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Les vignerons touchés par le gel : la double peine des attaques sur les réseaux sociaux

Des vignes gelées et des viticulteurs glacés par les propos des riverains et des citadins sur les réseaux sociaux. C’est le résultat d’une nuit très anxiogène pour la profession viticole. Alors que nombre d’entre eux ont perdu une bonne partie de leur récolte de l’année pendant la nuit du 7 avril, des internautes ont fini d’accabler les professionnels de la vigne par leurs propos blessants. En cause : les braseros allumés dans les vignes qui ont propagé des fumées perceptibles notamment à Bordeaux.

Le gel était prévu, mais pas dans ces proportions. Dans le Bordelais et autres régions viticoles, des milliers de braseros ont illuminé le ciel dans la nuit du 6 au 7 avril mais surtout du 7 au 8 avril. En Aquitaine, des hélicoptères ont survolé les vignobles pour tenter de rabattre la chaleur au sol.

Les efforts n’auront pas été suffisants pour repousser ce gel tardif d’une forte intensité et qui a touché un vaste territoire géographique. La filière viticole est touchée mais aussi l’arboriculture. En déplacement en Ardèche le 10 avril, le premier Ministre Jean Castex a promis une aide exceptionnelle de l’Etat.

Lire aussi «  Gel : le gouvernement annonce des aides exceptionnelles aux agriculteurs touchés »

En Gironde, « même s'il est encore trop tôt pour chiffrer la totalité des dégâts, il ressort déjà que pour certaines parcelles l'impact est comparable à celui du gel de 2017 avec des conséquences sur la récolte 2021, » annonce Réussir Vigne. Dans le quart Sud-Est, l’épisode de gel a été d’une « ampleur inédite, » observe encore Réussir Vigne. Les dégâts sont variables selon les parcelles mais dans la plaine de Béziers, dans l’Hérault, certains viticulteurs ne récolteront sans doute pratiquement rien cette année.

Lire aussi dans Réussir Vigne « Gel : les vignobles méridionaux trinquent » et « Ce que l’on sait des dégâts de gel dans les vignobles septentrionaux »

C'est « la catastrophe agricole due au gel la plus importante depuis la révolution agricole, » observe  Serge Zaka, docteur en agroclimatologie.

Pourtant, face à ce désarroi de toute une filière, les viticulteurs n’ont pas reçu que des messages de compassion. Dans certains cas, ils ont même dû affronter les reproches de la population. « Les plaintes face aux gênes occasionnées par les dispositifs antigel se multiplient, » indique Réussir Vigne, mettant « les nerfs de la profession à rude épreuve ».

Perdre le fruit de son travail et gagner des reproches sur les réseaux sociaux

Sur les réseaux sociaux, les commentaires ont déferlé entre critiques et conseils. « Tous ceux qui cultivent savent qu’il ne faut rien planter avant les saints de glace, » lance un internaute commentant un article. « Ils n’avaient qu’à pas semer aussi tôt. » Un fossé d’incompréhension entre professionnels de l’agriculture et certains citadins qui ne font pas la différence entre cultures pérennes et cultures annuelles. La vision urbaine des salades dans le carré de potager n’est semble-t-il pas suffisante pour permettre à tous de se projeter dans les réalités du monde agricole.

Certains se plaignent de la pollution provoquée par les fumées noires.

De nombreux commentaires parlent aussi de la pollution lumineuse générée par ces lumières.

Il n’est pourtant pas si difficile de comprendre que les viticulteurs, arboriculteurs et autres maraîchers touchés par le gel, dont le métier est de vivre de la terre et de leurs récoltes, viennent de perdre une bonne partie de leurs revenus annuels.

Lire aussi «  Après le gel, la filière viticole face aux intolérances de l’opinion publique »

Mais les réactions parfois virulentes montrent l’incapacité de certains à comprendre. Pour eux, la vigne devrait sans doute débourrer après les saints de glace et l’affaire serait réglée : pas de gel sur les boutons fructifères ! Cela éviterait les fumées provoquées par les bougies antigel dans les vignes qui gênent les riverains. Ces riverains là ne se sont pas levés la nuit pour voir l’anxiété des viticulteurs affairés dans leur vigne. Si le gel anéantit les bourgeons, c’est une année de travail qui risque d’être fortement compromise. Alors pourquoi ne pas faire preuve d’un peu d’indulgence pour une nuit de feux allumés ?   

A noter que des attaques contre les agriculteurs victimes de ce gel hors norme ont aussi été enregistrées sur le terrain. Ainsi les Jeunes Agriculteurs du Tarn et Garonne se sont émus le 7 avril d'un acte de malveillance intervenu contre un arboriculteur qui avait faire tourner les moteurs de ses tracteurs la nuit afin de protéger ses vergers en faisant un antigel par aspersion.

 

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