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« La préservation des sols est au cœur de notre système »

AGRICULTURE DE CONSERVATION. Ramener plus d’agronomie et d’autonomie, tel est le challenge relevé par le Gaec de la Huberdière.

Vincent Bossard. « Dans notre choix de système, nous avons toujours cherché à persévérer et à ne pas faire les choses à moitié. »
© E. Bignon

C’est en 2010 que le semis direct a fait son apparition sur l’exploitation. D’abord sur les céréales, puis sur la totalité des surfaces il y a trois ans. « Tout a commencé quand mon père, alors jeune retraité, s’est retiré de l’exploitation et s’est mis à la pêche, raconte, un brin amusé, Vincent Bossard. C’était au printemps, juste avant les semis de maïs. Mon père passait derrière la charrue pour trouver des vers. Il a traversé toute la parcelle pour constater que celle-ci en était pratiquement dépourvue… » Triste constat qui a conduit les associés à s’interroger et chercher comment retrouver un sol vivant. Vincent a alors suivi une formation de trois jours sur le semis direct. « Cela m’a convaincu de l’intérêt du retour à l’activité naturelle du sol et m’a conforté dans l’idée de cultiver sans gros tracteurs ni matériel démesuré. » De plus, si leur motivation première était agronomique, les associés ont aussi vu d’un bon œil la perspective de réduire le temps de travail à travers cette nouvelle stratégie.

Le Gaec a commencé par simplifier le travail du sol. « Mais dans nos terres sableuses, les dents de la herse rotative s’usaient très vite. » Finalement, après un essai de semis direct de blé réalisé avec le semoir prêté par un voisin, les associés préfèrent s’orienter vers cette voie. « Comme il n’y avait pas de matériel spécifique au sein de la Cuma et que les adhérents étaient davantage intéressés par le semis simplifié, nous avons acheté un semoir d’occasion John Deere 750A pour 20 000 euros. »

Produire du lait le moins cher possible

L’une des étapes importantes est le choix des couverts. Les éleveurs sèment 15 ha de méteil (pois, vesce, féverole), 15 ha de féverole (entièrement restituée au sol) et du trèfle violet dans l’objectif de maintenir un couvert permanent. « Le prochain défi est de réduire l’usage des phytos pour détruire les couverts. Sur féverole, nous avons réussi à nous passer de glyphosate (1,5 l/ha) cette année en la détruisant par roulage. Elle faisait pourtant 1,60 m de haut quand nous avons semé le maïs dedans. C’était impressionnant. »

Autre objectif phare du Gaec : produire du lait le moins cher possible. « Nous essayons de trouver le bon équilibre entre les prairies, le sol et l’alimentation et nous adaptons la production et l’alimentation du troupeau à ce que le système peut nous apporter. » Les 105 laitières (trois quarts de Prim’Holstein et un quart de Brunes) à 8 200 kg reçoivent une ration hivernale semi-complète constituée de maïs ensilage, méteil, foin et VL 2 l. Les éleveurs n’apportent pas de correcteur azoté ; les concentrés représentent 6,7 kg/v/j en moyenne sur l’année. Trente hectares de pâturage sont accessibles aux laitières. Le Gaec souhaite développer encore un peu les surfaces en prairies et travailler en pâturage tournant dynamique.

« L’agriculture de conservation est un vrai challenge technique, considère Vincent. C’est motivant d’essayer de pousser le système toujours plus loin pour le rendre autofertile et autosuffisant. À travers nos choix, nous avons toujours cherché à ne pas faire les choses à moitié et à persévérer. » Après de « belles gamelles les premières années », le Gaec s’estime aujourd’hui sur la bonne voie. Malgré la conjoncture difficile, il dégage du résultat. « Il y a quatre ans, nos résultats économiques étaient moins bons malgré de meilleurs prix. »

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