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Lutter contre la concurrence déloyale, action clé pour gagner en souveraineté alimentaire ?

La question d’imposer des clauses miroirs lors des accords de libre échange est revenue régulièrement lors du grand rendez-vous sur la souveraineté alimentaire organisé le 18 mai à Paris. Si son principe semble acquis côté français, sa mise en œuvre s'annonce difficile.

Table ronde 2
De gauche à droite : Pascal Canfin, député européen, Samuel Vandeale, président des Jeunes agriculteurs, Sébastien Windsor, président des Chambres d'agriculteurs, Patricia Loison, présentatrice du débat, et Valérie Pécresse, présidente de la régione Ile-de-France
© R. F.

« Nous voulons réagriculturaliser la France », affirmait lundi 17 mai sur France Inter Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, la veille du grand rendez-vous organisé sur la souveraineté alimentaire. « Il faut arrêter d’importer 60% de nos poulets, 80% dans les cantines […] Nous sommes dépendants de pays où les produits sont moins chers : l'Ukraine pour la volaille, par exemple. Pour tout ce qui est fruits et légumes, ce sont les pays du Sud - Maroc, Espagne - là où la main d'oeuvre est beaucoup moins chère ». Et de pointer du doigt la concurrence déloyale, à laquelle l’agriculture française est confrontée.

Revoir le colloque en replay : ici

« On ne peut pas imposer du haut de gamme ici et importer du bas de gamme tous les matins en tuant la compétitivité des exploitations agricoles […]. Nous sommes soumis à des transitions environnementales, que nous faisons, mais on ne peut pas nous demander de faire du haut de gamme et dire que les Français se nourriront de bas de gamme », a-t-elle argumenté. Un sujet dont il a été beaucoup question lors du colloque organisé le 18 mai.

Sébastien Windsor, président des chambres d’agriculture, a ainsi déclaré que les agriculteurs étaient prêts à s’engager sur de nouveaux marchés pour mieux répondre à la souveraineté alimentaire mais que pour ce faire le besoin en « clauses miroirs » était majeur. Exploitant en polyculture-élevage, il a expliqué comment il avait tenté de produire des févéroles et des lentilles mais avait dû arrêter l’interdiction de certaines molécules ne lui permettant plus de maîtrises ses cultures.

« Nous sommes confrontés au dumping social et environnemental des zones géographiques hors Union européenne [...]On a face à nous des pays sud-américains qui déforestent, n’ont pas les mêmes contraintes phytosanitaires, n’ont pas les mêmes contraintes sociales que nous. On ne peut pas demander des efforts aux agriculteurs tout en important de ces régions », a reconnu Emmanuel Macron, à la fin du colloque, à travers un entretien préenregistré.  
« Pas de négociation commerciale avec les pays qui ne respectent pas l’Accord de Paris, et nous défendons aussi la clause miroir, c’est-à-dire le fait de pouvoir refléter nos contraintes avec les gens avec qui nous échangeons », a-t-il poursuivi.

Lire aussi : Souveraineté alimentaire : Emmanuel Macron répond aux agriculteurs

En introduction du colloque, Julien Denormandie a assuré que la France allait promouvoir, dans le cadre des accords de libre-échange, le principe des « clauses miroirs », qui permettent de vérifier si les normes sanitaires des produits importés sont équivalentes aux normes du pays dans lequel ils arrivent. Il a désigné la présidence française de l'Union européenne, au premier semestre 2022, comme une bonne occasion pour avancer sur ce dossier.

Lire aussi : Pour améliorer la souveraineté alimentaire de la France Bayrou propose un plan Marshall agricole

Une position partagée par Pascal Canfin, député européen, président de la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire du Parlement européen. « Nous sommes en train de gagner la bataille culturelle pour dire que les accords de libre-échange ne sont pas bons par principe. Maintenant il faut transformer cela en règles et nous sommes confrontés à la difficulté juridique », a-t-il témoigné en visioconférence.

On n'a pas de souveraineté sur l'Amazonie

« Si le Brésil autorise des pratiques agricoles qui détruisent l’Amazonie, on n’a pas de souveraineté sur l’Amazonie… Nous avons les bases légales pour protéger notre nature mais pas pour protéger la nature et la santé des agriculteurs brésiliens », a-t-il expliqué. « On travaille tous les jours pour ces fameuses clauses miroirs, on a besoin de toute l’intelligence collective là-dessus », a-t-il lancé.

Le problème supplémentaire c’est le Brexit

« Il faut un mandat de la présidence française pour fermer nos frontières aux produits des pays qui ne respectent pas nos normes. C’est de la concurrence déloyale. L’Europe doit nous protéger », a réagi Valérie Pécresse, présidente de l’Ile-de-France qui a rappelé que sa région était une grande région agricole avec 50% des surfaces qui sont cultivée et 5000 fermes.

Lire aussi : L'enjeu de la souveraineté alimentaire en France, en 5 chiffres clés

Pour autant, les clauses miroirs ne seront rien s’il n’y a pas des contrôles au niveau de l’Union européenne, a précisé Pascal Canfin. « Le problème supplémentaire, c’est le Brexit », a-t-il ajouté, évoquant des produits capables de transiter par les Etats-Unis, l’Irlande puis le Royaume-Uni avant d’arriver en France. « Nous ne sommes pas suffisamment organisés pour savoir si tous les ports de l’Union européenne appliquent les mêmes contrôles que nous. On doit s’en assurer sinon on a un énorme trou dans la raquette », a prévenu le député européen.

Un peu plus tôt dans le colloque, la ministre déléguée à l’industrie Agnès Pannier-Runacher avait pour sa part déclaré : « la DGCCRF est très stricte sur l’entrée des produits, d’autres administrations ne sont pas aussi strictes. Certains pays européens sont de bons pays d’entrée ».

 

 

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