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Lait : Actualité agricole et agroalimentaire de la filière lait dédiée aux agriculteurs, éleveurs de vaches laitières.

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« Nous formons une vraie équipe »

Le Gaec de la Herviais, dans le Morbihan, a réussi le challenge de passer d’un modèle multi-associés à un mode de fonctionnement de plus en plus tourné vers le salariat.

« Le fait d’avoir été salarié en élevage et d’avoir connu plusieurs patrons a vraiment été une bonne école. Cela m’aide au quotidien maintenant que je suis devenu employeur à mon tour ! ", confie Samuel Hervy, l’un des trois associés du Gaec Herviais, à Quelneuc dans le Morbihan. " En ayant connu l’autre côté de la barrière, je sais que les patrons sont parfois moins clairs qu’ils le pensent dans leurs consignes. Je me mets sans doute davantage à la place des salariés et j’ai moins de mal à me remettre en cause. » Samuel a eu diverses expériences, notamment dans l’élevage porcin. « C’est très formateur, estime-t-il. J’ai appris beaucoup de choses que je peux mettre à profit sur l’élevage laitier : la rigueur, le sens de l’observation, la mise en place de protocoles précis… » Et d’ailleurs, l’une des salariées qui travaille sur l'atelier laitier a elle aussi fait ses armes dans le milieu du porc.

Répartie sur deux principaux sites, l’exploitation comporte 330 hectares, produit 2 500 000 litres de lait avec 300 vaches à 9 000 kg, et dispose d’un atelier d’engraissement porcin de 550 places. Le Gaec emploie quatre salariés (Amélie, Brice, Corentin et Maël), qui ont tous entre 20 et 24 ans, plus deux étudiants qui travaillent régulièrement pendant les week-ends et les vacances. Samuel est le principal associé à s’occuper de l’atelier laitier, hormis le week-end où tous les associés sont mis à contribution à tour de rôle. « L’exploitation a connu une forte croissance ces dernières années (un million de litres de lait supplémentaires en cinq ans) et en parallèle deux associés ont pris leur retraite, décrit Samuel. C’est pourquoi nous avons dû recourir à de la main-d’œuvre salariée. »

Proposer des conditions de travail attractives

Le Gaec recherche des salariés bien formés (minimum titulaires d’un Bac), avec un peu d'expérience. « Ils sont généralement issus du milieu agricole. Ils se montrent polyvalents mais chacun a en charge des tâches assez spécialisées. Brice s’occupe par exemple de l’élevage des génisses, Amélie du suivi des veaux… » Sur les quatre salariés(1), deux sont d’anciens stagiaires. « Cela donne l’avantage de connaître leurs qualités avant de leur proposer le job. » Les autres ont été recrutés par bouche à oreille. « Sur les différentes embauches faites, seule une ne s'est pas montrée concluante. »

Devant les difficultés de recrutement, Samuel insiste sur la nécessité de proposer un boulot attractif avec de bonnes conditions de travail. « Par exemple, nous évitons une pause trop longue le midi (2 heures maxi), nous adaptons les horaires pour démarrer le matin si le salarié habite loin. Nous privilégions de grosses journées de travail (entre 8 et 9 heures) réparties sur quatre jours. " Chaque salarié dispose ainsi d’un jour de repos entre le lundi et le vendredi. Ils travaillent 39 heures par semaine, avec une partie payée en heures supplémentaires, ce qui leur assure une meilleure rémunération. « Nous les sollicitons un week-end sur trois. Il ne faut pas rêver : proposer à des candidats à l’embauche de bosser un week-end sur deux n’est pas très vendeur… » De même, dans un souci de conditions de travail, les salariés ne traient qu’une fois par jour en semaine (soit 3 heures lavage inclus). Le type d’équipements en place (roto 25 places, taxi-lait…) compte aussi.

