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Communication
Limagrain répond aux accusations de Cash Investigation

A chaque nouveau numéro, son lot de démentis et de protestations. L’émission Cash Investigation s’est installée dans le paysage audiovisuel pour gratter. Et ça marche. L'émission présentée ce 18 juin ne se voulait pas moins choc que les précédentes puisqu’il y était question d’un « hold-up sur nos fruits et légumes ». L’industrie semencière était en ligne de mire et le groupe Limagrain la principale cible. Aujourd’hui, le groupe français répond.

Le 18 juin, France 2 a diffusé un nouveau numéro de Cash Investigation intitulé « Multinationales : hold-up sur nos fruits et légumes ». L’émission documentaire a démarré à 21 h 10 et duré 131 minutes. Cette fois Elise Lucet et son équipe s’attaquaient à l’industrie semencière. Le pitch du film présenté sur le site de France 2 est sans complaisance.  

« Qu'ils soient bio ou pas, presque tous les fruits et légumes sont calibrés comme des produits industriels. Pour cela, les multinationales ont mis au point des semences totalement standardisées. En un demi-siècle, les tomates ont perdu par exemple plus de 50 % de leurs vitamines, et beaucoup de leur goût. Une poignée de géants mondiaux détiennent les semences, comme l'Allemand Bayer ou le Français Limagrain. En Inde, des femmes et des enfants triment pour produire les graines. La santé pâtit également de cette course à la semence. »

En ligne de mire, Limagrain. Jean-Christophe Gouache, directeur des affaires internationales de l’entreprise multinationale avait accepté de répondre aux questions de la journaliste Elise Lucet. A plusieurs reprises, dans cet entretien, c’est un « je m’inscris en faux » qu’il a opposé aux accusations visant le groupe semencier. Il a en particulier opposé un démenti formel aux allégations concernant les conditions de travail des femmes et des enfants en Inde.

Pas de travail des enfants en Inde chez Limagrain : « Nous luttons contre ce fléau »

Aujourd’hui l’entreprise complète les réponses apportées. Dans un communiqué, les dirigeants du groupe semencier affirment : « Non, Limagrain ne fait pas travailler des enfants en Inde ». Les images sont « choquantes » mais « ce que l’on a vu, ce ne sont pas des sites Limagrain », dit clairement le communiqué. Au contraire, le groupe affirme œuvrer pour tenter de diminuer ces pratiques qu’il juge inacceptables. « En partenariat avec des ONG locales, nous luttons contre ce fléau, encore malheureusement trop présent en Inde. Depuis que Limagrain a une filiale en Inde, nous avons fait de la lutte contre le travail des enfants une priorité, » assurent les dirigeants dans le communiqué. Et d’ajouter : « Les chiffres montrés dans le reportage de Cash Investigation sont émis par l’ONG ICN et concernent la situation générale en Inde. Concernant Limagrain, en 2018, cette même ONG a produit un rapport qui indique que pour les sous-traitants ayant travaillé pour Limagrain, seuls deux enfants ont été identifiés sur 700 fermes contrôlées (soit moins de 1%). »

Le groupe semencier indique par ailleurs avoir fourni des « éléments factuels » à l’équipe de télévision avant la diffusion du reportage. « Mais ceux-ci n’ont pas été repris au montage ». Ces informations, redétaillées dans le communiqué, concernaient l’engagement et le plan d’action de Limagrain vis-à-vis du travail des enfants.

 

 

Le groupe semencier indique avoir fourni des « éléments factuels » à l’équipe de télévision avant la diffusion du reportage. « Mais ceux-ci n’ont pas été repris au montage ». Ces informations, redétaillées dans le communiqué, concernaient l’engagement et le plan d’action de Limagrain vis-à-vis du travail des enfants.

« . Sur nos sites Limagrain, nous garantissons qu’il n’y a pas de travail d’enfants de moins de 16 ans.

. Pour les producteurs sous-traitants, nous interdisons le travail des enfants et nos actions portent sur 3 axes :

  • Une clause contractuelle interdisant le recours au travail d’enfants.
  • Des actions de sensibilisation et des audits : 100 % des producteurs que nous suivons directement ont été sensibilisés sur les 2 dernières années et sont audités par nos Responsables de Programme Sociaux, et nos 27 superviseurs de production. Nous avons mandaté une société d’audit externe (SVRL).
  • Des sanctions, allant jusqu’à la perte du contrat de production de semences. »

Limagrain se défend par ailleurs de sous-payer ses salariés en Inde et affirme respecter scrupuleusement le droit du travail des pays où ils sont présents. Là aussi, l’entreprise précise avoir « remis des preuves sous la forme de grilles de salaires certifiées par des experts comptables » qui n’ont pas non plus été prises en compte pour la réalisation du documentaire.

