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Savez-vous faire parler les données de votre robot de traite ?

Les éleveurs s’arrêtent parfois aux données générales de suivi du robot, alors qu’il offre une mine d’informations exploitables. Une analyse par catégorie d’animaux permet de repérer de façon ciblée les marges de progrès pour maximiser le lait produit par stalle.

Les données collectées par les robots sont souvent sous-valorisées. Une interprétation plus fine aide à optimiser la production par stalle et garantit plus facilement l’amortissement du robot.
Les données collectées par les robots sont souvent sous-valorisées. Une interprétation plus fine aide à optimiser la production par stalle et garantit plus facilement l’amortissement du robot.
© E. Bignon

« Le tableau de bord général et les premiers graphiques affichés par un robot de traite donnent une photographie de la situation de votre élevage, dépeint Anne Schoug, du Bureau technique de la promotion laitière (BTPL). Cette présentation de chiffres moyens a le mérite d’être synthétique, et de vérifier si les voyants sont bien au vert. Mais ces indications globales sont insuffisantes pour juger la pertinence de la conduite du troupeau et repérer les éventuels points bloquants. »

Par exemple, une fréquence de traite à 2,4 peut s’afficher au robot comme étant satisfaisante, mais est-ce réellement le cas ? Impossible à dire si on ne tient pas compte de la composition du troupeau. Avec une proportion élevée de vaches en début de lactation, on devrait en effet s’attendre à une meilleure fréquence de traite, alors qu’elle se révélerait satisfaisante pour un troupeau avec beaucoup de vaches en fin de lactation.

Un robot est capable de fournir des infos pointues et individualisées, alors autant s’en servir ! Et ce, plus encore, si vous avez l’objectif de maximiser le volume produit par stalle pour amortir l’investissement. Un suivi d’indicateurs plus précis constitue une aide précieuse à la fois pour améliorer la conduite mais aussi pour déceler précocement un éventuel problème. « En traite robotisée, l’émergence d’un souci à la patte par exemple risque d’être pris en charge plus tardivement, illustre Anne Schoug. D’où l’intérêt d’être à l’affût de repères pouvant vous alerter tôt. On est davantage sur le fil avec un robot, on a moins le droit à l’erreur. »

Tout l’enjeu est de repérer quels critères s’avèrent les plus pertinents pour vous. « À travers l’audit robot que nous proposons, nous effectuons différents tris par catégorie d’animaux, notamment entre multipares et primipares, débuts et fins de lactation, et nous analysons conjointement les effectifs, la production, les données de traite et la complémentation. »

Le taux de primipares pénalise-t-il la production ?

L’objectif de production doit tenir compte de la proportion de primipares au sein du troupeau. Attention à ne pas se laisser dépasser par un taux de renouvellement trop important. « Comme les primipares produisent moins, ce simple facteur suffit parfois à expliquer la moindre productivité observée entre deux années. C‘est pourquoi, en régime de croisière, on recommande de viser un taux de primipares de 30 % maximum. »

Les tables de complémentation sont-elles cohérentes avec les courbes de lactation ?

Il est important de regarder quand interviennent les pics de lactation des primipares et des multipares (respectivement à 59 et 39 jours en moyenne), et de contrôler que le réglage des tables de complémentation est bien en adéquation avec leur pic.

« Il n’est pas rare que l’on se rende compte lors de l’audit que les vaches sont soutenues plus que nécessaire au-delà du pic. S’il intervient à 40 jours, rien ne sert de complémenter les vaches à fond jusqu’à 60 jours », remarque Stéphane Lartisant, du BTPL. Attention aussi à ne pas réduire les quantités de concentrés trop subitement par la suite.

Il faut également veiller à ne pas monter la complémentation des primipares trop vite et trop fort. Leur courbe de lactation est plus plate, avec un pic moins marqué et plus tardif que celui des multipares. « Parfois, la complémentation maximale intervient trop tôt et pas assez progressivement. Du coup, leur production décroche quand les concentrés diminuent car elles n’ont pas été habituées à consommer suffisamment à l’auge en début de lactation. »

Plus globalement, il faut vérifier que chaque catégorie d’animaux produit bien le lait que l’on attend d’elle au pic. Et que l’écart entre primipares et multipares n’excède pas 10 kilos de lait à ce moment-là.

Enfin, dernier conseil : « En fin de lactation, même si la ration de base couvre largement les besoins, mieux vaut maintenir un minimum de 1 à 1,5 kilo d’aliment au robot, recommande le conseiller. Mais il ne faut pas non plus complémenter les fins de lactation plus que nécessaire. »

L’objectif de trois traites entre 0 et 50 jours est-il atteint ?

