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L'ingestion des vaches taries se dote de nouveaux repères

Les résultats de trois ans d'essais à la ferme expérimentale des Trinottières sur 63 vaches taries prim'Holstein chamboulent les repères d'ingestion : elles ingèrent plus que ce qui était supposé jusqu'alors.

<em class="placeholder">vache tarie qui mange dans l&#039;auge peseuse de la ferme expérimentale des Trinottières</em>
La ration des vaches taries de la ferme expérimentale des Trinottières est composée à 56 % MS d'ensilage de maïs, 32 % de paille, 11 % de tourteau de colza et de 1 % de minéraux.
© Ferme des Trinottières

L'expérimentation sur 63 vaches taries prim'Holstein de la ferme des Trinottières, en Pays de la Loire, menée durant trois ans, « a révélé des surprises : des vaches qui mangent plus que ce qui était supposé et dont l'ingestion ne baisse pas significativement à l'approche du vêlage », résument Julien Jurquet, d'Idele, et Lucile Oble, de la chambre d'agriculture des Pays de la Loire. « Ces résultats montrent qu'une mise à jour s'impose concernant les références sur l'ingestion des vaches taries, qui étaient anciennes. L'intérêt est aussi de constituer des références françaises, car les travaux plus récents ont été menés à l'étranger, en Amérique du Nord notamment, dans des conditions d'élevage éloignées des nôtres », poursuivent-ils.

L'objectif de l'essai est de prévenir les pathologies – acétonémie, fièvre de lait – qui sont liées à l'alimentation pendant le tarissement, en ajustant mieux les rations.

Plus de 16 kg MS ingérés avec une ration à volonté

Aux Trinottières, le tarissement démarre 56 jours avant le vêlage. Les vaches rentrent en bâtiment à J-49 et l'essai débute 42 jours avant le vêlage et se termine 70 jours après. L'ingestion individuelle est mesurée avec des auges peseuses.

Les vaches taries des Trinottières mangent davantage que prévu : environ 16,8 kg MS par vache et par jour en moyenne. La ration des taries avait été équilibrée sur la base d’une ingestion de 14,4 kg MS, qui était « la référence que nous avions retenue, plus précisément un compromis entre les prévisions du système d'alimentation Inrae qui donnaient 13,5 kg MS, et des données mesurées lors de nos précédents travaux ». Dans cet essai, l’ingestion prévue par le système d’alimentation Inra 2018 est sous-estimée d’un peu plus de 3 kg MS/VL/j. Cet écart reste constant tout au long de l’expérimentation.

De 14 à 20 kg MS d'ingestion des vaches taries aux Trinottières
Ingestions durant la période de tarissement

En kg MS 

Primipares 

Multipares 

Ingestion moyenne 

15,7 

17,7 

Écart entre l'ingestion minimale  
et maximale 

De 14,2 à 18,4 

De 15,0 à 19,9 

Ingestion ramenée à 100 kg de poids vif 

2,1 

2,1 

Source : ferme expérimentale des Trinottières 

À noter également que l'essai ne montre pas de baisse significative de l'ingestion à l'approche du vêlage, contrairement à ce qui ressort de certaines bibliographies.

Vers une déconcentration des rations ?

Ainsi, « avec notre ration à volonté, nous avons apporté de l'énergie et des protéines en excès, souligne Lucile Oble. Pour autant, le troupeau n'a pas subi de problèmes sanitaires. L'évolution du poids a été sans surprise : une hausse avant vêlage, puis une baisse de poids, cohérentes. Une perte d'état modérée. La note d'état corporel a augmenté de seulement +0,3 durant le tarissement, ce qui n'a pas eu de conséquence sur la facilité des vêlages. Notre ration n'était heureusement pas trop concentrée. Et nous n'avons pas de ration spéciale préparation au vêlage plus concentrée, pour simplifier le travail. »

Mais sur le terrain en France, les tarissements durent souvent plus longtemps : 63 jours en moyenne, parfois 70 jours. Donc si l'éleveur apporte des rations trop concentrées en énergie, la note d'état corporel augmente et le risque de maladies métaboliques s'accentue. Sans compter le gaspillage qui a des conséquences économiques et environnementales.

Faut-il alors déconcentrer les rations ? « Peut-être pas toutes. Il convient de réaliser d'autres essais avec d'autres races et d'autres rations pour confirmer ou infirmer nos résultats », estime Lucile Oble.

Faut-il ne plus s'embêter à faire deux rations : une pour les taries et une pour les préparations au vêlage ? « Ce n'est pas si simple. Ce qui vaut pour notre élevage, avec peu d'écart de composition entre la ration des taries et la ration des vaches en lactation, ne vaut pas pour un autre où les taries vont au pâturage, sont au foin ou en ration sèche, et où la ration de préparation au vêlage va permettre de réaliser une transition avant la ration des vaches traites. »

Les points clés d'une ration tarie adaptée

 

<em class="placeholder">Ration pour vaches taries</em>
Une bonne ration pour vache tarie apporte des fibres mélangées aux autres aliments pour éviter la concurrence entre les vaches. © Ferme des Trinottières

• Apporter des fibres et les mélanger aux autres aliments pour éviter la concurrence entre les vaches. Si on ne peut pas mélanger, il faut être vigilant sur l'accès à volonté à de la paille ou autre fourrage grossier pour toutes les vaches.

• Faire analyser les fourrages et même la paille pour équilibrer la ration des taries.

• La ration doit être à volonté. S'il ne reste rien dans l'auge le matin, c'est que les vaches auraient pu manger davantage.

• L'eau d'abreuvement doit être disponible à volonté, pour toutes les vaches. Un manque d'eau impacte l'ingestion et la régénérescence des glandes mammaires.

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