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Cinéma
Pourquoi le film Goliath va relancer le débat sur les pesticides

Le film engagé de Frédéric Tellier, avec les acteurs Pierre Niney et Gilles Lellouche, ne devrait pas manquer de relancer le débat sur les pesticides à quelques jours du salon de l'agriculture et en pleine campagne électorale présidentielle. Au coeur de l'intrigue : les méfaits de la tétrazine molécule phytosanitaire imaginée par le réalisateur.

L'acteur Gilles Lellouche dans le film Goliath
Gilles Lellouche joue dans Goliath un avocat défendant les victimes des pesticides.
© Christine Tamalet Single Man

Ce mercredi 9 mars sort en salle le film Goliath, du réalisateur Frédéric Tellier, avec Pierre Niney, Gilles Lellouche, et Emmanuelle Bercot. Un film, à gros casting, qui devrait remettre sur le devant de la scène le débat sur les pesticides.
 

Le synopsis 

France (jouée par Emmanuelle Bercot), professeure de sport le jour, ouvrière la nuit, suite à la maladie de son mari milite activement contre l’usage des pesticides. Patrick (Gilles Lellouche), obscur et solitaire avocat parisien, est spécialiste en droit environnemental et défend Lucie (agricultrice, jouée par Chloé Stefani) pour faire reconnaître le cancer de son épouse, décédée, comme maladie professionnelle. Mathias (incarné par Pierre Niney), lobbyiste brillant et charismatique, défend les intérêts de Phytosanis, géant français de l’agrochimie. Les destins de ces trois personnages vont s’entremêler quand, désespérée, Lucie s’immole par le feu devant Phytosanis.


Un film engagé

Frédéric Tellier signe, avec Goliath, un film engagé après avoir enquêté pendant près d’une dizaine d’années sur les pesticides pour développer son scénario. A l’origine de ce projet : la lecture du Livre noir de l’agriculture d’Isabelle Saporta, a-t-il confié à nos confrères d’Agra Presse dans une interview. « Ce que je voulais traiter, c’est avant tout l’autodestruction de l’homme par l’homme, un fil rouge de mon travail. Comme le sang contaminé, le tabac, ou l’amiante, les pesticides sont un scandale sanitaire majeur. C’est cette question de morale pure autour de laquelle j’ai tourné, avant de m’intéresser aux tenants précis de l’histoire », souligne le réalisateur.

« On utilise des pesticides, on doit le faire pour tenir nos rendements et s’en sortir. S’ils avaient indiqué le danger sur leurs produits on ne les aurait pas utilisés ou pas utilisés de la même manière », fait-il ainsi dire à Lucie devant le tribunal. Vanec, scientifique en retrait quelque peu désabusé, joué par Jacques Perrin fait pour sa part un grand discours à l’avocat dans lequel il lâche : « l’agriculture n’a cessé d’encourager à la réussite par la rentabilité plutôt que par la diversité. On a viré les hommes pour mettre à la place un poison qui nous tue ». Il accuse aussi l’industrie agrochimique d’être « en train de privatiser la nature », en compilant la vente de ses pesticides avec des OGM.
 

« Toute ressemblance n’est ni fortuite, ni involontaire »

« Bien qu’inspirés en partie de faits réels, les personnages et situations décrits dans ce film sont fictifs. Néanmoins toute ressemblance avec des évènements réels, des personnes mortes ou vivantes n’est ni fortuite, ni involontaire », est-il écrit sur l’écran au début du film. Dans Goliath, il est question des méfaits sur la santé de l’utilisation de la tétrazine, une molécule inventée par Frédéric Tellier « pour être universel, et éviter de parler trop spécifiquement d’une molécule comme le glyphosate ou même le chlordécone, un sujet qui m’a particulièrement touché », souligne le réalisateur à nos confrères d’Agra Presse. Mais il l’assure : après avoir enquêté près de dix ans auprès d’agriculteurs, d’éleveurs, de lobbyistes, d’avocats, de journalistes et de médecins, « au final, près de 80% de ce que l’on voit dans le film doit être vrai ».

En regardant le film, on pense effectivement au procès de Paul François face à Monsanto, ou encore le soupçon de fichage illégal à des fins de lobbying du géant de l’agrochimie, au processus de renouvellement de l’homologation du glyphosate prévu cette année au niveau de l’Union européenne ou encore à une enquête sur les suspicions d’un cluster de « bébés sans bras » dans l’Ain.
 

Des ONG environnementalistes s'en emparent

La film Goliath est bien accueilli par des ONG environnementalistes qui luttent contre l’utilisation des pesticides. Ainsi Générations futures accompagne sa sortie dans certains départements en proposant un temps d’échanges avec le public à la suite de la projection. Les associations Pollinis, Phyto victimes encore Inpact en font la promotion sur les réseaux sociaux. « Goliath est un film-enquête saisissant sur le monde trouble de l’agrochimie […] A voir absolument », écrit ainsi Pollinis. « Un film nécessaire et important qui met en avant des personnes souvent invisibilisés, les victimes des pesticides ! » commente pour sa part Phyto victimes quand Inpact écrit sut twitter « un couple de paysannes détruit par le cancer, un avocat en droit de l’environnement, une riveraine touchée par les pesticides, un lobbyiste au service de l’industrie, le tout fait un film intense et très bien informé qui sort ce 9 mars ».


Les politiques visés

Dans Goliath, Pierre Niney endosse le costume d’un jeune lobbyiste, qualifié « de marchand de doute », à la fois charmant et cynique. Après avoir défendu le diesel, il s’engage pour Phytosanis sans état d’âme. Le message qu’il véhicule : « la tétrazine est moins cancérogène que les bonbons qu’on donne à manger aux enfants ». Le film montre la connivence entre le lobbyiste, des hommes politiques et même des membres du gouvernement, dont le ministre de l’Agriculture, notamment lors de la scène d’un déjeuner organisé en Normandie avec vue sur le Mont St Michel. Une critique à peine voilée contre le gouvernement à quelques semaines de l'Election présidentielle, que Frédéric Tellier assume. « Sur le sujet, les politiques sont aux abonnés absents depuis plusieurs années. Sur ce quinquennat comme celui d’avant la parole est rare sur le scandale du chlordécone, ou sur les cancers en général. Pendant ce temps les corps s’érodent, et les agriculteurs tombent malades avec peu de soutien », confie le réalisateur à nos confrères d’Agra Presse.

Le film, un brin caricatural, ne devrait pas manquer de soulever des réactions du côté du monde agricole. Dès le 5 mars, Jean-Marie Chédru, membre de Franceagritwittos, s’emportait déjà sur le réseau social : « je sens que ca va encore ferrailler. Sortie le 9 mars, juste après le Sia, du film Goliath, pesticides, OGM et tout le tralala habituel… Tout est bon pour faire du fric sur le mensonge en instaurant des peurs infondées ».

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