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À l'EARL Léridon dans le Maine-et-Loire
« J’aime tester des choses pour faire progresser mon système »

Troupeau « montbéliardisé », insémination, pâturage, toastage de la féverole... seul maître à bord sur son exploitation, Maxime Léridon a mis le cap sur un maximum d'autonomie.

Il est 6 h 45. La pompe à vide de la salle de traite se met à ronronner. Une bonne heure plus tard, les cinquante Montbéliardes du troupeau sont traites. Le lavage automatique ayant pris le relais, Maxime Léridon retourne chez lui pour s'occuper de ses deux filles, Jade (10 ans) et Capucine (7 ans). « En semaine, je les amène à l'école. On se retrouve tous les trois de 8 h à 9 h et c'est vraiment très appréciable », souligne le jeune éleveur. L'imbrication entre vie privée et professionnelle dans son parcours est particulièrement prégnante. « Je savais depuis l'âge de 15-16 ans que je voulais m'installer en lait. Mais je voulais d'abord voir différents systèmes. J'ai notamment été salarié dans un service de remplacement pendant quatre ans. Et c'est grâce à cela que je suis « tombé » sur cette ferme... et la fille des exploitants avec laquelle je me suis marié », souligne Maxime en souriant.

Son expérience professionnelle l'a conforté dans l'idée de s'installer en individuel « C'est parfois trop compliqué, les relations entre associés. » Pour mener à bien son projet, Maxime Léridon a focalisé ses recherches sur une exploitation avec une surface raisonnable pour une personne (67 ha de SAU à l'époque) et un parcellaire regroupé pour limiter les besoins en main-d’œuvre. C’est également un atout indéniable pour développer un système pâturant.

Après un an de stage de parrainage, Maxime Léridon a pris les rênes de l'exploitation en 2006. Son année de préinstallation a été mise à profit pour enclencher un changement radical côté troupeau. « J'ai commencé à acheter des génisses montbéliardes pour remplacer les Prim'Holstein. ». Un choix qu'il explique par une meilleure rusticité de la race, et peut-être aussi par atavisme. La ferme familiale, située à une dizaine de kilomètres, tourne en effet avec des Montbéliardes depuis le début des années 1980.

Achats de génisses montbéliardes pour aller plus vite

« Au départ, ça été difficile pour mes beaux-parents, parce qu'ils avaient travaillé la génétique prim'holstein pendant de nombreuses années. Mais une fois que la décision a été prise, ils se sont investis à fond dans la Montbéliarde », souligne Maxime avec reconnaissance.

L'achat de petites génisses a été préféré au croisement d'absorption pour accélérer la transition entre les deux races. « Grâce à cette solution, j'ai eu un troupeau 100 % montbéliard en seulement deux ans et demi. » Le croisement de certaines vaches prim'holstein avec du Blanc Bleu Belge permettait à l'époque de valoriser les veaux mâles autour de 350 euros. « Ça me payait une partie de mes génisses montbéliardes. » Les ventes de génisses prim'holstein ont également contribué à alléger l'impact des achats sur la trésorerie. Sur le plan sanitaire, parmi les veaux achetés, trois étaient IPI.

Côté objectifs de sélection, le TP, la valeur bouchère, la qualité des mamelles et le lait sont ses critères prioritaires pour choisir les taureaux. Des choix cohérents avec sa stratégie basée sur l'optimisation des produits lait, grâce aux taux, et viande, par la finition des vaches de réforme.

Par goût et pour gagner en souplesse d'organisation, Maxime insémine les femelles de son troupeau depuis 2010. « On se met un peu la pression la première année, mais cela passe très vite. » Son mode d'approvisionnement en doses de semences est plutôt original. « J'achète environ 40 % des doses à Umotest, autant à Eva Jura et les 10 % restants à Montbéliarde sélection. Cela permet de choisir les meilleurs taureaux sans avoir de contraintes au niveau des délais de livraison et des tarifs. » Pour éviter les accouplements trop consanguins, il utilise l’outil « Tableau de parenté » proposé par Montbéliarde association à ses adhérents.

Peu, voire pas de vêlages de décembre à mai

Une quinzaine de génisses sont génotypées tous les ans. « Je paye 25 euros par génotypage à condition d'en faire plus de dix par an. » Plutôt sceptique sur la fiabilité de certains index, il utilise avec prudence cette technologie pour gérer le renouvellement de son troupeau. « J'ai des génisses indexées négativement en lait et qui démarrent aussi bien, voire mieux que d'autres qui sont mieux indexées. Mais globalement, pour les autres critères c'est plutôt fiable », estime l'éleveur.

