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Emissions de méthane : l'additif Bovaer accusé de causer de graves troubles chez les vaches par des éleveurs danois

Au Danemark, l'additif Bovaer qui vise à à réduire les émissions de méthane entérique est sous le feu des critiques. Une enquête est en cours sur les causes des problèmes de santé de vaches laitières, suite à son utilisation dans l'alimentation de plusieurs élevages.

<em class="placeholder">vaches au cornadis au Danemark devant une ration </em>
Une des pistes pour expliquer les problèmes sanitaires au Danemark serait la qualité des fourrages, en lien avec l'année très humide. Ou un surdosage du Bovaer, bien que celui-ci soit utilisé via un concentré ou un minéral.
© Seges

Depuis fin octobre, des articles danois et d’autres pays européens relayent le mécontentement d’éleveurs laitiers danois à propos de l’additif alimentaire Bovaer, utilisé pour réduire les émissions de méthane entérique des bovins. Impossible de connaître le nombre d’élevages concernés. L’entreprise DSM qui développe Bovaer, parle de « une vingtaine d'agriculteurs qui ont exprimé des préoccupations concernant la santé des vaches, sur environ 1 400 éleveurs danois utilisant le complément alimentaire Bovaer ».

Les médias danois et néerlandais parlent de plusieurs éleveurs qui témoignent de vaches dont la production laitière chute, qui « ont de la fièvre, des diarrhées, des problèmes de fertilité, s’affaiblissent, s’effondrent », à tel point qu’il faut les euthanasier. Les éleveurs mécontents affirment que les vaches se rétablissent lorsque le produit n’est plus administré et que les problèmes réapparaissent dès qu’il est à nouveau distribué.

Pas de problèmes dans les autres pays

Pourtant, Bovaer est approuvé dans 70 pays, dont les États-Unis, l’Union européenne (feu vert de l’Efsa en 2022) ou la Suisse. Il a été utilisé, en test et à plus grande échelle, dans des élevages de vaches laitières au Royaume-Uni avec Arla foods, aux Pays Bas avec FrieslandCampina, en Belgique avec Danone, en Slovaquie avec Bel …

Dans différents articles, les chercheurs Nico Peiren, chercheur de l’Institut de recherche en agriculture des Flandres, et Jan Dijkstra, de l’université de Wageningen, ont participé à des expérimentations : dix-huit mois pour le premier et un an pour le second. Entre le lot de vaches complémentées avec Bovaer et le lot sans l’additif, ils assurent n’avoir constaté « aucune différence sur la santé des animaux. Il n’y avait pas non plus de différence en termes de mortalité ». Dans ces articles, des éleveurs néerlandais et flamand témoignent n'avoir pas rencontré le moindre problème de santé sur leurs vaches. 

Dans des publications plus anciennes, les laiteries qui ont testé l’additif ont assuré que les tests étaient concluants, avec une utilisation aisée et aucun effet sur la production laitière et la santé des vaches. 

Des enquêtes en cours au Danemark

Mais alors, que se passe-t-il au Danemark ? L’entreprise DSM indique que « dans les cas signalés, Bovaer n’a pas été identifié comme facteur contribuant aux problèmes de santé évoqués » et exhorte les agriculteurs rencontrant des problèmes à les signaler à SEGES Innovation, un organisme indépendant de recherche et d’innovation. Elle assure qu'il n'y a pas de mortalité liée directement à l'additif. 

Une enquête est donc actuellement menée au Danemark sur l’utilisation et les effets de cet additif. Elle doit permettre de déterminer s’il existe un lien de causalité ou si d’autres facteurs entrent en jeu, tels que le dosage de l’additif et le mélange dans la ration, la qualité des ensilages ou encore l’état des animaux.

Qualité des fourrages et surdosage évoqués

Selon les articles danois, néerlandais et belge, l’hypothèse de vétérinaires danois serait un "démarrage" trop rapide de Bovaer, ou une accumulation de nitrites dans le rumen qui proviendraient de la ration de base. Une autre hypothèse serait des contaminations des fourrages par des bactéries clostridium, ou par des mycotoxines. Les chercheurs évoquent aussi d’autres pistes. Jan Dijkstra suppose que « cela peut coïncider avec l’ouverture d’un nouveau silo de maïs, pas encore stabilisé. Cela peut provoquer une dégradation de sa qualité sanitaire ». Selon lui, une erreur de dosage (dose préconisée par DSM à 60 mg/kg MS) n’est pas à exclure.

En France, quelques exploitations collectées par Bel utilisent Bovaer. « L’additif est incorporé dans des minéraux ou des concentrés du commerce, donc il n’y a pas de risque de surdosage en élevage en ce qui nous concerne, expose l’équipe technique de l’APBO, organisation de producteurs de lait sous contrat avec Bel. Les doses sont bien inférieures aux doses expérimentées dans les études. Et l’utilisation se fait par intermittence car il y a des sorties dans les prairies, dans le cadre du cahier des charges "Mon BB Lait". Aucun effet négatif sur la santé des vaches ne nous a été remonté »

Le saviez-vous ?

Bovaer est composé de 3-nitrooxypropanol (3-NOP). Ce composé inhibe une enzyme dans le rumen, empêchant ainsi une étape de la production de méthane dans le rumen. Or le méthane est un élément important pour un microbiome sain chez les ruminants. 

 

Demande de suspension de l’obligation de distribution de Bovaer

Les éleveurs danois qui ont arrêté de distribuer le Bovaer à leurs vaches demandent à l’Etat de suspendre l’obligation de l’utiliser. En effet, le gouvernement danois, pour respecter ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), contraint depuis cette année les éleveurs de ruminants en conventionnel à complémenter les rations pour réduire le méthane entérique. Ils ont deux possibilités. Soit des matières grasses sont incorporées dans les rations tout au long de l’année. Soit du Bovaer est ajouté aux rations quatre-vingts jours par an. Dans la pratique, beaucoup d'éleveurs ont en fait commencé à utiliser Bovaer au 1er octobre, ce qui explique que les problèmes ne sont remontés qu’à partir de là. 

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