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[Covid-19] Des producteurs laitiers fermiers diversement touchés

Entre grosses baisses des chiffres d'affaires et nouveaux circuits de commercialisation, les situations sont assez disparates entre les éleveurs transformateurs à la ferme. L'Association nationale des producteurs laitiers fermiers (ANPLF) a réalisé une enquête auprès de ses membres entre le 13 et le 30 avril 2020, en plein confinement dû au coronavirus.

Fromages fermiers Vosges munster
© C. Pruilh

L'Association nationale des producteurs laitiers fermiers (ANPLF) a obtenu 339 réponses, soit 1/3 des producteurs adhérents, avec une répartition en termes géographiques et en termes d’espèces laitières (40% de caprins, 40% de bovins, 10% d’ovins et 10% de producteurs mixtes).

Situation très difficile pour les producteurs dépendants du tourisme

Les situations sont hétérogènes, mais de fortes baisses de chiffre d'affaires sont indiquées par 44% des producteurs laitiers fermiers. Pour le mois d’avril, 36% des producteurs estime ne pas avoir subi de pertes ou une petite baisse de chiffre d'affaires. En revanche, "ils sont 23% à estimer que leurs pertes dépasseront 50% de leur chiffre d’affaire par rapport à la même période de l’an dernier".

C'est le cas par exemple d'exploitations avec des activités de ferme auberge, d’accueil pédagogique ou situées dans les zones touristiques et qui n’ont pas pu se réorienter. "Pour ces producteurs qui ont limité leur activité, il s’agit de pertes sèches qu’ils ne rattraperont pas sur le reste de la saison."

Lire aussi : Les ventes à la ferme compensent les cantines mais avec beaucoup plus de travail

Or les charges continuent de courir : amortissements, intérêts, salaires (ces exploitations fermières emploient en moyenne 1 à 2 salariés), des charges opérationnelles impossibles à reporter telles l'alimentation du troupeau, les frais de fonctionnement de l'atelier de transformation… "Le revenu disponible restant pour l’exploitant représente une part faible du chiffre d’affaire. C’est pourquoi une baisse supérieure à 20% est déjà problématique, privant les exploitants de revenus pour leurs familles", ajoute l'ANPLF.

Développement spectaculaire des tournées à domicile

Les producteurs fermiers ont dû réorganiser leurs circuits de commercialisation, pour faire face à : l'arrêt des débouchés vers la restauration collective et restauration commerciale, la réduction d'activité des crémiers et la fermeture de nombreux marchés de plein air. Et à l'inverse répondre à l'augmentation de la demande sur d'autres circuits. Les magasins de producteurs, les AMAP et les tournées à domicile sont des circuits qui se sont très fortement développés.

Un temps de travail en nette hausse

"La recherche de nouveaux débouchés, et le temps de travail que nécessitent les nouveaux circuits de distribution ont des conséquences en termes de temps et de rémunération du travail. « Nous faisons en général 70h/semaine, je suis aujourd’hui à 90h/semaine, entre les enfants et le nouveau mode de commercialisation » : ce commentaire de producteur en résume beaucoup d’autres", pointe l'ANPLF.

Pour la vente à la ferme, les exploitations éloignées des centres urbains, ou dont l’activité commerciale est liée à l’activité touristique, ont vu leurs ventes chuter.

Pour les autres, on assiste à une dynamique de « retour vers le producteur ». Cela a également été fortement ressenti sur les marchés restés ouverts.

Lire aussi : Vente directe : "Nos clients nous soutiennent"

Ventes en hausse dans quelques petites surfaces

Les ventes via les grandes surfaces baissent aussi, pour 48% des producteurs, conséquence notamment des fermetures des rayons à la coupe. Les grandes surfaces ne se sont pas révélées être une alternative efficace pour les producteurs fermiers qui n’étaient pas déjà dans ce circuit avant la crise : la vente en GMS, que ce soit en libre-service ou en drive, nécessite une organisation, et en particulier un packaging et un étiquetage spécifique des produits (codes-barres, …) qui ne peut s’improviser en quelques jours. Pour une partie de ceux qui étaient déjà implantés (20%), en libre-service, le plus souvent dans les petites surfaces proches de leur ferme, certains magasins ont joué le jeu.

Un large panel de solutions

Destruction de produits, réduction de la production laitière : ces solutions d'urgence pénalisent le chiffre d'affaires.

Les producteurs qui ont créé un nouveau produit pour "stocker" du lait (fromage de garde) s'inquiètent du bien fondé de cette stratégie quand ils ont du mal à écouler ces stocks.

Pour soutenir les producteurs fermiers, l'ANPLF demande un éventail de mesures de soutien : annulation de charges, prêts de trésorerie à taux zéro ou très faibles, mesures particulières pour les producteurs les plus touchés, soutien des pouvoirs publics sur la campagne de promotion « J’élève, Je transforme, Je vends » qui sera déployée sur le terrain à partir des prochaines semaines, la réouverture de tous les marchés et de toutes les places que les producteurs occupaient sur les marchés...

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