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« Il faut analyser les causes de réforme dans son élevage laitier »

Pour Guylaine Trou, de la chambre d’agriculture de Bretagne, l’analyse des causes de réforme permet de définir un taux de réforme obligatoire et, par suite, le nombre de génisses à élever.

Certaines vaches sont réformées alors qu'elles auraient pu faire une lactation de plus s’il n’y avait pas eu de génisses pour les remplacer.
Certaines vaches sont réformées alors qu'elles auraient pu faire une lactation de plus s’il n’y avait pas eu de génisses pour les remplacer.
© Réussir SA

 

 
Guylaine Trou, de la chambre d’agriculture de Bretagne. © A. Conté

 

Pourquoi l’analyse du taux de réforme est-elle essentielle ?

Guylaine Trou – « Un taux de renouvellement excessif coûte cher. Il pénalise la durée de vie productive des vaches et ne permet pas d’amortir le coût d’élevage des génisses. En élever trop est pénalisant en termes de volume de travail, de places dans les bâtiments et de bilan carbone. Pour éviter ces écueils, la première chose à faire est d’analyser les causes de réforme dans son élevage lors des deux ou trois dernières années. Cela permet de prendre conscience des éventuelles causes d’excès de réforme. Mais aussi de définir un taux de réforme obligatoire à partir duquel vous pourrez définir le nombre de génisses à élever, de façon à en avoir suffisamment pour assurer le renouvellement du troupeau mais pas trop, pour ne pas réformer des vaches trop tôt. »

Y a-t-il trop de réformes injustifiées ?

G. T. – « Le nombre de réformes non obligatoires varie d’un élevage à l’autre. À titre d’exemple, sur près de soixante-dix élevages du Grand Ouest majoritairement en agriculture conventionnelle et rencontrés dans le cadre des formations réalisées sur la stratégie de renouvellement, le taux de réforme moyen était de 36 % avec des écarts allant de 20 % à 54 %. Sur ces 36 %, environ 12 points étaient liés à des réformes non essentielles et 24 points à des réformes obligatoires. Les principales causes de réformes obligatoires sont liées à des problèmes de reproduction, puis de cellules/mammites, et enfin de boiteries dont le nombre a tendance à augmenter ces dernières années. Mais certaines vaches sont réformées en raison de leur âge, leur production laitière ou des taux jugés insuffisants, leur caractère… Or, s’il n’y avait pas eu de génisses pour les remplacer, certaines auraient pu sans doute faire une lactation de plus. »

Quel taux de réforme faut-il viser ?

G. T. – « En dehors de circonstances particulières, comme des problèmes sanitaires, un taux de réforme de 20 à 25 % est un bon objectif. Si vous diminuez le taux de réforme de 35-36 % à 20-25 %, vous gagnez une lactation par vache. Pour assurer en toute sécurité un taux de réforme de 20 %, il faut cependant viser 25 % de primipares. Cela permet de faire face à un éventuel problème de réformes pour accidents sanitaires… »

Quatre lactations par vache est-il un bon objectif ?

G. T. – « Il ne faut pas chercher à augmenter la longévité à tout prix mais à l’optimiser. Atteindre quatre lactations à la réforme en moyenne est un bon objectif. Certains éleveurs pensent que réformer plus vite leurs vaches permet de bénéficier du progrès génétique apporté par les primipares. Mais une primipare produit moins de lait qu’une multipare. Le potentiel génétique ne s’exprime pleinement qu’à partir de la troisième lactation. »

Quel est le bon indicateur pour évaluer la longévité ?

G. T. – « Il y a plusieurs façons d’évaluer la longévité. Mais aucune d’elles n’est vraiment parfaite. La longévité doit être calculée sur des vaches dont la carrière est terminée. Le nombre de lactations et l’âge de la vache à la réforme (n’intégrant pas les ventes de vaches en lait) sont des critères utilisables. Le nombre de lactations pénalise cependant les élevages dans lesquels les lactations de certaines vaches sont prolongées.

