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Campagne présidentielle
Vrai ou faux - L'élevage français est-il intensif ?

« Agriculture intensive », « élevage intensif », « élevage industriel », « fermes-usines », ces expressions sont monnaie courante dans notre société et s’immiscent dans la prise de parole politique, comme récemment avec Jean-Luc Mélenchon. Une notion qui irrite les agriculteurs. Le chercheur Romain Espinosa estime pour sa part que l'élevage français est à la fois intensif et de petite taille.

cochons
"Pour les porcs, on constate que 46,3 % des éleveurs travaillent dans des petites exploitations (entre 1 et 19 porcs par exploitation) et 18,1 % dans des exploitations moyennes (entre 20 et 499 porcs)", rappelle Romain Espinosa.
© Réussir

L’expression « agriculture intensive » est abondamment utilisée depuis quelques années et régulièrement reprise dans les débats, notamment politiques. Parce qu’il touche à la vie animale, « l’élevage intensif » - ou encore « l’élevage industriel » - semble aux yeux de beaucoup bien plus problématique encore et concentre nombre de crispations. Alors qu’il était tout récemment invité dans l’émission Le Grand Jury de RTL, Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France Insoumise à l’élection présidentielle 2022 a déclaré que s’il était élu, il interdirait  « les élevages qui concentrent les animaux, les fermes de 8 000 vaches, les porcheries de 800 truies » et ce pour deux raisons : « parce que les animaux y sont martyrisés » et pour enrayer « les causes de zoonose ».

Ses déclarations ont valu au candidat une série de réactions souvent courroucées sur les réseaux sociaux.


Julien Denormandie défend le modèle français

A l'occasion de la journée parlementaire du groupe La France Insoumise, Julien Denormandie a tenu à revenir sur cette déclaration.« J’ai entendu M. Mélenchon dire qu’il existe en France des élevages de plus de 8 000 bovins. C’est totalement faux ! Savez-vous que les élevages bovins de notre pays comptent en moyenne 144 bêtes ?», a lancé le ministre de l'Agriculture ajoutant « vous devriez être fiers de notre agriculture plutôt que la dénigrer, car les caricatures simplistes que vous évoquez existent, mais à l’étranger ».

Lors d'un wébinaire organisé par France Stratégie, Christiane Lambert a réagi le 18 janvier dernier en déclarant : « il y a fort longtemps que Monsieur Mélenchon n'a pas dû visiter d'exploitation agricole ». Et d'ajouter : « qu'est-ce que l'élevage intensif et l'élevage extensif ? A partir de quand on passe de l'un à l'autre ? Il faut approfondir pour sortir des clichés ».

Des clichés qui ne sont pas le seul apanage de La France Insoumise.

Yannick Jadot, candidat Europe Ecologie-Les Verts à l’élection présidentielle, a pour sa part déclaré sur LCI le 8 septembre 2021 : « Dès que nous arriverons au pouvoir, nous sortirons de l’élevage industriel. Les éleveurs qui participent à ça ont souvent des salaires de misère. C’est un élevage qui pollue terriblement, on le voit avec les algues vertes en Bretagne. (…) Il y aura un ministre délégué au bien-être animal ».

L'élevage français est à la fois intensif et de petite taille

Le débat qui oppose les animalistes et de nombreux acteurs du monde agricole n’est pas nouveau et fait régulièrement couler de l’encre. Pour essayer d’y voir plus clair, Romain Espinosa, chargé de recherche en économie au CNRS, Université de Rennes 1, et a écrit un article le 25 novembre 2021 sur le sujet sur le site The Conversation. Il y explique que les défenseurs de la cause animale et les éleveurs ont chacun en partie raison et que tout part d’un paradoxe : « l'élevage français est à la fois intensif, si l'on s'intéresse au sort des animaux, et de petite taille, si l'on s'intéresse au vécu des éleveurs. En France, la très grande majorité des animaux vit en effet dans des élevages intensifs, alors que la grande majorité des éleveurs élèvent leurs animaux dans de petites exploitations ». Afin d’éclairer et de mieux faire comprendre son propos, le chercheur cite l’exemple de l’élevage porcin.
 

Le paradoxe de l’élevage intensif

Auteur de Comment sauver les animaux ?, Romain Espinosa écrit, en citant les chiffres du ministère de l’Agriculture de 2019 : « Pour les porcs, on constate que 46,3 % des éleveurs travaillent dans des petites exploitations (entre 1 et 19 porcs par exploitation) et 18,1 % dans des exploitations moyennes (entre 20 et 499 porcs). En d'autres termes, plus d'un exploitant sur deux s'occupe de moins de 500 porcs, voire même de moins de 20 porcs pour 4 fermiers sur 10. Mais si on s'intéresse au point de vue de l'animal, on observe que 65 % des porcs sont élevés dans des exploitations que l'on pourrait qualifier de fermes-usines (plus de 2 000 porcs par exploitation). Ainsi, la majorité des éleveurs de porcs travaillent dans de petites et moyennes exploitations, alors que la grande majorité de ces animaux vivent dans des fermes-usines : c'est le paradoxe de l'élevage intensif ». Il poursuit : « dire que la majorité des éleveurs prend soin de ses animaux n’empêche pas le fait que la très large majorité des animaux sont élevés dans des fermes-usines ».

Et conclut : « Les petites et moyennes exploitations seraient ainsi les premières gagnantes de réformes visant à améliorer le bien-être des animaux, parce qu’elles impacteraient principalement les fermes-usines qui concentrent la très large majorité des animaux ». Selon le chercheur,« les prises de position des responsables politiques et des représentants des filières visant à limiter toute amélioration du bien-être animal semblent se faire principalement au détriment des petites et moyennes exploitations, et donc de la majorité des éleveurs ».

Qu'en pensent les éleveurs eux-mêmes ?

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