Ce n’est pas un scoop, ce sont les fraîches vêlées qui ramènent le plus de lait au tank. Aussi, si la fréquentation des vaches entre 0 et 50 jours de lactation n’atteint pas trois traites par jour, il sera inutile d’espérer un quelconque rattrapage par la suite.

Par ailleurs, une forte saturation du robot a tendance à pénaliser la fréquentation. « En dessous de 10 % de temps libre, la fréquentation du robot semble moins optimale. Mais ce n’est pas systématique, nuance Anne Schoug. Même avec un robot saturé, certains élevages affichent de très bonnes fréquentations et une excellente production par stalle. »

En cas de fréquentation insuffisante, il convient de se demander quelles catégories d’animaux patinent pour comprendre ce qui se passe exactement et voir comment rectifier le tir. Attention aussi au nombre de refus, en particulier si la stalle est saturée. Cela vient-il d’un manque d’attractivité de la ration à l’auge ? Est-ce lié au paramétrage des autorisations de traite ? « Il est possible que les vaches soient freinées alors qu’elles pourraient davantage fréquenter le robot en début de lactation. » Le paramétrage des permissions de traite doit être cohérent avec le niveau de production attendu.

La persistance en lait est-elle bien au rendez-vous ?

« Pour apprécier la persistance en lactation, nous comparons la production au pic et celle à 90 jours. » Au-delà de 10 % de variation, il faut comprendre d’où vient la chute observée. Là encore, cela s’explique-t-il par un paramétrage inadapté des tables de complémentation ? Ou cela vient-il plutôt d’un problème de fréquentation de la stalle, lui-même relié à la circulation, au réglage des autorisations de traite ou encore à des raisons sanitaires ?

« L’audit robot aide à mettre le doigt sur un problème de façon factuelle, conclut Anne Schoug. Mais beaucoup de facteurs peuvent interférer avec la traite : la machine, le bâtiment, l’éleveur, la santé du troupeau… Il est notamment illusoire d’espérer augmenter la production par stalle si le troupeau est plombé par la maladie de Mortellaro ou si l’accessibilité au robot a été mal pensée. »

Mise en garde

Vérifiez que les quantités à distribuer au robot sont cohérentes avec la vitesse de traite. En 7 minutes de traite, une vache est capable d’ingérer 2,2 kg d’aliment au maximum.
Si la ration de base du troupeau a été modifiée ces dernières années suite à une évolution du système fourrager, pensez à réajuster les tables de complémentation en conséquence.

Avis d’éleveur : Emmanuelle Stock, éleveuse en Meurthe-et-Moselle

« Je décortique les chiffres du robot au quotidien pour anticiper un éventuel problème »

 

 
Emmanuelle Stock, éleveuse à Verdenal en Meurthe-et-Moselle © E. Bignon
« Nous disposons de trois stalles pour nos 150 vaches à 8 000 litres. Une partie du temps économisé au quotidien sur la traite est mise à profit pour analyser de près les données du robot. Il y a tellement d’informations qui nous parviennent que ce serait dommage de ne pas les exploiter. Même si le logiciel repère une anomalie, ça reste à nous de chercher exactement ce qui coince ! D’où l’intérêt d’avoir ses propres repères et de naviguer au sein des différents onglets proposés par le logiciel. Je travaille en deux temps. Je jette d’abord un œil rapide sur les premiers tableaux affichés en continu sur le robot matin et soir. Puis je me pose à un moment plus longuement au bureau pour une analyse plus fouillée. En tout, j’y passe une heure par jour ; cela fait partie de ma routine de travail. Je le fais par sécurité, pour être sûre de ne pas louper quelque chose et pouvoir repérer au plus vite un souci, comme une vis bouchée ou autre. Avec un robot, cela ne pardonne pas. Si on n’y prend pas garde, un mauvais étalonnage du compteur à lait, par exemple, peut avoir des répercussions sur la distribution des concentrés, et c’est le début des problèmes…

 

Parmi les indicateurs que je suis, il y a entre autres le temps de traite par quartier, qui peut me mettre la puce à l’oreille sur un éventuel début de mammite ou un quartier qui s’assèche. Je regarde aussi de près le nombre de traites par jour et le ratio kilo d’aliment sur kilo de lait produit pour vérifier sa stabilité. J’aime bien contrôler aussi la régularité du lait produit entre stalles. Si on a moins de visites sur l’une des trois, c’est qu’il y a un souci d’aliment en général. On a repéré aussi un problème de courant parasite qui passait sous l’une des stalles qui affichait 30 % de fréquentation en moins. Enfin, je n’hésite pas à affiner le paramétrage de certains critères individuellement à la vache. Par exemple, en relevant les seuils de concentrés pour certaines qui ne viennent que deux fois au robot par jour, ou en augmentant la vitesse de distribution du concentré pour d’autres dont le débit de lait est très rapide. »

 
Rédaction Réussir

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