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"La demande existe" : la laine, un lien de plus entre territoire et consommateur

Initiatives individuelles, associations d’éleveurs, sociétés coopératives… les idées ne manquent pas, partout en France, pour trouver des voies de valorisation des laines françaises. Adaptées au type de laine disponible sur leur territoire, elles transforment cette matière première en une diversité de produits : du fil à tricoter à l’isolant, en passant par le rembourrage de literie.

<em class="placeholder">Des curons de laine sont entassés dans une bergerie.</em>
Les différents types de laine peuvent trouver des débouchés plus variés qu'on ne le pense.
© E. Skowron

Qu’est-ce qui a à la fois une capacité à absorber l’eau, isoler thermiquement, résister au feu et qui combine légèreté et solidité ? La laine, bien sûr. Ses fibres ondulées lui permettent de retenir l’air, et même de filtrer quelques polluants atmosphériques. Elle peut absorber jusqu’à 30 % de son poids en eau sans pour autant être humide au toucher. Les potentiels débouchés de la laine ne se limitent pas qu’à l’habillement, et heureusement : seules 5 % des laines françaises ont la qualité nécessaire pour être filées

S’il est impossible de dénombrer toutes les initiatives de valorisation de la laine, voici deux témoignages complémentaires : l’un sur la laine fine de mérinos d’Arles, et l’autre sur les laines de qualité moyenne à jarreuse du Massif central.

 

En région Paca, des vêtements haut de gamme en mérinos d’Arles

« La laine des mérinos d’Arles avait fait la fortune des éleveurs avant que les cours ne s’effondrent », rappelle Patrick Fabre, directeur de la Maison de la transhumance. « Cette race produit une des laines les plus fines de France et même d’Europe. » L’idée de lancer une marque de vêtements en laine mérinos d’Arles est partie de Lionel Escoffier, éleveur ovin dans les Bouches-du-Rhône, il y a une petite quinzaine d’années. C’est ainsi que la Maison de la transhumance et le chemin de grande randonnée La Routo ont débuté un projet de marque de vêtements techniques pour les activités de plein air. « La laine mérinos a toutes les propriétés pour ce type de vêtements : elle sèche vite, ne retient pas les odeurs et assure une bonne thermorégulation. Cette laine est loin de n’être qu’un sous-produit. »

Aujourd’hui, la marque Transhumance-La Routo se fournit à hauteur de 120 à 140 tonnes de laine par an via le Collectif pour la promotion du mérinos d’Arles. Une cinquantaine d’éleveurs, cherchant à améliorer la qualité de leur laine, en fait partie. Le kilo de laine mérinos leur est acheté autour de 1 euro, ce qui couvre seulement le coût local de la tonte. Un prix qui s’est effondré avec la crise Covid-19, mais qui reste supérieur à celui d’autres négociants. « Nous espérons arriver à tirer vers le haut l’ensemble de la production de la laine mérinos d’Arles ainsi que le prix des autres laines », explique Patrick Fabre. « Malheureusement, la baisse du prix depuis la pandémie a accentué le désintérêt des éleveurs pour la laine. Nous travaillons donc à professionnaliser toute la filière, y compris lors de la tonte. »

<em class="placeholder">Des béliers Mérinos d&#039;Arles</em>
La race mérinos d'Arles était historiquement élevée pour sa laine, parmi la plus fine d'Europe. © Maison de la transhumance

La collecte, le tri et la commercialisation sont assurés par un négociant en laine fine, Michaël Dal Grande. La laine est transformée en piémont italien, « au plus proche » du Sud-Est de la France. La confection se fait à Troyes, en Piémont ou dans le sud de l’Allemagne. Les vêtements proposés, parmi lesquels chaussettes, vestes et pulls, sont d’une qualité supérieure, à destination d’une clientèle européenne. « Notre projet est ambitieux, avec pour objectif, à terme, de traiter de gros volumes. Même si les prix de nos produits sont élevés, aujourd’hui, la demande existe. »

 

Dans le Massif central, la Rava comme la blanche trouvent leur débouché

« Nous souhaitons valoriser la laine de tous les éleveurs, et pas uniquement sous forme de fils », explique Nadège Blanchot, gérante de la société Terre de laine, basée dans le Massif central. Cette société coopérative collecte la laine, la trie et la commercialise sous forme d’une large gamme de produits depuis dix ans. Cette initiative part du constat que la laine des brebis Rava, plutôt grossière, ne trouvait pas de débouché. « Les propriétés isolantes de la laine sont utilisées depuis toujours. C’est une matière exceptionnelle, qui permet de se passer du plastique. » En plus de la thermorégulation, la laine absorbe l’humidité sans moisir, tout en filtrant les formaldéhydes de l’air. Elle a aussi une faculté anti-incendie : « La laine est inflammable mais ne propage pas le feu. » Transformer cette laine en isolant fait alors sens.

