver augmentent d’année en année.

Être créatif contre le parasitisme

« Le gros point faible des agneaux d’herbe, c’est le parasitisme» reconnaît Nicolas. D’autant que la hausse des températures occasionnée par le changement climatique a permis l’apparition des strongles gastro-intestinaux, absents en Normandie il y a encore trois ans. Mais un autre avantage du pâturage tournant est de réduire le parasitisme. « Pâturer des surfaces additionnelles l’hiver, comme des repousses de colza ou des couverts végétaux, permet de casser le cycle des parasites. Jusqu’à fin mars, il n’y a pas d’animaux sur mes prairies. »

« Je m’intéresse à ce qui se fait ailleurs dans le monde. »

Les brebis sont traitées contre la grande douve un mois avant l’agnelage, et contre les strongles en juin et en octobre, avant la mise à la reproduction. Période qui correspond généralement à la date d’entrée sur les couverts végétaux. Sur ses agneaux, il réalise systématiquement un traitement contre le ténia, et deux contre les strongles, autour de sept semaines et au sevrage.

« Je traite sur symptômes et j’essaie d’alterner les molécules, en me basant sur le système anglo-saxon. » Il s’inspire de la classification anglo-saxonne des différentes molécules des traitements antiparasitaires : elles sont triées en cinq groupes repérés par des couleurs. Nicolas alterne des molécules venant de groupes différents pour limiter le risque de résistance.

 

 
<em class="placeholder">Intérieur d&#039;une bergerie</em>
Nicolas Mary a investi 12 000 euros pour faire rénover son bâtiment. Une dépense maîtrisée pour un bâtiment qui n’est utilisé à pleine capacité qu’au moment des agnelages. © D. Séailles

Mais il veut aller plus loin en réalisant lui-même ses coprologies. « On est peu pourvus en vétérinaires ruraux ici. Quand on réalise des coprologies, on sait si les strongles sont présents, mais pas la quantité d’œufs. » D’où l’idée d’analyser soi-même les fèces de ses brebis : « Il suffit de s’équiper d’un microscope, de lamelles, d’un solvant et d’être précis sur le grammage de l’échantillon. J’ai contacté une entreprise néo-zélandaise qui fournit un kit de prélèvement et d’analyse. À l’aide d’une plateforme internet, on peut avoir les résultats en une heure. »

Nicolas a investi 100 000 euros pour son installation et souhaite atteindre un effectif de 300 brebis à terme. Il vise une marge brute de 150 euros par brebis et de 1000 euros par hectare, avec des charges réduites. Ses principaux postes de dépense sont les frais vétérinaires et les frais liés à la sélection génétique des Hampshire.

La race Hampshire

- Originaire du Royaume-Uni, arrivée en France au XIXe siècle

- Organisme de sélection : Geode

- 6 000 brebis dont 1100 en contrôle de performance

- Prolificité : 1,5 agneau/brebis

- Poids à âge type à 30 jours : 15,5 kilos pour les mâles simples.

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