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« L214 a planifié un changement de civilisation »

Entretien avec Hervé Le Prince, directeur de l’agence de communication NewSens. La stratégie de communication de L214 est extrêmement sophistiquée, mais masque les véritables intentions — antispécistes — de ses dirigeants.

Hervé Le Prince a fondé l’agence de communication NewSens, basée à Rennes. Elle est spécialisée dans la stratégie de marques. La communication de crise est aussi une de ses spécialités. L’agroalimentaire breton compose une grande partie de sa clientèle. © NewSens
Hervé Le Prince a fondé l’agence de communication NewSens, basée à Rennes. Elle est spécialisée dans la stratégie de marques. La communication de crise est aussi une de ses spécialités. L’agroalimentaire breton compose une grande partie de sa clientèle.
© NewSens

Comment expliquez-vous la montée en puissance de L214 depuis 2015 ?

Hervé Le Prince - " À la différence des autres acteurs animalistes, L214 a une approche stratégique. Ils sont apparus en 2015 dans la sphère publique, mais ont fait leurs armes bien avant dans d’autres structures comme Stop gavage. Ils ont su capter des financements et ils ont eu l’intelligence d’aller chercher ce qui marchait ailleurs et surtout de se former. Ils ont certainement été briefés par leurs confrères américains de The Humane League qui existait bien avant eux et qui a créé l’Open Wing Alliance pour encourager d’autres ONG à reprendre ses actions.

Ils ont parfaitement compris comment fonctionne la communication moderne : exclusivités avec des médias nationaux, parfaite maîtrise des réseaux sociaux… Il y a aussi un petit côté « Bonnie and Clyde de l’animalisme » avec le couple [NDLR : Brigitte Gothière et Sébastien Arsac] à la tête de L214, qui séduit les journalistes. Leur démarche, leurs propos sont d’une extrême violence. Mais ils jouent sur un marketing de la " coolitude " incarné par le couple alors qu’ils imposent la terreur dans les élevages. "

Pourtant ces militants radicaux ne sont pas très nombreux à l’échelle du pays…

H. L. P. - " L’animalisme radical est une petite communauté extrêmement engagée qui fait beaucoup de bruit médiatique. Leur idée est de faire croire que ce bruit est représentatif d’un certain pourcentage de la société française, mais ce n’est pas du tout le cas. Il y a entre eux une répartition des rôles. L214 veut s’institutionnaliser pour devenir un acteur qui peut discuter avec les pouvoirs publics et peser sur la décision publique. Ils veulent faire bouger la société de l’intérieur avec une stratégie des petits pas. Le graal des abolitionnistes est de dissoudre leur idéologie dans la démocratie. L214 « sous-traite » désormais ses vidéos à DxE France, qui est l’avatar de L214 et fonctionne comme eux il y a quelques années. "

Vous dites que le buzz welfariste (amélioration de la condition animale) de L214 masque les véritables intentions…

H. L. P. - " L214 n’est pas honnête en se présentant comme une organisation welfariste alors que ses dirigeants sont des fondamentalistes antispécistes. Ils ont collaboré pendant des années aux Cahiers antispécistes : L214 est l’agence de promotion de l’antispécisme en France. Ils viennent nous dire sur les plateaux de télé qu’ils défendent la cause animale alors qu’ils ont planifié un changement de civilisation pour la France. Quand on parle de bien-être animal à la télé, on devrait avoir un expert de l’Inra ou de l’Institut de l’élevage, mais on a droit à Brigitte Gothière qui vient vous expliquer ce qu’est le bien-être animal. L214 propose un récit utopique militant appuyé sur des controverses et sur des distorsions scientifiques totalement hallucinantes. En revanche, leur président, Antoine Comiti, ne se montre pas parce qu’il dirige une entreprise qui commercialise des applications digitales pour le milieu de la santé. Beaucoup de choses sont masquées chez eux. "

Le modèle L214 s’essouffle

" L’audience de chacune des 'vidéos enquêtes' de L214 est en baisse, note Hervé Le Prince. ll y a un phénomène d’usure qu’ils compensent en multipliant les vidéos et les intrusions. Et la dynamique abolitionniste est en stagnation dans les pays anglo-saxons. "  Et de préciser : " le véganisme est un phénomène très urbain, très jeune, très CSP+ (catégories socioprofessionnelles à fort pouvoir d’achat). Dans les pays anglo-saxons, il peut concerner jusqu’à 7-8 % de la population dans les cœurs de ville. Mais, au bout d’un moment, il atteint un plateau et ne progresse plus. Ces gens-là font peur par leur idéologie. Des jeunes deviennent végans parce que c’est tendance mais arrêtent parce que ce n’est pas tenable. Une étude américaine indiquait récemment que 8 jeunes sur 10 d’une certaine tranche d’âge convertis récemment étaient en déconversion végane. Aujourd’hui, en France, la population compte environ 0,5 % de végans. "

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