Aller au contenu principal
E-mailPrintFont SizeFacebookTwitter

Grands troupeaux: pourquoi certains arrêtent le lait ?

14 élevages entre 65 et 160 vaches ayant arrêté le lait ont fait l'objet d'une étude. Objectifs: mieux comprendre et les facteurs de risque d'arrêt.

« L’étude a été menée auprès d’élevages confrontés à un problème de non-renouvellement de main-d’œuvre suite au départ en retraite des parents, au départ précoce d’associés, ou au départ de salariés, précise Sophie Madelrieux, de l’Irstea, qui a réalisé les entretiens(1). Les exploitations enquêtées ont en moyenne 98 vaches et sont situées dans l’Ouest de la France, l’Est et le Massif central. Dans six d'entre elles, il s’agit d’un « arrêt du lait subi. Le départ d'associés a plongé les exploitations dans d'importantes difficultés financières, du fait notamment du rachat des parts de capital ". Dans le cas où il y avait eu un investissement préalable dans un robot de traite, à un moment où le prix du lait s'est mis à baisser, cela a aggravé la situation. Dans un cas, le départ d’un associé a conduit au démantèlement de l’exploitation.

Des arrêts choisis dans plus de la moitié des cas

Mais « dans huit exploitations, il s’agit d’un arrêt du lait choisi et non d'une obligation économique », souligne Sophie Madelrieux. Ce choix est lié à la difficulté de trouver un remplaçant, ou à la non-motivation des associés restants pour la production laitière, ou encore au décalage entre la charge de travail, la difficile gestion du salariat et une rentabilité en baisse de l’atelier lait. Dans cinq cas, l’arrêt a été favorisé par la possibilité de vendre les contrats de lait. Dans six cas, ceux qui restent sur l’exploitation avaient moins de 45 ans. Tous partageaient le souhait d’avoir plus de temps libre et de temps pour la famille. Et tous ont mentionné les risques accrus dans les grandes exploitations, qu’il s’agisse de risques financiers, climatiques, sanitaires et humains. Comme l’expriment les éleveurs enquêtés : « on n’a pas droit à l’erreur et les erreurs arrivent plus vite » ; « plus on grossit, plus on est vulnérable, c’est une multiplication des risques à chaque fois ». C’est aussi davantage de stress  « même en vacances » ; « on n'arrive plus à suivre les animaux » ; « le moindre retard et c’est foutu, ça met la pression ». Aucun en tout cas ne regrette son choix au vu des évolutions ultérieures du prix du lait et du gain de qualité de vie.

« C’est au projet humain qu’il faut penser »

Si certains mettent en avant les avantages à travailler à plusieurs (week-ends et vacances, échanges, travail en groupe…), les difficultés énoncées ont été plus nombreuses. « Tous les exploitants rencontrés ont remis en cause ce modèle de développement. Il leur est apparu humainement usant ", résume Sophie Madelrieux, en citant les éleveurs : « l’élevage va droit dans le mur si on ne pose pas en premier l’humain. Les jeunes ne tiendront pas cinquante ans comme ça ! » ; « avant le projet économique, c’est le projet humain qu’il faut penser » ; « faut-il des grandes structures ? Souvent, on le fait malgré nous en entrant dans la spirale ». Le bilan est sans appel : « quand on a arrêté le lait, on avait le même revenu que douze ans en arrière. Mais on était plus gros, on avait investi. On avait plus de produits, mais aussi beaucoup plus d’emprunts, de charges, de travail, et plus du tout de temps libre ».

La remise en cause vient aussi du rapport avec l’aval des filières. Du manque d’autonomie par rapport aux laiteries : « on n’est plus libre de rien, on ne fixe pas nos prix ». Et de l’absence de considération : « on est depuis toujours chez eux, et ils ont juste rayé le nom de la liste ». Aucune des laiteries n’a essayé de retenir les exploitants rencontrés : même être un gros apporteur n’a pas joué. Mais surtout, conclut Sophie Madelrieux en citant l’un d’eux, ces structures laitières ne sont pas transmissibles : « qui aura les reins pour reprendre ça ? ».

 

(1) Dans le cadre du Casdar Orgue (Organisation du travail, durabilité sociale et transmissibilité des grandes exploitations laitières) coordonné par l'Institut de l'élevage. Étude présentée début décembre 2018 aux Rencontres recherche ruminants.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Lait.

Les plus lus

Vignette
Le prix du lait d'avril-mai de Lactalis insatisfaisant
Lactalis a annoncé un prix du lait de base de 341 €/1000 l en 41-33 en moyenne nationale, pour les mois d'avril et mai 2019. L'…
Vignette
" Nous optimisons le pâturage avec du topping "
Partisans du pâturage tournant dynamique, Pascal et Kévin Brodu pratiquent depuis deux ans le « topping », une fauche avant…
Vignette
Prix du lait en mars 2019 : 334 €/1000 litres de moyenne en Europe
Le prix du lait de mars 2019 affiche une relative stabilité dans l'Union européenne par rapport aux douze derniers mois.
Vignette
Bâtiment d'élevage : Des plaquettes de bois pour assainir l’aire paillée
Dans l'Aveyron, le Gaec des Piades utilise en sous-couche du bois déchiqueté. Il a un effet drainant, permet de réduire fortement…
Vignette
Avec Franck Gaudin, nutritionniste: comment on booste la production laitière aux USA
Nutritionniste aux États-Unis, Franck Gaudin a fait part de ses préconisations pour gérer des systèmes à haut niveau de…
Vignette
Tous les débouchés du veau nourrisson sont en difficulté
Veau de boucherie, jeunes bovins, exportations vers l’Espagne : les marchés du veau nourrisson sont tous malmenés en même temps.…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 8.20€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière