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Les pratiques agroécologiques ancrées dans les systèmes agricoles africains

Les agriculteurs africains, aussi bien dans les petites exploitations que dans les plus grandes fermes, recourent très largement à toute une palette de pratiques agroécologiques. C’est ce que constate le projet « Viabilité des pratiques agroécologiques en Afrique ».

afrique
Désherbage mécanique du niébé par traction animale sous parc arboré, Koumbia, Burkina Faso, 2011.
© E. Vall, Cirad

Sous l'égide de la Plateforme de partenariat pour la transformation agroécologique dont fait notamment partie le Cirad, le projet Viabilité des pratiques agroécologiques en Afrique a recueilli des données à partir de onze études de cas dans huit pays : Burkina Faso, Éthiopie, Kenya, Madagascar, Malawi, Sénégal, Tanzanie et Tunisie.

Les premiers résultats de cette étude démontrent une réalité controversée : les agriculteurs africains utilisent déjà largement toute une série de pratiques agroécologiques d'origines diverses, ainsi que des combinaisons de pratiques, souligne le Cirad. La méthode utilisée a permis d'étudier la perception qu'ont les agriculteurs des pratiques agroécologiques, les conditions de leur adoption à l'échelle de l'exploitation, leurs performances agronomiques et les facteurs environnementaux, sociaux ou économiques qui influencent leur adoption.

Des pratiques diverses

L’étude de Viabilité s’est intéressée à la fois aux agriculteurs ayant participé à des projets de promotion de l'agroécologie, et à d'autres n'ayant pas participé. Sur chaque site d'étude, la quasi-totalité des agriculteurs recouraient à des pratiques agroécologiques. Le projet a donc démontré que, loin d'être des alternatives marginales aux pratiques conventionnelles, les pratiques agroécologiques étaient profondément ancrées dans les systèmes agricoles africains. Il existe une diversité des pratiques disponibles et de nombreuses combinaisons possibles.

Intrants limités

Les pratiques dominantes sont celles qui limitent l'utilisation ou réduisent le besoin d'intrants externes, améliorent et maintiennent la santé des sols et augmentent les synergies et le recyclage. Nombre d'entre elles impliquent de simples changements des systèmes agricoles, comme l'utilisation d'autres variétés. Il n'existe pas de solutions toutes faites, mais plutôt des réponses sur mesure et adaptées aux besoins et contraintes individuels de chaque agriculteur.

Pratiques indigènes ou importées

Les pratiques utilisées ont des origines diverses : certaines sont indigènes (développées sur place, spontanément par les agriculteurs eux-mêmes), tandis que d'autres ont été importées d'ailleurs ou développées conjointement. Le codéveloppement est un principe clé de l'agroécologie, mais lorsqu'une pratique est bien établie dans une région donnée, il n'est souvent pas nécessaire de la développer davantage. Tout au plus peut-on la modifier ou l'adapter, comme le confirment les études de cas.

Lire aussi : nos articles sur l'agroécologie

Un manque certain de soutien

Il apparaît que la quasi-totalité des agriculteurs questionnés pour l'étude recourent à l'agroécologie, malgré le manque de soutien, voire l'opposition réelle, des régimes - politiques et systèmes de recherche - et des institutions -gouvernement, services de conseil et secteur privé. Comme l'indique par exemple un informateur au Malawi, « les compagnies de tabac sont vent debout contre l'agroécologie parce que nous encourageons le reboisement ».

Parmi les motivations, l’augmentation des rendements…

Les observations montrent qu’après avoir pesé les avantages et les inconvénients de chaque pratique, les agriculteurs choisissent celles qu'ils utilisent en fonction de leurs priorités personnelles. Leurs motivations varient, mais ne se limitent pas à gagner de l'argent. Les raisons les plus souvent invoquées sont l'augmentation des rendements, la réduction des coûts des intrants et l'augmentation des revenus.

… et la protection de l’environnement

Certains agriculteurs mentionnent aussi la protection de l'environnement (réduction de l'érosion des sols et de la pollution de l'eau, protection de la biodiversité et réduction des toxines environnementales) et les avantages sociaux (meilleure qualité de vie, bonheur et diminution des conflits sociaux). Par ailleurs, contrairement à ce qui est souvent affirmé, la main-d'œuvre n'est pas toujours un obstacle à l'utilisation des pratiques agroécologiques. Certains agriculteurs affirment en effet que ces pratiques réduisent le temps de travail. D'autres voient l'augmentation de la charge de travail d'un bon œil, car l'estiment rentable.

D’autres travaux de recherches nécessaires

Alors que l'étude du projet Viabilité s'est concentrée sur les exploitations agricoles et les ménages, la viabilité de l'agroécologie dépend de facteurs opérant à d'autres niveaux, tels que les paysages et les territoires. D'autres recherches transdisciplinaires combinant des données quantitatives et qualitatives sont nécessaires. Le rapport de Viabilité arrive à cette conclusion : « S'il n'y a pas de réponse simple à la question « l'agroécologie est-elle viable ? », il ne fait aucun doute que ces pratiques ont beaucoup à offrir pour l'Afrique, en termes de construction de systèmes alimentaires et agricoles plus durables ».

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