Démarrer la lactation du bon pied, ça commence dès le tarissement de vos laitières
Tarir une vache vise non seulement à arrêter la lactation mais aussi à bien préparer la prochaine. Êtes-vous certain de mettre toutes les chances de votre côté ? Le bilan sanitaire annuel est l'occasion de soulever les points à perfectionner.
« Bonjour, j’ai encore une fièvre de lait à perfuser, est-ce que tu peux venir ? » Alors, oui, pas de problème. Mais si c’est une habitude, il va falloir refaire le point sur la préparation au vêlage. Toute la période de tarissement est une étape clé : repos et guérison de la mamelle, préparation à la mise bas, préparation au transfert immunitaire au veau et à la lactation…
Première étape : arrêter la lactation. Pour cela, on peut réduire momentanément l’apport énergétique au niveau alimentaire et sortir de l’ambiance de traite. Il ne faut pas tarir trop tôt, car la vache a plus de risques de s’engraisser pendant le tarissement et il est dommage de perdre le lait qu’elle aurait encore pu produire. Mais pas trop tard non plus sous peine de ne pas avoir un repos optimal de la mamelle et un colostrum de moindre qualité.
Le jour du tarissement, il convient également de choisir si un traitement intra-mammaire est nécessaire ou non, et lequel choisir : antibiotique, bouchon, les deux ? La décision de l’administration d’un antibiotique par voie intra-mammaire ou par voie générale en injection se décide selon le déroulé de la lactation : antécédents de mammite, persistance d’un taux cellulaire élevé ? Le but étant de se débarrasser d’une infection déjà présente. Le bouchon, quant à lui, vise plutôt à éviter une nouvelle infection juste après le tarissement quand le sphincter n’est pas bouché par de la kératine, et avant la mise-bas. Ces nouvelles infections sont aussi favorisées par un lieu de couchage insuffisamment propre, paillé ou sec. Pour rappel, aucun intra-mammaire ne stoppe la lactation !
Les spécificités de la ration des taries
Vient ensuite l’alimentation. Il ne faut pas d’engraissement : le gras dans le bassin peut gêner le passage du veau, une matrice infiltrée de gras se contractera moins facilement. Mais il ne faut pas non plus d’amaigrissement : la vache doit arriver au vêlage avec la même note d’état qu’elle était au tarissement. La valeur énergétique de la ration doit donc être adaptée. Entre aussi en ligne de compte la diminution de capacité d’ingestion : le veau prend de plus en plus de place et le rumen réduit en taille.
Concernant les minéraux, là aussi c’est une question d’équilibre. La ration ne doit pas être trop riche en calcium sous peine d’empêcher la mobilisation du calcium osseux lors de la mise-bas et il y aura un risque de fièvre de lait. S’il y en a trop peu, il y a par contre des risques de déminéralisation. Le minéral des vaches en lactation contient souvent trop de calcium pour des vaches taries, donc il faut idéalement éviter de laisser les taries avec les vaches en lactation. Le calcium n’est pas le seul ion important à gérer, c’est aussi le cas du sodium, du potassium, du chlore et des sulfates. Leur équilibre détermine la Baca, la balance anion-cation alimentaire, que l’on veut rendre négative avant vêlage. Le chlorure de magnésium permet de faire baisser la Baca et limiter les risques de fièvre de lait. Attention, le goût n’est pas très attractif, il ne faut pas compter sur une prise spontanée. Il faudra aussi gérer prudemment une ration avec de l’herbe jeune riche en potassium ou de la luzerne riche en calcium.
Déparasitage, vaccination, parage...
Le dernier objectif concerne la préparation à un colostrum de qualité. En plus d’un tarissement suffisamment long, il faudra réfléchir à la nécessité ou non de déparasiter en prenant en compte l’âge (les génisses sont plus souvent parasitées que les multipares), la saison (risque de recontamination pendant la période de pâture), les suivis parasitaires qui ont déjà été fait (présence de douve, de paramphistome, temps de contact suffisant pour assurer une immunité des primipares contre les strongles…), et les délais d’attente des antiparasitaires. Il convient également de penser à l’intérêt ou non d’une vaccination contre les diarrhées néonatales afin de transmettre des anticorps au veau naissant via le colostrum.
Évaluer votre conduite
Comment contrôler si la préparation au vêlage est perfectible ? En évaluant les problèmes que vous recontrez en lien avec une mauvaise préparation : mauvais départ en lactation, fièvre de lait (__SWYP_INC__8 % du troupeau), non délivrance (__SWYP_INC__10 % du troupeau), métrite (__SWYP_INC__15 % du troupeau), morbidité et mortalité néonatales, colostrums de bonne qualité... Si ces paramètres sont au vert, la préparation au vêlage ne doit être pas mal.
Mise en garde
En plus des minéraux, il faut porter attention aux oligo-éléments et vitamines : ils jouent un rôle dans la vivacité des veaux à la naissance, améliorent le transfert colostral, limitent les non-délivrances et métrites.
Les règles d'or au tarissement
- éloigner de l’ambiance de traite
- administrer ou non de quoi diminuer la production laitière
- raisonner la nécessité ou non d’utiliser un antibiotique
- appliquer un bouchon si besoin
- maîtriser l’ingestion et la densité énergétique de la ration
- maîtriser les minéraux et oligo-éléments
- raisonner la nécessité ou non de déparasiter / vacciner
- réaliser un parage préventif juste avant de tarir