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« L’Agriculture durable répond à différents enjeux en élevage laitier»

Avec beaucoup de pâturage, la stratégie autonome économe des fermes en Agriculture durable est payante, selon Romain Dieulot, du Civam Grand Ouest.

En 2018, le prix du lait moyen en « AD non bio » était supérieur à la « moyenne Rica Grand Ouest » (372 contre 357 €/1000 l), car un certain nombre étaient en conversion bio. Les autres années, le prix du lait moyen était équivalent entre les deux stratégies.
En 2018, le prix du lait moyen en « AD non bio » était supérieur à la « moyenne Rica Grand Ouest » (372 contre 357 €/1000 l), car un certain nombre étaient en conversion bio. Les autres années, le prix du lait moyen était équivalent entre les deux stratégies.

 

 
Romain Dieulot, Civam Grand Ouest. « Les évolutions sur dix ans montrent des systèmes résilients. » © Civam Grand Ouest

 

Romain Dieulot est en charge de plusieurs études technico-économiques du Civam Grand Ouest. La dernière publiée est issue des données comptables 2018 du Rica (réseau d’information comptable agricole). L’étude compare des systèmes bovins laitiers du Grand Ouest, notamment 64 fermes en Agriculture durable (AD) non bio, par rapport au système moyen du Grand Ouest - échantillon représentatif de 295 fermes en Bretagne, Pays de la Loire, Normandie. Le résultat courant (RC) par actif des AD non bio est supérieur de 66 % par rapport à la ferme « moyenne Grand Ouest ». Sur la période 2008-2017, il est supérieur de 30 %. Et il est plus régulier dans le temps.

Qu’est-ce qui explique cet écart de résultat ?

Romain Dieulot - Le résultat plus élevé des fermes en Agriculture durable non bio s’explique par des charges moins élevées sur tous les postes : -44 % de coût alimentaire pour 1000 litres, -23 % de coût de mécanisation par hectare (résultats 2018). Cela fait plus que compenser des produits moindres : -23 % par rapport à la moyenne Grand Ouest, liés au fait que les fermes AD non bio produisent moins.

La stratégie des fermes AD est de produire le plus de richesse possible à l’unité de travail, en se servant des mécanismes biologiques existants sur la ferme : légumineuses dans les prairies, couverts travaillant le sol, pâturage des bovins… Ces systèmes sont autonomes et économes : ils achètent un minimum d’intrants, mécanisent un minimum. Ainsi, même s’ils produisent moins de lait, ils dégagent 5 % de valeur ajoutée par UTH en plus par rapport à la moyenne Grand Ouest.

Les systèmes AD sont-ils extensifs ?

R. D. - Non. Les fermes AD sont productives à la surface. En moyenne sur 70 fermes, les prairies donnent 7 tMS/ha ; le quart le plus performant sort un rendement moyen de plus de 8,7 tMS. Si on réintègre les surfaces nécessaires à fabriquer des intrants, les systèmes « moyenne Grand Ouest » ne font pas plus de lait par hectare que les fermes AD.

Que dit le suivi sur dix ans des stratégies ?

R. D. - Les fermes « moyenne Grand Ouest » font du lait avec des intrants, donc qui coûte cher. Quand il y a une crise comme en 2009 ou 2015, le résultat chute. En réaction, elles compriment les charges, et quand le prix du lait remonte, leur résultat augmente. Puis, le naturel revient avec une hausse des charges qui dégrade à nouveau le résultat. Les systèmes coûteux misent sur du revenu capitalisé dans les structures ; c’est une stratégie de long terme risquée. Les fermes AD préfèrent profiter tout de suite d’une bonne rémunération de leur travail.

Pourquoi les fermes AD sont-elles plus faciles à transmettre ?

R. D. - Les fermes AD sont de plus petite dimension à l’unité de main-d’œuvre, et présentent des capitaux un peu moins lourds à reprendre : 223 944 euros par actif contre 243 854 euros pour les fermes « moyenne Grand Ouest ». D’autre part, elles dégagent plus de résultat par unité de main-d’œuvre, donc l’efficacité du capital investi est supérieure aux fermes « moyenne Grand Ouest ».

Les fermes AD ont aussi tendance à s’agrandir, mais moins que les « moyenne Grand Ouest ». L’agrandissement de ces dernières, non seulement ne s’est pas accompagné d’économie d’échelle, mais a généré une hausse des coûts de mécanisation qui ne sont pas dilués par la hausse de la production.

Quid des résultats environnementaux ?

R. D. - En AD (bio et non bio), les éleveurs travaillent avec les interactions biologiques pour réduire le recours aux intrants et aux matériels. Les fermes avec moins de 20 % de maïs dans la SFP ont en moyenne plus de 87 m/ha de linéaires de haies, plus de 78 % de leur surface avec des espèces associées (essentiellement des prairies légumineuses et graminées de longue durée), un excédent d’azote inférieur à 61 kgN/ha, une consommation d’énergie directe et indirecte inférieure à 14,1 GJ/1 000 l et un bilan carbone net inférieur à 0,71 kg eqCO2/l.

Chiffres clés

Profil moyen des fermes

AD non bio : 64 ares d’herbe/UGB ; 1,4 UGB/ha SFP ; 11 % de maïs dans la SFP ; 1,9 UTH pour 81 ha de SAU, 66 vaches (5 536 l/VL), 99 UGB

Moyenne Rica Grand Ouest : 44 ares d’herbe/UGB ; 1,7 UGB/SFP ; 34 % de maïs dans la SFP ; 1,8 UTH pour 93 ha, 67 vaches (6 532 l/VL), 116 UGB

 

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