Aller au contenu principal

"J'ai investi 45 000 € dans des ventilateurs et des douches pour réduire le stress thermique"

Au Gaec ferme Kleinfeld, dans le Bas-Rhin, les anciens ventilateurs ont été remplacés par de nouveaux brasseurs d’air, plus nombreux et plus efficaces. Et des douches ont été installées derrière le cornadis et l’aire d’attente.

Des douches sont suspendues au-dessus de l’aire d’attente (tiges verticales au premier plan). © D. Lagel
Des douches sont suspendues au-dessus de l’aire d’attente (tiges verticales au premier plan).
© D. Lagel

Il y a un peu plus d’un an, nous vous présentions la stabulation du Gaec ferme Kleinfeld, à Hilseheim (Bas-Rhin). Un bâtiment simple et  fonctionnel. Mais, depuis sa construction en 2005, le cheptel a grandi, toutes les places sont occupées et, surtout, au fil des années, les canicules se sont faites plus fréquentes et plus redoutables. En été, les vaches souffrent et perdent du lait. Les chutes de 3-4 litres par vache par jour sont monnaie courante quand la canicule frappe dans ce cheptel classé parmi les plus productifs de France (115 vaches à 13 000 litres de moyenne économique). « En été, depuis que le bâtiment est rempli, nous avions de plus en plus souvent des pics de cellules, explique Dominique Streicher, associé avec son frère, Guy, et son fils, Léo. L’air était trop humide et la ventilation n’était pas homogène et pas suffisamment puissante. Il fallait apporter des améliorations. »

La stabulation, de 100 m de long, est constituée d’un bipente de 16,30 m et d’un auvent de 5,30 m orienté est - sud-est qui couvre le couloir d’alimentation. Une double rangée de logettes creuses, remplies de sable, est située au centre du bipente et une troisième rangée contre le long pan opposé au couloir d’alimentation. Celui-ci, orienté ouest - nord-ouest, est fermé sur les deux tiers de sa longueur par un mur en béton jusqu’à 1,80 m de hauteur et, au-dessus, par un bardage en tôle perforée, ponctué de bandes verticales de translucides. Le tiers restant est fermé par un appentis sous lequel se trouvent des box de vêlage et le stock de sable. Dès l’origine, sept ventilateurs-brumisateurs verticaux carénés avaient été installés dans la stabulation. Mais ils ne généraient ni une vitesse d’air suffisante ni un brassage assez homogène pour réellement améliorer le confort des animaux quand il fait très chaud.

Onze brasseurs d’air verticaux à pales

 
Certains ventilateurs peuvent être inclinés pour mieux orienter le flux d’air. © D. Lagel

 

Sur les conseils de Dominique Lagel, ingénieur conseil BTPL, le Gaec a fait installer de nouveaux ventilateurs et un douchage des vaches pour un coût de 42 000 euros. Des équipements que l’ingénieur avait vus en Italie lors d’une mission menée dans le cadre de l’étude du Cniel et de l’Idele sur les bâtiments de demain. Onze brasseurs d’air verticaux à pales (1,45 m de diamètre) ont été installés dans le bipente selon les recommandations du constructeur, la société italienne Arienti. Ils sont en service depuis fin juillet dernier. L’objectif de la ventilation dynamique est d’augmenter la vitesse d’air à l’intérieur du bâtiment pour diminuer la température ressentie par l’animal.

Douchage derrière le cornadis et sur l’aire d’attente

 
Une ligne d’eau court au-dessus des cornadis mais décalée de 50 cm vers l’arrière. Des buses sont montées tous les 1,20 m. © D. Lagel

 

