« Mon système naisseur en race aubrac est productif et herbager »
Dans le Finistère, Dominique Le Feunteun élève 60 vaches de race aubrac. Son système naisseur est très productif et bien équilibré par rapport au potentiel de ses surfaces fourragères.
Dans le Finistère, Dominique Le Feunteun élève 60 vaches de race aubrac. Son système naisseur est très productif et bien équilibré par rapport au potentiel de ses surfaces fourragères.
À Quimper, Dominique Le Feunteun, ancien éleveur laitier, s’est lancé dans l’élevage allaitant en 2012 avec 15 mères blondes d’Aquitaine et des génisses à l’engraissement. Il cherchait à acheter d’autres vaches quand l’opportunité de reprendre 12 vaches aubracs s’est présentée. « Je ne connaissais pas cette race. Elles m’ont plu. Elles étaient super calmes, raconte Dominique Le Feunteun. J’ai ensuite acheté une vingtaine de vaches et génisses en 2015 dans le berceau de race. » L’éleveur a voulu dès le début la meilleure génétique et a travaillé avec le GIE Aubrac, puis il a inscrit tous les animaux au herd-book, et a démarré le contrôle de performances dès 2015. Les dernières croisées blondes ont été vendues en 2018.
En un peu plus de dix ans, Dominique Le Feunteun a ainsi bâti un troupeau aubrac très performant et particulièrement homogène. Seulement 2 ou 3 points séparent les animaux du troupeau sur leur pointage en développement musculaire, développement squelettique et croissance. Côté IA, Bayon a particulièrement marqué l’élevage. Un taureau de monte naturelle est acheté pratiquement tous les ans dans le berceau. « On fait notre test maison. » Les priorités sont, dans l’ordre, le lait, la docilité, le développement et la croissance. Une vingtaine de vaches sont qualifiées mères à taureaux, dont une dizaine mères à taureaux élites. «L'évolution du troupeau s’est faite avec l’appui technique d’Alexis Lefebvre d'Eilyps qui m’a conforté dans mes choix. Il me manque dix ans pour arriver là où je voulais au niveau génétique », remarque Dominique Le Feunteun, qui prend sa retraite au 1er janvier 2026.
370 jours d’intervalle vêlage-vêlage moyen
Les vaches sont conduites en deux lots, avec des vêlages qui démarrent fin septembre ou début octobre et sont presque finis mi-janvier. Elles vêlent en bâtiment (un détecteur de vêlage et une caméra de surveillance sont complémentaires pour une bonne surveillance), et ne ressortent pas. Le taux de mortalité des veaux était de 1,4 % en 2024. Les veaux ne sont pas complémentés sous la mère. « L’IA est pratiquée en première intention pour toutes celles que je vois en chaleur, vaches et génisses, avant la mise à l’herbe. Je regarde un peu tout le temps et en les connaissant bien chacune, je détecte leurs différents signes. » Le premier vêlage intervient à 35 mois, le taux de renouvellement est de 30 %, et l’intervalle vêlage-vêlage moyen est de 370 jours de moyenne.
La ration des mères est basée sur 3 kg MS d’ensilage de maïs et de l’enrubannage de prairies temporaires. Les minéraux en semoulette sont distribués sur le maïs, et des vitamines sont apportées en cures deux fois dans l’hiver. « Je garde le maïs : c’est l’assurance ration avec un rendement en général de 13 tMS/ha. J’ai fait des betteraves fourragères, mais pour des raisons de travail, cela n’a pas fait long feu. Le chargement est aussi monté à 1,6 ou 1,7, mais c’était trop. Avec le terrain granitique sur sols sableux avec peu de profondeur, un chargement de 1,3 UGB/ha permet d’être bien tous les ans. »
9,5 mois entre dernier vêlage et abattage
Pour la paille, une partie est produite sur l’exploitation et l’éleveur en trouve facilement à acheter près de chez lui. Dominique Le Feunteun échange une partie de ses céréales contre un aliment équilibré de type VL18 pour l’engraissement des vaches. Il sert aussi ponctuellement pour entretenir de bonnes relations avec les génisses sevrées et les broutards. La consommation totale de concentrés est de 110 kg/UGB en moyenne.
