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[Météo] Pluies en France : d'un extrême à l'autre, quels effets sur l'agriculture ?

Des précipitations extrêmes en France : le troisième trimestre 2021 a été particulièrement pluvieux. Dans une nouvelle chronique météo, Serge Zaka, docteur en agroclimatologie chez ITK, décrypte, les conséquences pour l'agriculture et le phénomène de la goutte froide

Serge Zaka, agroclimatologue chez ITK.
Serge Zaka, agroclimatologue chez ITK.
© ITK

  

D’après Gaétan Heymes, ingénieur prévisionniste à Météo-France, la France sort d’un trimestre mai-juin-juillet très arrosé. L’année 2021 se situe au troisième rang des plus arrosées, derrière les années 1977 et 2007 : 303 mm, soit 43% d'excédent aux normales. Le mois de juillet se classe 7ème des mois de juillet les plus arrosés sur la période 1959-2021 (figure 1) avec une importante hétérogénéité sur la France (figure 2). On relève ainsi plus de 300 mm de pluie au mois de juillet sur le Centre-Est contre 1 mm à Toulon, Ajaccio, Calvi et Oletta. Le mois de juillet de l’année 2014 reste le plus pluvieux en France depuis 1959. Un cas d’école pour les conséquences sur l’agriculture !

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Figure 1 – Cumul mensuel des précipitations des mois de juillet en France depuis 1959 (source : Météo-France)
Figure 2 – Cumul mensuel des précipitations du mois de Juillet 2021 (source : Météo-France)
Figure 2 – Cumul mensuel des précipitations du mois de Juillet 2021 (source : Météo-France)

Le mois de juillet est synonyme de récoltes pour de nombreuses espèces emblématiques du paysage agricole français : colza, blé, orge etc. Nous allons voir que cet excès de pluie, durant cette période cruciale de récoltes à des conséquences très variées sur le monde agricole. 1. Une situation météorologique à répétition : la succession de gouttes froides. Qu’est-ce qu’une goutte froide ? Une goutte froide est une zone d’air froid en altitude favorisant la formation de nuages, généralement orageux en saison estivale (figure 3). L’air chaud présent sur l’Europe de l’Est a ralentit la progression des gouttes froides venant du nord-ouest. Les précipitations ont ainsi pris un caractère stationnaire et, par conséquent, ont provoqué des inondations.

 

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1 - Une situation météorologique à répétition : la succession de gouttes froides

Qu’est-ce qu’une goutte froide ?

Une goutte froide est une zone d’air froid en altitude favorisant la formation de nuages, généralement orageux en saison estivale (figure 3). L’air chaud présent sur l’Europe de l’Est a ralentit la progression des gouttes froides venant du nord-ouest. Les précipitations ont ainsi pris un caractère stationnaire et, par conséquent, ont provoqué des inondations.

Quelles sont les conséquences de cette succession de gouttes froides ?

Alors que les sols étaient particulièrement secs au début du printemps, cette succession de gouttes froides depuis le mois de juin à progressivement saturé les sols en eau (figure 4). Et début août, la situation météorologique n’était toujours pas débloquée ! Ainsi, les périodes de remplissage des grains et de récoltes se sont faites sous la pluie sur la quasi-totalité de la France (excepté l’extrême sud-est).

Figure 3 – Exemple de goutte froide du 23 juillet (zone jaune sur le proche Atlantique) avec une remontée d’air chaud à l’avant, du Maghreb à la Scandinavie. Cartographie du modèle GFS par l’association Infoclimat.fr
Figure 4 – Indice d’humidité des sols agrégé à l’échelle du territoire du 1er mai au 31 juillet 2021

Est-ce une marque du changement climatique ?

