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Quatre questions pour bien choisir les espèces et variétés prairiales

Avec plus d'épisodes chauds et secs, quelles espèces et variétés sont à retenir ? L'usage de la prairie détermine aussi le choix.

Ce mélange combine deux variétés de trèfle blanc et deux luzernes flamandes - productives l'été - et une luzerne méditerranéenne - productive en automne et précoce au printemps.  © Jouffray Drillaud
Ce mélange combine deux variétés de trèfle blanc et deux luzernes flamandes - productives l'été - et une luzerne méditerranéenne - productive en automne et précoce au printemps.
© Jouffray Drillaud

Une bonne façon de sélectionner les espèces et variétés à implanter dans ses parcelles est de répondre aux quatre questions suivantes.

Pour quel usage ?

Pour le pâturage, la capacité d'une plante à engazonner, ou couvrir le sol, est un critère recherché. Le ray-grass anglais, sensible au chaud et au sec, est apprécié pour sa capacité à s'implanter rapidement sans être trop agressif vis-à-vis des autres plantes. Les variétés tétraploïdes (deux fois plus de chromosomes qu’un diploïde) sont adaptées au pâturage. Avec une plus faible teneur en matière sèche, des tiges plus grosses, des feuilles plus grandes, elles sont plus appétentes et plus riches nutritionnellement. La fétuque rouge est une graminée engazonnante qui supporte bien les conditions chaudes et sèches.

Pour la fauche, les espèces à port dressé sont recherchées. En condition chaude et sèche, plusieurs font l'affaire : brome, certains festulolium (croisement fétuque ray-grass), trèfle violet, sainfoin, luzerne. À choisir, le ray-grass hybride est moins remontant et doté d'une meilleure valeur alimentaire que le ray-grass d'Italie. Une variété remontante produit des épis plusieurs fois dans l'année. C'est un caractère défavorable à la qualité alimentaire. Une variété non remontante n'épie au maximum qu'une fois dans l'année.

« La fétuque élevée est la fourragère tout terrain (sol humide, séchant, même pauvre) et tout usage : fauche et pâturage, résume Benoît Possémé, de la chambre d'agriculture de Bretagne. Elle n'est pas remontante. Par rapport à un RGA précoce qui sera plus remontant, c’est un 'plus' pour assurer la valeur alimentaire l’été. Par contre, elle s'installe lentement. »

Sur quel type de sol ?

Sur des sols séchants et en conditions chaudes, les espèces qui s’en sortent bien sont la fétuque élevée, le dactyle, le brome, la luzerne, le sainfoin, le plantain. Avec chaulage fréquent et inoculation, la luzerne peut être conduite sur sol acide. La chicorée permet de pâturer l'été quand rien ne pousse. Mais elle demande un pâturage qui revient très vite sur la parcelle pour maîtriser la montée de sa hampe florale. Sur un sol pauvre, on pourra semer de la minette et du lotier.

Pour quelle durée d'exploitation ?

Les longues durées, de cinq ans et plus, sont des prairies de pâturage ou à usage mixte, dont le peuplement dans le temps va évoluer. On y sème ainsi des espèces pérennes (RGA, trèfle blanc, dactyle, plantain), des espèces d'implantation rapide moins pérennes (trèfle violet, RGH, des trèfles annuels), et des espèces d'implantation lente mais pérennes (fétuque élevée, pâturin des prés). 

Pour les prairies de courtes durées, entre deux et quatre ans, il faut des espèces compétitives à l'installation : RGH, festulolium, brome, les trèfles, certaines variétés de sainfoin.

Pour quelle valeur alimentaire ?

Pour la vache laitière avec un certain niveau de production, une base RGA-TB semble incontournable pour assurer une bonne valeur alimentaire en usage pâturage et mixte. On évitera les RGA précoces, trop remontants. La luzerne, le plantain, le sainfoin et le lotier ont de bonnes valeurs. Ces trois derniers contiennent des tanins et sont non météorisants. La chicorée et le plantain sont galactogènes.

Les vaches peuvent bouder la fétuque élevée. On choisira une variété à feuille souple ou très souple, même pour la fauche. « Pour une bonne valorisation alimentaire, il faut une forte pression de pâturage (chargement instantané élevé), ce qui permet de mieux homogénéiser les prélèvements par les animaux. Ainsi, les espèces se mélangent bien, et fétuque élevée et dactyle ne ressortent pas leur caractère touffe », conseille Jean-Pierre Manteaux, de la chambre d'agriculture de la Drôme.

La gestion de l’herbe est le premier levier pour assurer une bonne qualité alimentaire, rappellent les conseillers. « Quand il faut résister aux longues périodes de canicules, le dactyle et la fétuque élevée sont incontournables ; on ne pourra pas choisir des espèces uniquement sur leur valeur alimentaire », insiste Jean-Pierre Manteaux. 

Pour quelle période d'utilisation dans l'année ?

Pour exploiter l'herbe du printemps à l'hiver suivant, mieux vaut orienter les mélanges de chaque parcelle pour une exploitation précoce, estivale... 

Dans toutes les régions françaises, les courbes de la pousse de l'herbe évoluent avec le changement climatique. La pousse démarre plus tôt en saison, se poursuit plus tard en saison, avec un creux estival qui s'accentue. Mais dans le même temps, les aléas augmentent, avec parfois de fortes précipitations et des gelées tardives. Les éleveurs cherchent du coup à pouvoir exploiter les prairies toute l'année. « Mais on ne peut pas avoir le même mélange sur toute la ferme, capable de produire toute l’année, adapté pour le pâturage et la fauche. Le mélange passe-partout fait tout et rien à la fois ; il n’est pas concluant en valeur alimentaire et ne dure pas dans le temps », résume Vladimir Goutiers, de l'Inrae de Toulouse.

Des différences variétales à valoriser

Dans l'idéal, on oriente la fonction de chaque parcelle, avec des multiespèces différentes entre parcelles. Une sole permettra de pâturer précocement au printemps (base de RGA-TB), une autre de pâturer l'été (fétuque élevée, dactyle, lotier, luzerne, chicorée...). Une sole sera orientée fauche précoce (RGH, dactyle, bromes, luzerne, trèfle violet), une autre orientée fauche tardive (fléole, trèfles...). Certaines parcelles « dorment » l'été pour repartir à l'automne (ray-grass, luzerne typée méditerranéenne). Mais il reste opportun d'avoir quelques parcelles mixtes pour conserver une souplesse du système fourrager. Et de ne pas trop spécialiser les parcelles pour conserver une capacité d'adaptation aux aléas. Par exemple, pour le pâturage, associer des variétés précoces et tardives dans la même parcelle améliore la durée d'exploitation sur l'année. Les différences variétales offrent de multiples possibilités.

À savoir

Pour ne pas rater l'implantation

Émietter le sol et rappuyer avant le semis
Semer dans le premier centimètre du sol, à la volée pour réduire la concurrence des adventices
Bien rappuyer après le semis
Mélanger les semences avant et en cours de semis pour un résultat optimal
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