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Lecture
Le cauchemar climatique raconté par des paysans

Dans son ouvrage « Les paysans face au chaos climatique » récemment publié chez Impact éditions, le journaliste, essayiste et réalisateur Gilles Luneau a recueilli les témoignages poignants d’une vingtaine d’agriculteurs sur le changement climatique.

livre
© Impacts éditions

Ils sont éleveurs, viticulteurs, arboriculteurs, céréaliers, maraîchers, sylviculteurs, à la tête d’une grande ou d’une plus modeste exploitation, 6 femmes et 13 hommes de différentes générations établis en conventionnel ou en bio, issus de différentes régions de l’Hexagone et ils ont répondu aux sollicitations de Gilles Luneau qui  a voulu donner la parole à tous ceux qui sont confrontés, en première ligne, au changement climatique. Et pour ces femmes et ces hommes le constat est unanime : tous doivent affronter un « chaos climatique » inquiétant pour les volumes et la qualité de leurs productions.

Pas un domaine de production, pas une région ne sont épargnés. Les agriculteurs sont confrontés à des problèmes insolubles et sont livré à eux-mêmes car il n’y a pas vraiment de réflexion engagée sur le sujet constate l’auteur, et pourtant ce dernier pointe les conséquences qui risquent d’être désastreuses puisque la diversité et notre sécurité alimentaire sont menacées.

Une lecture édifiante alors que les agriculteurs français viennent d'être frappés d'un épisode orageux particulièrement intense après une forte période de sécheresse.

L’eau manque, des agriculteurs fragilisés

Les témoignages sont édifiants. « On observe plus un dérèglement qu’un réchauffement : sécheresse en février, temps d’octobre au mois de juillet…c’est ingérable. On subit (…). Le souci, c’est l’eau, c’est la question essentielle pour l’avenir de notre métier » constate Fabien Cadiergues, éleveur bovin dans le Lot. « Je sème des herbes appropriées à la chaleur, une adaptation à la situation. Il y a quarante ans, on ne semait pas de luzerne, aujourd’hui, elle est dans toutes nos rotations. Elle supporte le temps chaud et elle va creuser extrêmement profond » explique Christophe Durand, un polyculteur-éleveur de la Creuse.

« Le hêtre est en danger. Il y a certaines stations forestières où le hêtre ne trouvera plus les bonnes conditions pour pousser et donner du bois. Si le niveau de gaz à effet de serre suit le pire scénario du Giec, il va disparaître » se lamente Cyril Vitu, forestier dans les Vosges. Emeline  Delong, vigneronne en Gironde déplore l’inaction générale: « Il n’y a pas de réflexion globale pour agir sur le climat. Aucune ambition collective, pas de vision commune, ni de plan global. Pas de cohérence entre les aides. Juste une acceptation fataliste de l’état des lieux. Plus le climat intervient et est source de difficultés, plus les agriculteurs sont fragilisés et ne peuvent investir dans des changements ».

Implication de tous les acteurs territoriaux

L’auteur partage ce constat : «  Il ne faut pas seulement convaincre les paysans d’un changement de pratiques. Il s’agit d’exiger de nous tous une révision générale de notre rapport au monde. Ne pas verser dans le procès de la campagne par la ville. Cela veut dire que l’on ne peut pas abandonner les agriculteurs et les agricultrices à leur inexorable exécution par le changement climatique ». Et il va plus loin : « Au chapitre agricole, les solutions ne peuvent se réduire à une « adaptation » ferme par ferme. Il faut une approche qui prenne physiquement en compte le territoire considéré : vallée, plaine, plateau, couvert forestier, bassin versant, vents dominants, urbanisation, organisation de l’autonomie alimentaire du territoire, identification des flux de marchandises alimentaires, politiques foncières, régime de la propriété et d’installation des jeunes agriculteurs, etc. ».

Gilles Luneau estime qu’une proximité de terrain est nécessaire avec une implication de tous les acteurs des territoires, c'est pour cette raison qu’il prône l’instauration d’un « ministère des usages humains de la nature » et la transformation des chambres départementales d’agriculture en « parlements de la nourriture et de la nature ».

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