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Lait : Actualité agricole et agroalimentaire de la filière lait dédiée aux agriculteurs, éleveurs de vaches laitières.

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" Nous optimisons le pâturage avec du topping "

Partisans du pâturage tournant dynamique, Pascal et Kévin Brodu pratiquent depuis deux ans le « topping », une fauche avant pâture qui permet de gérer l’épiaison et les refus, et de maintenir une bonne dynamique de pousse.

Installé en 2018 avec son père Pascal en Loire-Atlantique, après avoir été salarié de l’exploitation, Kévin Brodu est un fervent partisan du pâturage. « L’herbe pâturée est celle qui coûte le moins cher, souligne-t-il. De plus, l’exploitation est en conversion en bio, qui favorise le pâturage. » À son installation, l’exploitation a été réorganisée. « Nous avons construit un nouveau bâtiment permettant d’avoir 60 hectares pâturables facilement accessibles. » Sur les 280 ha de l’exploitation, pour 160 vaches normandes et 1,2 million de litres de lait, 160 ha sont désormais consacrées aux prairies, 45 ha au maïs, 45 ha aux mélanges céréaliers et, depuis cette année, 17 ha à la luzerne, dont une à deux coupes seront déshydratées. Les vaches pâturent en général jusqu’en décembre et ne passent qu’un mois et demi sans sortir. « L’objectif est que vaches et génisses pâturent le plus possible. Nous avons refait des chemins pour faciliter l’accès aux parcelles. Nous n’hésitons pas à faire des clôtures, installer des bacs d’eau et transporter des génisses en bétaillère sur les parcelles éloignées. Et nous soignons la fertilisation, avec du fumier, du lisier et des fientes compostées, pour maximiser le rendement des prairies accessibles aux vaches. Cela a permis sur certaines prairies de passer de 6-6,5 t MS/ha à 8,5 t MS/ha. » L’essentiel des prairies est en ray-grass anglais-trèfle blanc, 17 ha associant chicorée, plantain, trèfle et fétuque.

Des paddocks de 1,4 hectare divisés en deux

Depuis trois ans, les éleveurs ont instauré le pâturage tournant dynamique. « Nous avons le nouveau site à rembourser. Tout en maximisant le pâturage, nous ne voulons donc pas descendre sous un certain niveau de production, de 7 500 à 7 800 litres. Pour cela, il faut faire manger aux vaches de l’herbe ayant la meilleure valeur alimentaire possible, ce qui implique du pâturage tournant dynamique. » Les prairies pâturables sont réparties en paddocks de 1,4 hectare, prévus pour 24 heures et en général divisés en deux, une moitié pour le jour, l’autre pour la nuit. Le temps de retour est de 25-30 jours en ray-grass et 20-25 jours en chicorée en pleine saison, 30-35 jours en ray-grass et 20 jours en chicorée quand la chaleur augmente. « Le suivi de l’herbe est essentiel. Il faut être très pointilleux sur les surfaces et les temps de retour pour que les vaches aient toujours une herbe de qualité. »

Ne pas perdre d'herbe

Le topping est un levier pour faciliter le pâturage dynamique. « En avril-mai-juin, nous sommes parfois débordés par la pousse de l’herbe, reconnaissent les éleveurs. Quand nous voyons qu’il y a trop de zones de refus liées aux bouses et pissats et que les vaches n’écrèment plus le haut des touffes qui commencent à épier, alors nous faisons du topping. La fauche réduit l’amertume de l’herbe et les vaches ne sentent plus l’odeur des bouses et pissats et mangent plus facilement l’herbe. Cela évite aussi le surpâturage entre les bouses et permet de faucher les rumex et chardons qui commencent à monter à graine. Et quand nous remettons les vaches 30 jours après, le paddock est reparti à neuf. L’odeur de bouses a disparu et l’herbe a bien repoussé partout. Cela permet de gérer les zones de refus et l’épiaison et d’avoir toujours une herbe de qualité. »

Une autre solution est de faucher les refus ou d’ensiler. « Mais quand nous mettons les vaches et fauchons les refus après, nous étalons la bouse et au tour d’après, les zones de refus s’agrandissent. Et quand nous ensilons, le paddock reste 60 jours sans pâturage. Nous avons besoin de surfaces de pâturage et n’ensilons que si la pousse de l’herbe permet de maintenir la part d’herbe pâturée dans la ration. »