Pas de semences « standardisées à faible qualité nutritionnelle »

Attaqué également sur la standardisation des semences et la perte de qualité gustative et nutritive des variétés produites, le groupe international répond aussi fermement : «  Non, Limagrain n’impose pas des semences « standardisées à faible qualité nutritionnelle ».

« Nous contribuons à une alimentation variée en mettant au point et en rendant accessible une grande diversité de légumes pour répondre à la diversité des besoins des agriculteurs et des consommateurs à travers le monde », martèle le communiqué.

« Nous commercialisons :

. 759 variétés de tomates dans le monde,

. 4711 variétés de légumes différentes,

 . 300 nouvelles variétés chaque année.

Sur le goût, les exemples de tomates montré par Cash Investigation ne sont pas représentatifs. Le gène de « longue conservation » (gène LSL, Long Shelf Life) est présent dans moins de 20 % de nos 759 variétés de tomates. Ces variétés correspondent à la demande de zones du monde notamment tropicales pour leurs consommations domestiques où la conservation est un problème majeur.

Et le semencier d’affirmer qu’aujourd’hui, le goût est pour lui « un axe majeur de recherche ».

Pas de vente aux agriculteurs-coopérateurs de semences non-inscrites au catalogue

Enfin, un dernier élément de réponse concerne l’accusation de réserver pour les céréaliers sous contrat des semences non inscrites au catalogue qui leur sont indirectement facturées.

Sur ce sujet, l’entreprise dit encore une fois clairement « Non » et s’insurge : « Limagrain ne contourne pas la réglementation en ‘ vendant ‘ des semences non inscrites au catalogue à ses agriculteurs-coopérateurs.» Pour l’entreprise montrée du doigt, l’équipe de télé « méconnaît le fonctionnement d’une coopérative ». Le communiqué fait donc une petite mise au point.

« Comme la loi nous y autorise, Limagrain met à disposition de ses agriculteurs-coopérateurs des semences qui leur permettent de produire du blé répondant à des cahiers des charges spécifiques dans le cadre interne et exclusif de la filière blé tracée Limagrain. Au moment de la récolte, la coopérative collecte et rémunère la totalité de la production de ces blés spécifiques. La facture correspondant à l’Assistance Technique et au Savoir-Faire (ATSF) émise par la Coopérative vise à rémunérer les services mis en œuvre pour mettre en place cette production tracée. »

 

GnisCash
Jean-Pierre Alaux du Gnis répond aux questions d'Elise Lucet.

 

Le Gnis réagit aussi

Le Gnis, groupement national interprofessionnel des semences, a aussi accepté de témoigner dans l’émission d’Elise Lucet. C’est Jean-Pierre Alaux, membre du conseil d’administration du Gnis, qui a répondu aux questions. Le producteur d’oignons à Castelnaudary est président de la section potagères et florales. Son organisation est attaquée par la journaliste pour ne pas faire cas des semences paysannes et donner la part belle au « tout hybride ». Le Gnis a lui aussi rédigé un communiqué suite à l’émission qui parle des « idée reçues véhiculées par Cash Investigation ». L'interprofession des semences et des plants (1) assure être engagée dans une « démarche d’ouverture et de transparence ». « Nous avons donc décidé de répondre à l’interview même si nous savions que la tonalité serait par nature polémique », indique le communiqué. « L’émission Cash investigation aborde donc différents thèmes concernant notre filière et notamment le manque de goût et de valeur nutritionnelle des tomates, les semences hybrides, les semences anciennes non inscrites au catalogue ou encore la soi-disant mainmise des multinationales sur les semences. » Pour trouver toutes les réponses à ces questions, le Gnis invite à aller consulter son site à la page des questions réponses.
 
(1) Le Gnis est constitué d’élus repartis en 5 collèges représentant : les sélectionneurs de variétés, les agriculteurs-multiplicateurs de semences, les producteurs de semences, les distributeurs et les utilisateurs de semences.
 

Lire aussi Cash Investigation s'attaque maintenant aux fruits et légumes et aux céréales,

Cash Investigation : revue de tweets autour des blés et des tomates

et dans l'Action agricole picarde Cash investigation : Limagrain rétablit la vérité.

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