L'investissement en doses sexées n'est, en revanche, pas à l'ordre du jour. « Le prix des doses est trop dissuasif. Surtout qu'il faut en utiliser quasiment deux pour avoir une gestation. » Par ailleurs, le nombre de génisses est suffisant pour assurer le renouvellement. L’éleveur en vend même à l’export. « L’année dernière, j’ai vendu des génisses et des vaches en première lactation entre 1 250 et 1 300 euros. Elles sont parties en Espagne et au Maghreb. »

Toutes les génisses sont échographiées pour ne pas déraper sur l'âge au premier vêlage. « Avant, elles vêlaient en moyenne à 32 mois. Maintenant je ne veux plus dépasser 29-30 mois, parce que cela coûte trop cher. » Techniquement parlant, il pourrait les faire vêler encore plus tôt. Mais Maxime préfère décaler certaines inséminations pour éviter d’avoir des vêlages de décembre à mai. « Je veux pouvoir consacrer plus de temps à ma famille et aux cultures à cette période de l'année. »

Pour mener de front l’élevage et les cultures, il est épaulé par un salarié un jour par semaine. Il a choisi d’investir dans du matériel dédié à la préparation du sol, aux semis, à la fauche… pour optimiser l’organisation de ses journées. « La Cuma est située de l'autre côté du village. Quand on est seul, on ne peut pas se permettre de passer trop de temps sur la route. » Maxime fait appel à une entreprise pour les ensilages, les traitements phyto et les épandages de lisier.

De la luzerne et de la féverole toastée

La recherche de plus d’autonomie protéique est la seconde caractéristique importante du système mis en place par Maxime Léridon. Ce dernier cultive de la luzerne depuis 2009 et de la féverole d’hiver depuis 2014. « Je récolte environ 9 tonnes de matière sèche de luzerne par hectare en quatre coupes. Puis je la fais pâturer au fil avant par les vaches quand les conditions climatiques le permettent. Cela fait trois ans de suite que je peux le faire. » Cette année, la luzerne (25 kg/ha) a été semée sous couvert d’avoine brésilienne (12 kg/ha) en automne pour ne pas être obligé de réimplanter un couvert pour l’hiver. Maxime Léridon distribue jusqu’à 2 kg MS de luzerne enrubannée en hiver, en complément des 2,6 kg de correcteur azoté, 10 kg MS/VL/j d’ensilage de maïs et de 1,5 kg MS/VL/j de betterave cultivée sur l'exploitation depuis quatre ans. « L’année dernière, la betterave a été détruite par des résidus de désherbant restés dans une cuve mal rincée. Son désherbage mécanique est assez délicat. La seule solution serait d’acheter des plants, mais cela coûte cher et il faut beaucoup de main-d’œuvre pour les planter. Je vais donc arrêter la betterave et je distribuerai un peu plus d’ensilage de maïs aux vaches. »

Autre source de protéines, les graines de féverole sont toastées par une entreprise depuis 2016. Une fois aplaties, elles sont incorporées à raison de 1,5 kg/VL dans la ration hivernale. « Je sème quatre à cinq hectares de féverole tous les ans. Les rendements ne sont pas top mais ils sont assez réguliers : autour de 30 quintaux, à l'exception de 2016 avec 19 quintaux à cause d’un orage. J’utilise la variété Iréna parce qu’elle n’est pas trop sensible au froid. Je la sème à raison de 110 à 115 kg/ha et à 6 ou 7 cm de profondeur pour limiter les risques de gel. Cette année, je l'ai associé à du triticale, à 80 kg/ha pour chaque espèce, pour mieux gérer les adventices. L’association n’est pas gênante pour le toastage. »

Le silo de maïs est fermé pendant deux mois

Autre avantage de la féverole, c’est une tête de rotation intéressante pour réduire les apports d’azote. « Je sème un blé derrière. En 2017, je n’ai mis que 60 unités d’azote au lieu de 100 ou 110 unités, et j’ai eu un rendement de 80 quintaux. Il faut dire que l’hiver avait été assez sec et qu’il restait donc beaucoup de reliquats d’azote dans le sol. »

Au printemps, le silo de maïs est fermé pendant deux voire deux mois et demi selon les années. Avec 75 hectares autours du corps de ferme, Maxime Léridon a les moyens d’optimiser le pâturage comme il le souhaite. En pleine saison, les vaches ont 37 ares d’herbe accessibles. Le pâturage est géré avec un fil avant. Le pâturage tournant dynamique n'est pas d'actualité. « Le découpage des parcelles n’est pas toujours évident et c’est embêtant pour épandre le fumier ou de la chaux. »

L’éleveur aime tester plusieurs mélanges qu’il prépare lui-même. Les plus courants se composent de RGA (12 kg/ha), de fétuque des prés (5 kg/ha), de RGH (3 kg/ha), de trèfle blanc (4 kg/ha) et de trèfle violet (3 kg/ha) « J’ai essayé avec un peu de luzerne, mais elle a du mal à sortir. » Si l’herbe occupe une place importante dans son système (50 % de la SAU et 73 % de la SFP), le passage au tout herbe n'est pas envisagé. « Passer au tout herbe, pourquoi pas. Mais avec une année comme celle-ci, on est content d'avoir des stocks de maïs pour sécuriser les rations. Avec 12  à 13 hectares et un rendement de 13 à 15 tonnes de matière sèche par hectare, cela suffit. » Dans son secteur, l'herbe ne pousse quasiment plus depuis début août. " Il y a eu très peu de pousse d’herbe à l’automne. Au mois de septembre, il n'est tombé que 8 mm d'eau. On n'a vraiment eu de l’herbe que depuis le 25 octobre. Il a fallu pas mal puiser dans les stocks de foin et d’ensilage. "