Les successions de gouttes froides ne sont pas inédites en France. Il existe encore beaucoup d’incertitude sur la façon dont le changement climatique impacte leur formation, leur fréquence et leur déplacement. Cependant, il est acquis que, pour chaque degré de plus, le potentiel d’eau dans la masse d’air augmente d’en moyenne de 7%. Ainsi, les pluies associées aux gouttes froides peuvent être plus abondantes. Et c’est d’ailleurs sur ça que vont se pencher les climatologues dans les prochaines semaines : dans quelle mesure la présence d’un air très chaud sur l’Europe central a favorisé les pluies diluviennes sur le Bénélux, l’Allemagne et le nord-est de la France ?

La fraicheur (relative) que connait la France actuellement est un cas isolé à l’échelle du globe comme le montre l’anomalie des géopotentiels (pour simplifier, la température en altitude) au niveau européen en juillet (figure 5). Cette anomalie ponctuelle ne remet en aucun cas en cause l’avancée du changement climatique.

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Figure 5 - Anomalie des géopotentiels sur le mois de juillet (source : Météo-France via Gaetan Heymes).

2 - De nombreuses conséquences sur l’agriculture

Les conséquences sont nombreuses tant sur le plan physiologique (anoxie), pathologique (maladie), mécanique (verse), qualitative (perte de qualité du grain, germination sur pied) ou logistique (décalage des récolte, impraticabilité, stockage). Elles varient notamment suivant le stade de la culture, la durée d’immersion / de saturation, le type de sol, le drainage et la pente de la parcelle.

L’impraticabilité des champs

Les conséquences de cet excès d’eau sont très contraignantes pour l’organisation des travaux agricoles. Un champ inondé ou saturé est peu praticable pour les machines agricoles, quel que soit le mode de conduite. Un véritable casse-tête pour les agriculteurs voire une course contre la montre quand le ciel est plus clément !

L’anoxie

Une saturation en eau du sol empêche la respiration racinaire et, par conséquent, ralentit ou stoppe l’approvisionnement de la plante en nutriments du sol. La croissance de la plante ou le remplissage du grain sont ainsi arrêtés. Les pertes de rendement peuvent être irréversibles lorsque l’évènement a lieu durant l’initiation des grains. Les pertes sont plus limitées lorsque le remplissage est plus avancé (grain laiteux).

La verse

Pour les céréales, une conséquence indirecte et mécanique de l’excès d’eau est une forte augmentation du risque de verse (i.e. couchage de l’épi au sol). La verse se produit soit parce que le courant d’eau a poussé les plantes, soit parce que le sol perd sa cohésion avec l’excès d’eau et l’ancrage racinaire fait défaut.

Retard des récoltes, germination sur pied et perte de qualité

L’impraticabilité des parcelles et les journées pluvieuses décalent la récolte. Malgré sa maturité, le blé reste soumis aux phénomènes climatiques jusqu’à ce que les conditions météorologiques permettent de nouveau la récolte. Lorsque le temps est frais et pluvieux, cela favorise la germination des grains de blé dans l’épi, avant même qu’ils aient été récoltés (figure 6) !

Cette germination provoque une modification des nutriments du grain. Pour faire simple, l’amidon est de moins bonne qualité et peu panifiable. En revanche, il fera un blé fourrager de bonne qualité pour le bétail ! Cette qualité du grain est quantifiée par la « chute d’Hagberg ». Cette perte de qualité se fait rapidement : au-delà de 2 % de grains germés, l’indice de la « chute d’Hagberg » commence à se dégrader.

 

Développement des maladies

Pour finir sur ce tableau désastreux, l’excès d’eau favorise le développement des champignons comme le mildiou. Le retour de conditions plus chaudes après un épisode pluvieux peut ainsi faire exploser le cas de maladie. C’est notamment le cas cette année pour les vignobles du nord-est de la France comme en témoignent les vignerons alsaciens dans Le Point.

 

 

Le temps devrait progressivement s’améliorer la deuxième semaine d’aout. Espérons que celle-ci soit durable, sans non plus tomber dans les excès de la sécheresse de nouveau !

 

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