Le lait par jour de vie est également un critère. Mais, à même âge au premier vêlage, il est plus favorable aux élevages avec un niveau d’étable élevé. Ce critère ne reflétera pas forcément une carrière longue.

Les Canadiens prennent comme critère le pourcentage de vaches à plus de trois lactations. Le rang de lactation moyen ne reflète pas la longévité du troupeau. Ce n’est qu’une photo de la situation a un instant T. Dans tous les cas, ce qui manque cruellement, c’est de pouvoir fournir un indicateur qui aide les éleveurs à bien choisir les réformes pour éviter de faire la lactation de trop ou au contraire réformer trop tôt. »

Quels sont les autres leviers pour allonger la carrière d’une vache ?

G. T. – « Les génisses qui vêlent jeunes font en général une carrière plus longue. Un vêlage précoce diminue en effet le risque d’excès d’engraissement au niveau de la mamelle et de l’appareil génital. L’effet race et le niveau de production des animaux jouent également. »

Prolonger les lactations de certaines vaches

Allonger les lactations de certaines vaches est un levier pour prolonger leur carrière. Cette stratégie limite les réformes pour cause d’infécondité. « Les essais menés à la ferme expérimentale de Trévarez ont montré que l’allongement des lactations jusqu’à 16 mois ne s’accompagne pas d’une perte économique quand il est réalisé sur des vaches ayant une bonne persistance de lactation », souligne Guylaine Trou. « La perte de production laitière s’est avérée moins importante que prévue et les taux sont améliorés. »

C’est également un bon moyen pour réduire le nombre de veaux qui naissent chaque année. « À l’inverse, l’augmentation du nombre de lactations diminue les besoins en génisses de renouvellement. Il contribue donc à augmenter le nombre de veaux à vendre. Cet afflux de veaux supplémentaires n’est pas une bonne chose quand le marché est déjà encombré par rapport à la demande. » Chacun doit faire le calcul en fonction des caractéristiques de son système (robot saturé…) et de son troupeau.

L’excès de génisses impacte le coût de renouvellement

 

 
Connaître le coût d’élevage d’une génisse permet d’adapter sa stratégie. © F. Mechekour

 

32 €/1 000 l : tel est le coût de renouvellement moyen calculé sur quatre campagnes dans 145 exploitations conventionnelles suivies par la chambre d’agriculture de Bretagne dans le cadre de groupes lait. « L’excès de génisses impacte directement le coût de renouvellement. Mais l’augmentation du coût de renouvellement observée dans ces élevages est aussi liée au fait que les éleveurs ont gardé plus de femelles pour produire plus de lait », explique Céline Bessou de la chambre d’agriculture de Bretagne. Le nombre de vaches est passé de 73 à 88 entre les campagnes 2016-2017 et 2019-2020. Et la moyenne du lait livré par exploitation a augmenté de 562 000 à 657 000 litres.
Dans ces exploitations, le coût moyen d’élevage des génisses est de 1 429 €. Il varie entre 1 200 € et 1 500 €. « Connaître le coût d’élevage d’une génisse permet d’adapter sa stratégie. « Est-ce que j’ai un débouché pour vendre des vaches en lait ou des génisses amouillantes qui couvre au minimum les frais d’élevages des génisses ? » fait partie des questions à se poser », expose la conseillère en production laitière. Autre constat, les élevages ayant un coût de renouvellement plus faible ont tendance à avoir « un taux de réforme proche de 25 % contre 28 % pour les plus élevés ».

Repères

Le coût de renouvellement est calculé sur la base d’un prix de cession du veau d’environ 100 € auxquels s’ajoute le coût alimentaire : coût de concentré + fourrages (avec une clé de répartition de 18 % du coût fourrager total pour les génisses et 82 % pour les vaches) et les frais d’élevage. Par ailleurs, 12 % des frais de mécanisation et bâtiment sont alloués aux génisses. Le produit issu des ventes des réformes est déduit de ce coût global. « D’où l’intérêt de bien valoriser les réformes pour atténuer le coût de renouvellement », commente Céline Bessou, de la chambre d’agriculture de Bretagne.

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