Quant au douchage, il s’agit d’une ligne d’eau qui court le long du cornadis mais déportée de 50 cm vers l’intérieur. Des  buses montées sur la rampe tous les 1,20 m envoient de l’eau sur le dos des vaches comme s’il s’agissait d’une pluie. Des douches sont également suspendues au-dessus de la partie du couloir situé entre les deux rangées de logettes qui sert d’aire d’attente pour la traite. Le douchage se déclenche à partir d’une température de 20 °C sous forme de cycles d’une minute et demie toutes les 15 à 20 minutes. Pendant ce laps de temps, les ventilateurs situés au-dessus de l’auge ralentissent afin de ne pas perturber la projection d’eau puis reprennent à plein régime pour sécher les vaches. « Le rafraichissement de l’animal est assuré à la fois par le mouillage du dos de la vache et l’évaporation de l’eau », explique Dominique Lagel. Au cornadis, les séquences de douchage/ventilation ont lieu en continu et, pour l’aire d’attente, elles démarrent à 17h30 le soir et à 6h00 le matin. L’ensemble du dispositif est piloté automatiquement. Le douchage étant opérationnel depuis août seulement, son fonctionnement sera certainement ajusté la saison prochaine.

« Beaucoup moins de phénomènes de suffocation »

Suite à la mise en place de ces équipements, bien que tardive pour le douchage, l’éleveur a observé une baisse du stress thermique : « On voit beaucoup moins de phénomènes de suffocation et de halètement. Quand les vaches sont dans les logettes, elles sont plus souvent couchées. Avant, elles restaient debout pour trouver de la fraîcheur. Et elles fréquentent davantage l’auge. » La production n’est remontée qu’en septembre, mais les vaches avaient beaucoup souffert en début d’été. Les fraiches vêlées avaient l’air « plus à l’aise à la sortie de leur box de vêlage et, en septembre, les mammites avaient nettement diminué. L’argent investi en vaut la chandelle ».

 

Le bilan de stress thermique confirme l’efficacité de la ventilation

La rangée de logettes situées le long du pan fermé côté ouest souffre de la chaleur en fin d’après-midi. © D. Lagel

 

Les mesures réalisées par les experts avant la mise en service du douchage ont déjà montré une réelle réduction du stress thermique des animaux.

plan
plan2
plan3

Un bilan de stress thermique des vaches laitières a été réalisé par Bertrand Fagoo, spécialiste des bâtiments d’élevage à l’Institut de l’élevage, et Dominique Lagel, fin juillet après l’installation de la ventilation mais avant celle du douchage. Ce jour-là, la température ambiante était de 30°C. L’observation du troupeau avant les mesures montrait une bonne répartition des animaux sans zone d’agglutinement. Le THI (Temperature Humidity Index), index le plus couramment utilisé pour mesurer le stress thermique des vaches laitières, était de 74 (la plage de stress modéré va de 72 à 78) grâce à une humidité relative faible (26 %). Le faible score de halètement (0,72), reflet des conditions respiratoires des animaux, montrait la quasi-absence de stress sur les vaches.

Visualiser le confort thermique dans les différentes zones

Un troisième critère, plus complet, permet de visualiser le confort thermique dans les différentes zones du bâtiment. Outre la température et l’humidité, le HLI (Heat Loaded Index) intègre la vitesse de l’air et le rayonnement solaire. Ces variables climatiques sont mesurées tous les 2 à 4 mètres. Le HLI moyen était de 69 - signe d’une absence de stress thermique - et homogène dans la stabulation, hormis dans certaines zones moins favorables (derrière les DAC, dans la troisième rangée de logettes à l’arrière du bâtiment et dans l’appentis paillé qui ne disposait que des anciens ventilateurs). Même constat positif avec les vitesses d’air, très favorables à l’intérieur du bâtiment : la plupart des zones bénéficient d’une vitesse supérieure à 1 m/s, la norme en été pour apporter un réel confort. L’orientation de biais de la seconde rangée de ventilateurs permet de ventiler un maximum de surface.

Les mêmes zones que précédemment se sont révélées un peu moins bien ventilées, notamment la rangée de logettes, côté ouest, qui cumule une moindre vitesse d’air et un rayonnement plus important car la façade arrière, bardée, emmagasine la chaleur en fin d’après-midi. Cette rangée de logettes est sans surprise moins fréquentée dans l’après-midi quand la façade est sous le soleil. « De manière globale, les conditions sont très bonnes à l’intérieur du bâtiment et les ventilateurs sont efficaces », concluent néanmoins les deux experts. Pour vérifier l’effet réel du nouveau dispositif sur le troupeau et l’ajuster si nécessaire, Arienti a posé, quelques jours durant, des sondes vaginales connectées sur cinq vaches pour mesurer leur stress thermique. Sur les quatre qui ont fonctionné, une seule a révélé du stress.