S’appuyer sur des protocoles précis

Pour faciliter la phase d’apprentissage, le Gaec prévoit une période de doublage d’un mois avec chaque nouveau salarié. Les salariés se reportent à des protocoles détaillés pour de nombreuses tâches (hygiène de traite, nettoyage des box de vêlage, etc.). « Nous vérifions que le travail est bien fait et échangeons sur les éventuelles difficultés. »

« Étant donné la taille de l’atelier, je suis obligé de déléguer beaucoup, mais finalement ce n’est pas une mauvaise chose car cela m’a tout de suite poussé à responsabiliser les salariés en les laissant autonomes assez vite. Le fait de leur faire confiance change le rapport de force. Ils s’impliquent davantage. »

Les salariés connaissent leur routine de travail, ainsi que les jours dédiés à telle ou telle tâche (tarissement, etc.), mais une planification du travail est essentielle. « Il faut toujours anticiper, réfléchir à ce je vais leur demander. Je fais souvent des listes sur des bouts de papier. » Samuel établit une organisation à la semaine, qu’il réajuste au jour le jour en fonction des besoins que chacun fait remonter et des imprévus… « Je veille aussi à préciser quelles sont les priorités. Ils ne peuvent pas deviner ce que j’ai en tête. Cela évite les déceptions, si jamais ils n’ont pas eu le temps de tout faire. »

Impliquer les salariés lors des échanges avec le vétérinaire

Dans la distribution des tâches, Samuel prend en compte évidemment les compétences de chacun des salariés, mais il essaie aussi, quand c’est possible, de leur confier une mission qu’ils affectionnent ou qui les changera un peu de leur quotidien. « Je sais que Brice adore la génétique, du coup il participe au choix des taureaux. Maël, quant à lui, participe chaque année au chantier d’ensilage, même s’il travaille plus spécifiquement avec les vaches. » L’éleveur juge aussi important de mettre la main à la pâte pour effectuer des tâches ingrates, qu’il serait facile de déléguer. Parfois même, il laisse volontairement le bon côté du boulot aux salariés. « L’autre matin, Brice et Amélie se sont chargés des échographies avec le vétérinaire pendant que je nettoyais les abreuvoirs. Il faut savoir faire ça de temps en temps… » Impliquer les salariés lors de temps forts, comme les échanges bimensuels avec le vétérinaire, les implique fortement. « C’est motivant pour eux de recevoir les mêmes informations que moi. Par exemple, l’autre jour, on a remis à plat les différents protocoles pour tous les problèmes sur les veaux. On a le sentiment de former une vraie équipe. »

Ne pas hésiter à demander leur avis

Les salariés ont à disposition tous les résultats technico-économiques de l’atelier. Ils n’hésitent pas, par exemple, à aller chercher eux-mêmes les résultats d’analyse de la laiterie, ou à proposer des idées. « On ne les retient pas toutes, mais si une proposition est bonne, on va au bout. " Amélie a proposé dernièrement d’essayer la mise en place de pédiluves secs. Leur avis compte aussi quand il y a un investissement à faire. " Quand on a changé la mélangeuse, on a pu discuter avec Maël du choix des vis par exemple. Après tout, c’est lui qui l’utilise le plus. D’ailleurs, de lui-même, il a rédigé des fiches pour décrire les temps de mélange, l’ordre de chargement, etc. pour les étudiants qui viennent le week-end ! » Une belle preuve que ce mode de management participatif fonctionne.

(1) Tous interviennent sur l’atelier lait, qui représente l’équivalent de 3,5 UMO salariés

« Savoir composer avec ses salariés »

« C’est tellement compliqué de recruter des salariés qu’il vaut mieux apprendre à composer avec les salariés en place, considère Samuel Hervy. Je pense qu’il est dans notre intérêt de faire avec leurs qualités et leurs défauts. Un turn-over important mobilise de l’énergie pour recruter. Cela suppose aussi de gérer une période plus ou moins longue en effectif réduit, pendant laquelle l’exploitation risque de ne pas tourner à l’optimum techniquement et économiquement."

« Dire quand le travail est bien fait »

« Je m’efforce de dire quand je suis satisfait du travail accompli. C’est facile, alors autant le faire ! Cela valorise le salarié, lui donne confiance, décrit Samuel Hervy. C’est moins agréable de dire quand quelque chose ne va pas. Mais il ne faut pas traîner pour le dire non plus. »

« Aujourd’hui, il y a certaines tâches que les salariés font mieux que moi ou pour lesquelles ils sont plus rapides. C’est le cas pour le suivi des veaux par exemple. Amélie est devenue très pointue car elle s’en occupe beaucoup plus souvent. Je remarque aussi que les salariés travaillent souvent plus efficacement car, contrairement à moi, ils ne sont pas dérangés et interrompus par des visites, des appels, des urgences à gérer… »

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