Dominique Le Feunteun sème des mélanges prairiaux à base de RGH et TV et des RGA, RGH et TB. Dans ces derniers, le ray-grass hybride donne du volume pour les deux premières années, le temps que le RGA monte en puissance. « J’ai essayé le dactyle, mais pour ne pas être envahi, je reviens sur les espèces classiques. » Les prairies reçoivent 300 m3 de lisier sur prairies à l’automne (elles ne portent pas assez en début de printemps) et du fumier. À l’année, 10 tonnes d’engrais azoté au total sont réparties sur les différentes coupes. Le rendement moyen des prairies récoltées est d’environ 7 tMS/ha.
Pour le pâturage, les paddocks sont tout prêts pour chaque lot. « Ils mesurent en moyenne 1,3 hectare. Quand j’ai décidé qu’on change, on change. C’est tous les deux ou trois jours la plupart de temps, et les lots tournent plus vite s’il pleut. »
Le troupeau est en état toute l’année. Certaines vaches de réforme partent de leur pré, d’autres sont engraissées pendant au maximum deux à trois mois. Leur poids de carcasse tourne autour de 440 kgC, et l’une d’elles a atteint 508 kgC l’an dernier. Le temps moyen entre le dernier vêlage et l’abattage est de 9,5 mois.
« Je vends les vaches et génisses finies en direct à l’abattoir de Quimper, qui est à 15 minutes de temps de transport. » Les broutards sont sevrés en moyenne à 7,5 mois en deux ou trois lots, de début juin à août. Ils pèsent entre 330 et 350 kgV. « Ils sont engraissés dans le voisinage et j’ai toujours des échos sur leurs évolutions », explique l’éleveur.
Dominique Le Feunteun a fait de la vente directe, jusqu’à six ou sept bêtes par an, mais il estime que la rentabilité du temps de travail n’est plus intéressante et maintient cette activité pour seulement une bête par an.
Côté équipement, Dominique Le Feunteun a aménagé pour les aubracs son ancien bâtiment vaches laitières ainsi que deux porcheries qu’il a rachetées à son voisin. Il fait beaucoup appel à une entreprise pour les cultures et la récolte des prairies (fauche et pressage). « Mes surfaces ne permettent pas de rentabiliser un round baler, et je ne veux pas passer à côté de quelque chose sur les vaches. »
Le troupeau est particulièrement homogène
Fiche élevage
Une transmission de l’élevage bien préparée
Julien Marc a rencontré Dominique Le Feunteun dans le cadre de son activité de salarié de l’ETA qui intervient sur l’élevage. La transmission du troupeau s’est dessinée progressivement sur environ trois ans, et elle se concrétise maintenant sur toute l’année 2025. Les éleveurs se sont entourés de leur centre de gestion pour les formalités. Le passage de témoin se fait dans le cadre d’un stage de parrainage, puis Dominique Le Feunteun sera salarié quelques mois, car la date de sa retraite a été reportée par rapport au prévisionnel.
« Je conserve la structure du système d’élevage en place », présente Julien Marc. Il prévoit de maintenir le niveau de chargement à de 1,3 UGB/ha et de monter à 85 vêlages avec un lot de vaches de plus, en faisant plus de cultures. Il valorisera 45 hectares supplémentaires qui seront moitié en prairies et moitié en cultures.
Alexis Lefebvre, conseiller bovins viande Eilyps : «Une production de viande vive de 310 kg par UGB en race aubrac»
« L’élevage de Dominique Le Feunteun est productif. La production brute de viande vive s’élève en 2024 à 310 kgVV/UGB, soit 30 kg de plus que la référence du cas-type en aubrac du berceau de la race et autant que des cas-types en races à grand effectif. Sur l’année, la production de viande vive est de 34 tonnes et les charges sont toutes bien maîtrisées.
Grâce à l’homogénéité du troupeau et au maintien d’un intervalle vêlage-vêlage idéal, toutes les interventions sont effectuées au bon stade pour chaque animal et sont correctement dosées. Ce cadrage facilite aussi l’organisation du travail. »