La limite de la disponibilité en temps

Pour l’instant, les éleveurs ne pratiquent le topping que sur les prairies de ray-grass. « Quand il fait chaud, la chicorée monte très vite à graines et devient immangeable, même fauchée », estime Kévin. Mais la principale limite pour l’élevage qui manque un peu de main-d’œuvre est la disponibilité en temps. « Le topping implique du temps de fauche à peu près chaque jour, à une période où il y a aussi l’ensilage, le binage du maïs… Car si l’herbe est trop vieille, jaune au pied, les vaches la mangent moins bien. De plus, nous n’aimons pas faucher tôt le matin car l’herbe est pauvre en sucre et parfois trempée de rosée. Et si nous fauchons à midi et qu’il fait très chaud, l’herbe est trop sèche le lendemain. »

Une autre limite sur l’exploitation est liée à la faucheuse utilisée. « Nous déléguons la fauche à la Cuma mais nous avons gardé une faucheuse pour les refus et le topping. C’est une faucheuse 4 mètres sans conditionneurs. La qualité est préservée, mais l’herbe est étalée à plat. Les vaches marchent dessus et il y a moins d’effet de masse que lorsqu'elle est regroupée par les conditionneurs. Nous pourrions peut-être améliorer notre faucheuse en y ajoutant des volets qui regroupent l’herbe. »

Faire pâturer en été

« Nos sols sont limono-sableux, hydromorphes l’hiver et séchants l’été, explique Kévin Brodu. L’exploitation est en non-labour depuis dix ans, ce qui rend les sols plus résistants à la sécheresse. Mais c’est en été que nous avons le moins d’herbe. Et avec le réchauffement climatique, cela va sans doute s’accentuer. L’idée, avec les prairies de chicorée, plus résistantes au manque d’eau, est de faire pâturer les vaches l’été. »

Dans le même objectif, les éleveurs ont lancé sur 15 hectares un essai de prairie de fléole, fétuque élevé, fétuque des prés, ray-grass anglais diploïde et trèfle. « Là, l’idée est de faire un foin de qualité début juin et de mettre les génisses dessus le reste du temps. »

 

 

 

Avis d'expert : Sébastien Knockaert, vétérinaire, conseiller pour PatureSens

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« Le topping est un outil d’aide au pâturage »

« En pâturage tournant dynamique, l’objectif est de prélever 1,5 t MS par passage. Quand l’herbe commence à épier, les vaches ne descendent pas assez bas et l’herbe repousse en épiaison. Le principal objectif du topping est d’aider à gérer l’épiaison du printemps en pâturage, à une période où la dynamique de pousse est importante et où les bouses n’ont pas le temps d’être assez dégradées, ce qui crée de l’amertume. Quand il y a des zones de refus, c’est que ce sont des zones de bouses qui vont épier. Tant que les vaches écrèment le haut des touffes, le passage mécanique n’est pas nécessaire à court terme. Mais si elles ne le font pas, ce qui implique de plus qu’elles vont pâturer plus bas entre les bouses, alors il vaut mieux faucher avant pâture. La fauche enlève une grosse partie de l’amertume, il y a moins de surpâturage entre les bouses et la repousse est plus uniforme. Cela limite aussi l’ingestion de parasites, car les vaches ne mangent pas trop bas. Il faut faucher à 5 cm. Le résiduel doit être vert derrière la faucheuse, comme après un tour de pâturage, d’où l’importance en début de saison d’un bon déprimage qui maintient un plateau de tallage bas. Le topping peut aussi être utile en juillet-août quand il y a de la rouille. Et il est envisageable sur une flore de chicorée-plantain-trèfle.

S’il y a trop de refus derrière les animaux, deux raisons sont envisageables : une biomasse fauchée trop importante par rapport aux besoins ou trop d’amertume liée à un excès de fertilisation, et dans ce cas il est plus judicieux de débrayer et d’exporter. Dans tous les cas, le topping reste un outil d’aide au pâturage. Le but n’est pas d’en faire tout le temps, car son coût en carburant, temps, amortissement est de 30 euros par hectare, ce qui augmente le coût de l’herbe. »

À retenir

À faire quand les vaches n'écrètent plus le haut des touffes

Enlève une grosse part de l'amertume

Moins de surpâturage entre les touffes

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