La société collecte 35 à 40 tonnes de laine par an, chez 80 éleveurs du Puy-de-Dôme et des départements limitrophes. La laine de Rava représente le gros des volumes collectés. La laine des blanches du Massif central, plus fine, sert de matière première en rembourrage, en literie, en feutre et en fils. Les prix varient en fonction des races, mais pas que : « Ils dépendent aussi de la propreté de la laine, et du temps que nous passerons à la trier après collecte. » Le kilo est acheté à minimum 0,25 euros pour de la laine Rava, et jusqu’à 0,65 euros pour des laines plus fines ou de couleur, et propres. Le lavage est fait en Belgique ou en Espagne, et la transformation de laine lavée en produits finis, en France.

<em class="placeholder">Une brebis Rava et ses agneaux à côté d&#039;un rouleau d&#039;isolant en laine</em>
Même si la laine de Rava n'a pas la finesse nécessaire pour être filée, elle trouve un débouché sous forme d'isolant. © Terre de Laine

Mais les capacités de la petite Scop ne suffisent pas à traiter tous les volumes de laine disponible : « Nous ne pouvons malheureusement pas répondre à la demande de tous les éleveurs », regrette Nadège Blanchot. D’autant que le marché de l’isolant est en berne, du fait de la crise du secteur du bâtiment. En revanche, la gérante souligne un regain d’intérêt pour les fils de laine locale. « La traçabilité, c’est la raison d’être de Terre de laine. Certes, les vêtements faits en laine française seront toujours plus chers que le synthétique, mais ils répondent à la volonté de consommer plus local et naturel. »

Innover pour trouver de nouveaux débouchés

Les caractéristiques de la laine sont nombreuses et laissent imaginer un grand nombre d’utilisations possibles, notamment dans le secteur agricole. Plusieurs sont à l’étude, mais la réglementation à l’égard de la laine reste contraignante.

« Les usages agricoles permettent de valoriser les propriétés particulières de la laine, même s’ils ne représentent à ce jour que de petits volumes », souligne Dimitri Taillebosq, chargé du dossier laine à la FNO. Biodégradable, la laine transformée en rouleaux ou en plaques peut être utilisée en paillage des surfaces horticoles ou viticoles. Elle permet de conserver l’humidité du sol, de limiter le lessivage et les adventices. La laine peut aussi être utilisée pour produire des manchons biodégradables pour les arbres. Son suint agit en plus comme un répulsif naturel contre les cervidés, et protège ainsi les plants.

Il est interdit de rejeter la laine dans l'environnement sans l'avoir préalablement hygiénisée. © Ciirpo

Une réglementation contraignante

D’autres pistes de valorisation sont en cours de réflexion. Avec une teneur de 9 à 10 % en azote, la laine pourrait être utilisée comme un engrais, ou compostée. Mais ces pistes se heurtent aujourd’hui à la réglementation européenne, qui considère la laine comme un sous-produit d’origine animale de catégorie III. Tout usage de laine non traitée est donc interdit. Avant d’être rejetée dans l’environnement, la laine doit être impérativement lavée, ou hygiénisée.

Lire aussi : « Des contraintes disproportionnées » : la réglementation européenne sur la laine mise en question

Cette hygiénisation passe par une montée de la température de la laine au-dessus de 70° C, pour éliminer tout pathogène. Des recherches ont été menées par le Ciirpo sur le co-compostage de la laine et du fumier, mais ces essais n’ont pour l’instant pas été concluants. "La laine pourrait obtenir une dérogation, comme c’est le cas pour le fumier ovin. Nous travaillons aujourd’hui en ce sens."

Rédaction Réussir

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