Avis d'expert : Dominique Lagel, ingénieur conseil BTPL

 

 
Dominique Lagel, ingénieur conseil BTPL © BTPL

 

« Aborder la ventilation de manière globale »

« En matière de ventilation, il faut aborder les choses de manière globale. Et, pour apprécier le stress thermique, il ne faut pas se focaliser que sur la température ambiante mais prendre en compte aussi l’hygrométrie et la vitesse d’air au niveau des animaux. La démarche d’amélioration consiste à voir ce qu’on peut faire au niveau de la structure du bâtiment pour qu’il y ait du vent partout et une vitesse d’air suffisante. Dans notre cas, l’une des améliorations possibles serait de réduire le rayonnement sur la rangée de logettes côté ouest, en amenant de l’ombre. La réflexion est en cours. Une des solutions pourrait être d’ouvrir ce pan en enlevant le bardage en tôle et le mur tout en installant un auvent pour garder de l’ombre. Un filet brise-vent ou un autre système de bardage mobile donnerait de la souplesse pour gérer la ventilation et concilier l’absence de courants d’air en hiver et une grande ouverture l’été. Mais c’est un difficile compromis à trouver entre été et hiver. On pourrait au moins abaisser le mur. Pour améliorer la ventilation au niveau de l’appentis en aire paillée, bien que des ventilateurs anciens aient été rajoutés, nous proposons de réaménager le bardage et d’enlever le quai de paillage qui coupe le flux d’air. »

 

Les plus lus

Éliane Riou. « Dans notre nouvelle TPA 2x16, nos mettons 1h15 pour traire 140 vaches à deux, hors lavage. Une traite rapide et fluide, sans effort physique, c’est 100 % de plaisir ! »
« Dans une salle de traite, ce sont les détails qui font toute la différence »
Au Gaec de Kermouster, dans le Finistère, les associés ont mûri leur projet pour limiter les efforts physiques à la traite grâce…
Monique Provost, éleveuse en Loire-Atlantique « Depuis cinq ans, je nourris mes veaux au lait entier jusqu’au sevrage une seule fois par jour, du lundi au samedi."
« Mes veaux reçoivent six buvées de lait entier par semaine »
Monique Provost, éleveuse en Loire atlantique se simplifie la vie en distribuant du lait entier à ses veaux une fois par jour,…
Olivier et Béatrice Piron. « Nous privilégions un système très simple avec peu de vaches, pour rester efficaces tout en veillant à l'aspect travail. »
« Avec nos 49 vaches laitières, prévention rime avec efficacité économique »
L’EARL Les chapelles, en Ille-et-Vilaine, se distingue avec un système intensif mêlant maïs toute l’année et herbe pâturée.…
Le choix de griffes plus légères et de tuyaux en silicone soulage les bras et les épaules.
« Rénover la salle de traite pour tenir jusqu’à la retraite ! »
Dans le Finistère, le Gaec du Bois Noir a agrandi et rééquipé sa salle de traite, en vue de réduire la durée et la pénibilité de…
Le Casdar Ergotraite inclut une analyse biomécanique des mouvements par « motion capture ».
Traite : des hauteurs de quais trop souvent inadéquates
La hauteur des planchers mammaires à la traite a un impact important sur la posture du trayeur et le risque de troubles musculo-…
Jean-Noël Landemaine avec Marion, sa compagne, et leur fille Louise. « Notre travail a plus de sens. Il est plus technique et plus passionnant qu’avant. J’apprécie le gain d’autonomie pour l’organisation des chantiers de récolte. » 
« Notre conversion bio avec séchoir à foin répond à nos convictions »
Au Gaec Louverné, en Mayenne. Être en phase avec leurs convictions et les attentes sociétales tout en améliorant l’autonomie de l…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière