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Le moral des troupes baisse en agriculture : un agriculteur sur deux se dit pessimiste

Ipsos vient de publier les résultats d’une enquête effectuée auprès de 233 agriculteurs. Conclusion : les agriculteurs français connaissent une baisse de moral depuis un an. En 2021, un agriculteur sur deux se dit pessimiste en dépit des opportunités offertes par le secteur.

Interrogés en avril 2020, seulement 40 % des agriculteurs se disaient plutôt pessimistes.
© Elsemargriet / Pixabay

En pleine négociation de réforme de la Pac, l’institut de sondage Ipsos a interrogé les agriculteurs français sur leur situation après une année de crise. L’enquête commandée par Agri Avis a été menée du 30 mars au 19 avril 2021, auprès de 223 agriculteurs de 17 ans et plus ayant leur exploitation en France. Les conclusions de l’étude révèlent que le moral des agriculteurs français replonge : « Un agriculteur sur deux se dit pessimiste en dépit des opportunités offertes par le secteur, » indique Renaud Loesel, directeur de clientèle Market Strategy & Understanding chez Ipsos.

Un moral bas en raison de la situation économique

En 2020, la crise avait remis les enjeux de l’alimentation au cœur du quotidien des Français, revalorisant le métier d’agriculteur. Interrogés il y a plus d’un an, en avril 2020, seulement 40 % des agriculteurs se disaient plutôt pessimistes. En 2021, ils sont deux sur trois à être moins confiants : 60 % des moins de 45 ans et 62 % des exploitants en grandes cultures. La réponse évolue de + 14 points par rapport à l’année précédente. Les agriculteurs se plaignent de subir diverses pressions mais ce sont les perspectives économiques et leur situation financière qui impactent le plus leur moral. 55 % des agriculteurs ayant répondu évoquent spontanément ces raisons pour expliquer leur pessimisme.

Tirer un revenu de l’activité d’agriculteur était une des priorités des Etats généraux de l’Alimentation. Trois ans plus tard, la majorité des agriculteurs jugent que ce n’est toujours pas le cas.

Globalement, les inquiétudes liées à la trésorerie sont plutôt présentes chez les jeunes agriculteurs (54 % pour l’ensemble des personnes interrogées et 64 % chez les moins de 45 ans).

Trop de normes et de contraintes administratives

La deuxième source de pessimisme est l’aspect administratif de leur métier. Ils sont un sur deux (50 %) à se dire insatisfaits des normes et contraintes qui pèsent sur leur profession. Selon l’enquête également, un agriculteur sur trois estime que la profession est mal aimée de manière chronique, par les médias notamment.

L’enquête révèle malgré tout que 13 % des agriculteurs se disent optimistes, principalement en raison de l’évolution de leurs pratiques (vers la bio notamment) ou d’une réorientation de leur business model.

Les réglementations et le cours des marchés préoccupent les agriculteurs

Dans le contexte de crise du Covid et en période de déclaration pour le dossier Pac, 78 % des professionnels interrogés pointent du doigt les réglementations agricoles françaises et européennes. La tendance est encore plus forte dans les grandes exploitations où ce taux monte à 83 %.

Par ailleurs, le cours des marchés et les prix de vente sont jugés préoccupants par 54 % des agriculteurs français. Cette vision est encore plus accentuée en polyculture-élevage où cette réponse est de 15 points supérieure à la moyenne des agriculteurs.

Décarbonation de l'agriculture : moins prioritaire que de revaloriser les prix

Les agriculteurs s’estiment relativement bien informés des mesures de soutien et opportunités possibles, surtout quand elles sont locales ou nationales. A plus de 93 %, les agriculteurs français disent connaître la structuration et le développement de filières performantes ou encore les marques chargées de promouvoir le soutien de l’agriculture. Ces soutiens sont jugés pertinents par plus de 72 % des répondants mais ces mesures sont aussi celles sur lesquelles ils ont le plus d’attente, précise encore l’enquête.

Ipsos cite en exemple l’avancée de la décarbonation de l’agriculture : une mesure phare du Plan de relance, jugée pertinente par 62 % de ceux qui en ont entendu parler. Les enjeux carbone sont plus porteurs auprès des éleveurs (68 %) que des cultivateurs (53 %). L’agroécologie est plus présente sur les petites exploitations (56 %) que sur l’ensemble des exploitations (37 %). L’agriculture de précision attire plus les jeunes (80 % contre 35 % chez les plus de 45 ans). En revanche, le Plan protéines végétales est une priorité chez les plus anciens (80 %).

Le besoin de développer de nouveaux modèles de production (enjeux carbone, nouvelles filières, nouvelles formes d’accompagnement…) reste cependant une préoccupation minoritaire, évoquée par moins de 6 % des agriculteurs. « Des résultats qui peuvent apparaître comme paradoxaux alors que la décarbonation de l’économie est un enjeu de plus en plus urgent et que les agriculteurs pourraient être au cœur de ce mécanisme et pourraient en tirer des revenus complémentaires, » note Renaud Loesel. Pour le directeur de clientèle, cela s’explique sans doute par « l’inertie politique dans la mise en place et la promotion d’un marché de crédits carbone efficient ».

Interrogés sur leurs attentes prioritaires, les agriculteurs évoquent spontanément des motifs d’ordre économique (69 %). Pour eux, la priorité est de revaloriser les prix et redéfinir les mécanismes d’aides pour qu’ils soient « plus justes et plus significatifs, » avance l’institut de sondage. Redorer l’image du métier est aussi une attente prioritaire, de même que soulager les contraintes administratives (19 %).

Lire aussi « Les Français aiment les agriculteurs mais 1 sur 4 ne souhaite pas que son enfant le devienne »

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