La conversion en bio a été mise entre parenthèses. « D'après des simulations économiques de la chambre d'agriculture, je dégagerais le même EBE que celui de cette année qui, il est vrai, est une bonne année. Je veux d'abord essayer des choses autour des méteils et m'améliorer en agronomie et du côté des traitements phyto. J’aimerais passer à du désherbage 100 % mécanique pour le maïs dans un premier temps. "

Pas de robot de traite ni de méthaniseur

La traite robotisée ne figure pas plus dans ses projets. « Je devrais faire plus de maïs. J'aime bien traire à condition de ne pas y passer plus d’une heure à chaque fois. C’est pour cela que j'ai investi dans une 2 x 6. » Exit également la méthanisation. « Je ne veux pas cultiver des fourrages pour alimenter le méthaniseur. » En revanche, en 2020-2021, les prêts JA seront remboursés. Maxime Léridon envisage par conséquent d'en profiter pour refaire un nouveau bâtiment pour les vaches et les génisses. « L'aire de circulation centrale de mon bâtiment actuel n'est pas couverte. C'est bien pour la ventilation et les aspects sanitaires mais je dois beaucoup pailler. Et j'ai beaucoup de jus peu chargés à gérer : 1 200 m3 l'année dernière. » L'éleveur repartirait sur une stabulation libre de 60 places avec 500 m2 d'aire paillée construite sur un nouveau site.

L’heure tourne, et comme le 19 octobre c’est le jour d’anniversaire de Capucine, Maxime Léridon doit impérativement finir son travail à l’heure. Le moteur de la pompe à vide se met en route, c’est reparti pour une heure.

« J’insémine depuis 2010 toutes les femelles de mon troupeau »

Une autonomie protéique de 69 %

L'élevage est passé à la moulinette du diagnostic d'autonomie protéique Devautop. Il en ressort un niveau d'autonomie de 69 % pour 2017-2018. « L’autonomie protéique moyenne d’un atelier laitier en Pays de la Loire est de 65 %, à apprécier selon la place du maïs dans la SFP (34 % en moyenne). La place réservée au pâturage et l’importance accordée aux stades de récolte chez Maxime permettent d’obtenir une autonomie protéique supérieure à la moyenne », souligne Camille Servans, de la chambre d'agriculture des Pays de la Loire. Les besoins globaux en MAT du troupeau ont été évalués à 69 t par an. L'éleveur en a acheté 22 t soit 45,9 t de correcteur azotés, 7,7 t de concentrés de production et 8 t MS de betteraves fourragères. L'autonomie protéique est de 64 % pour les vaches et de 82 % pour les génisses. Pour atteindre ce degrés d'autonomie, Maxime Léridon a implanté des prairies multiespèces en 2006, de la luzerne en 2009 et de la féverole en 2014.

Avis d'expert

Camille Servans, chambre d'agriculture des Pays de la Loire

" L'éleveur tire parti des atouts d'une race mixte "

« Maxime cherche à valoriser au mieux les atouts d’une race mixte : des taux qui permettent une plus-value sur le lait (36 € en moyenne sur cinq ans), et une finition des animaux pour un poids carcasse moyen supérieur à 350 kg en 2017-2018. Couplé à la vente de génisses à l’export, l’exploitation atteint un produit viande important : 83 €/1 000 l en 2017-2018. Maxime mène aussi une réflexion côté autonomie protéique. Son système de polyculture-élevage lui permet d’autoproduire 35 % des concentrés distribués. Sur 2017-2018, c’est 1,4 tonne de concentrés distribués par vache. Le coût de concentrés vaches + génisses de 57 €/1 000 l cette année témoigne de son efficacité. Enfin, la productivité par travailleur sur le système est élevée (363 000 l/UTH). L’investissement dans une salle de traite 2x6 pour 45 à 50 vaches traites permet à Maxime d’assurer seul toutes les traites en un temps raisonnable, indispensable pour la durabilité d’une installation en individuel. Faisant du temps et de la souplesse dans le travail une priorité, son choix d’investir dans du matériel impacte nécessairement le coût de mécanisation de l’exploitation. »

Chiffres clés
1,2 UTH
85 ha dont 37 ha de prairies multiespèces, 14 ha de blé, 6 ha de luzerne, 13 ha de maïs ensilage, 3 ha de betterave, 5 ha de féverole et 6 ha d’orge
53 Montbéliardes
8 000 kg par vache
397 000 l en contrat avec Lactalis
1, 5 UGB/ha de SFP

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