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Les bioénergies sont une fausse bonne idée si l'usage des sols est ignoré selon le Cirad

Miser sur les bioénergies pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre est l’un des objectifs du nouveau plan climatique de l’Union Européenne. Mais le Cirad estime qu’il pourrait avoir de sérieuses conséquences négatives sur le stockage carbone, la biodiversité et la déforestation, si les changements d’usage des sols ne sont pas compatibilisés dans les émissions induites par la bioénergie.

bioénergies
Le maïs est une des principales cultures pour la production de bioénergie
© Gabriel Omnès

Le plan européen « Fit-for-55 » vise à réduire de 55 % les émissions de gaz à effet de serre émis par les pays de l’Union Européenne d’ici 2030. Pour y parvenir, l’UE compte recourir notamment aux bioénergies, ce qui doublerait sa demande en produits agricoles, et donc en terres arables. Et c’est là où le bât blesse selon Patrice Dumas, économiste au Cirad et co-auteur d’un article tiré d’une étude et publié dans Nature : « Le plan obligerait l’UE à détourner 20 % de ses terres cultivées vers des cultures destinées à l’énergie. Il entraînerait aussi une hausse des importations de bois pour la bioénergie quatre fois supérieure aux importations actuelles ». En parallèle, la substitution sur le territoire européen d’une production agricole pour l’alimentation vers une production agricole pour l’énergie impliquerait d’importer plus de produits alimentaires. Des cultures qui nécessiteront des terres et encourageront la déforestation à l’extérieur des frontières de l’UE.

« Les bioénergies ne sont pas neutres en carbone »

Si les bioénergies sont plus vertes que les énergies fossiles, les chercheurs rappellent qu’elles ne sont pas non plus neutres en carbone. Les plantes stockent bien le carbone pendant leur croissance, qui est relâché au moment de la combustion. Cependant, les terres utilisées pour les cultures remplacent, directement ou indirectement, de la végétation naturelle qui tenait un rôle de stockage de carbone. Ils expliquent que ces changements d’usage des sols entraînent une perte à ce niveau, qui se traduit soit par plus de remplacement de végétation naturelle, et en particulier plus de déforestation, soit par moins d’abandon de terre agricole qui serait naturellement recolonisé par la végétation. De façon similaire, les forêts naturelles contiennent nettement plus de carbone que les forêts gérées dans lesquelles le bois est prélevé.

Déforester ailleurs pour l’énergie et l’alimentation ?

« Les terres ne sont pas gratuites. Le plan sacrifie une immense opportunité pour l’UE de définir un avenir bénéfique dans le domaine des terres, avec plus d’habitats, de stockage de carbone et de biodiversité en Europe. Un avenir qui éliminerait la contribution de l’UE à la déforestation à l'étranger » explique Tim Searchinger, chercheur à l’Université de Princeton ayant participé à la rédaction de l’article et à l’étude qui note notamment que les importations de bois seraient multipliées par quatre d’ici 2030. Le plan entraînerait également une hausse des importations en produits agricoles qui ne seront plus cultivés en Europe. Ces cultures demanderont des terres et pousseront d’autres zones du globe à déforester pour leur faire de la place. Le plan entrerait donc en contradiction avec les ambitions affichées de l’UE dans la lutte contre la déforestation importée.

Quelles issues possibles ?

Les scientifiques avancent quelques solutions parmi lesquelles une transition vers des régimes alimentaires moins carnés en Europe. Ensuite, prendre en compte que l’empreinte en terres de la production agricole incite plutôt à intensifier pour augmenter les rendements. « En Europe cependant, les rendements sont déjà très élevés, avec des niveaux de pollutions en azote et des rejets de pesticides importants, qu’il faudrait plutôt limiter qu’augmenter » expliquent-ils. Selon eux, d’autres énergies renouvelables semblent plus efficaces que les bioénergies issues des cultures dédiées, en termes de concentration de l’énergie et d’empreinte en terres. C’est le cas de la bioénergie issue de résidus agricoles ou de l’énergie solaire. « L’empreinte en terres est un indicateur encore nouveau et sous-évalué par les décideurs », se désole Patrice Dumas. « A titre d’exemple, le plan entraînera la perte de la moitié des prairies semi-naturelles de l’Europe, qui concentrent une grande diversité biologique ainsi que de grandes quantités de carbone. Ce poids n’est pas mis dans la balance, et c’est une erreur » conclut-il.

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