Aller au contenu principal

Conditions de travail : comment vivez-vous votre métier d’éleveur laitier ?

Une enquête auprès de 800 éleveurs laitiers est conduite par le Cniel chaque année pour suivre la perception du métier et des conditions de travail. Si la fierté et l’attachement au métier obtiennent de très bons scores, seuls 15 % des éleveurs enquêtés inciteraient très fortement un proche à s’installer en lait.

Le Cniel a construit un indicateur basé sur 16 critères permettant une analyse globale des conditions de travail en élevage. © A.Conté
Le Cniel a construit un indicateur basé sur 16 critères permettant une analyse globale des conditions de travail en élevage.
© A.Conté

Pas facile de mesurer les conditions de vie et de travail en élevage ! C’est pourtant ce que l’interprofession laitière s’est engagée à faire dans le cadre de sa démarche de responsabilité sociétale France Terre de lait. Elle a en effet pris en 2019 huit engagements qui vont être au fil des ans mesurés et suivis, et s’est fixé, pour chacun d’eux, un objectif à atteindre en 2025. L’amélioration des conditions de travail en élevage (et dans l’ industrie laitière) est l’un d’eux.

Le Cniel a donc construit un indicateur permettant une analyse globale des conditions de travail en élevage. Cet indicateur est basé sur seize critères regroupés en cinq thématiques : l’attachement au métier, la sécurité économique et l’avenir, la charge de travail, la reconnaissance, et le soutien. Il est exprimé par une note sur 100, chacune des cinq thématiques intervenant pour 20 % dans le calcul de cette note. Tous les ans, un échantillon représentatif de 800 éleveurs de plus de 20 vaches, interrogés par téléphone(1), note de 1 à 10 les seize critères (par exemple "vous êtes très attachés à votre métier d’éleveur laitier"). L’indicateur national est calculé à partir des notes moyennes.

Construire un indicateur des conditions de travail

L'enquête a été réalisée pour la deuxième année en 2020, du 10 août au 14 septembre. Au-delà du calcul de l’indicateur, elle permet de dégager des grandes tendances sur la perception du métier.

 

 

 

Pas de doute, vous êtes fiers d’être éleveurs laitiers : 72 % des éleveurs enquêtés donnent à cet item une note supérieure à 8, la note moyenne se situant à 7,9. Vous êtes aussi très attachés à votre métier avec sur ce critère une note moyenne de 7,7. Et le métier est perçu majoritairement comme une source d’épanouissement personnel (note 6,8) même si les réponses très positives sont un peu moins nombreuses. Pour autant, malgré ce sens donné au métier, vous êtes peu enclins à encourager un proche à s’installer. « Cet item obtient seulement une note de 4,8, souligne Noëlle Paolo, responsable des études au Cniel. Seuls 15 % des éleveurs enquêtés inciteraient très fortement un proche à faire leur métier (note supérieure à 8), et 38 % les en décourageraient (note inférieure à 4). » 

Un deuxième point ressort positivement : le sentiment d’être soutenu dans l’activité laitière par les proches (52 % de notes supérieures à 8 et seulement 14 % inférieures à 4), et dans une moindre mesure par l’entourage professionnel. « Mais malgré tout, le sentiment d’être isolés dans le métier domine : 36 % des notes sont en dessous de 4 », relève Noëlle Paolo.

Là où le bât blesse vraiment, c’est au niveau de la pénibilité et de la charge de travail. Ces deux critères sont les plus mal notés avec une moyenne à seulement 3,8. « À peine plus de 10 % des éleveurs de l’enquête leur attribuent une note favorable. Au final, près de la moitié n’arrivent pas à dégager de temps libre pour eux-mêmes et leur famille ; seuls 17 % y parviennent (note supérieure à 8). »

Charge de travail et manque de reconnaissance

Les éleveurs enquêtés ne sentent pas non plus leur métier reconnu à sa juste valeur par les français : 57 % des notes sont inférieures à 4, seulement 7 % mettent une note supérieure à 8, la moyenne atteignant péniblement 4. « Les éleveurs se sentent mal aimés. Pourtant, d’après le baromètre d’image de la filière Ifop, les citoyens ont une bonne image des éleveurs laitiers avec une note autour de 7 sur 10 », affirme Noëlle Paolo.

La dimension économique du métier est un peu mieux notée mais atteint juste la moyenne avec une note de 5, qu’il s’agisse du revenu, de la rentabilité, ou de l’optimisme pour l’avenir de son activité laitière. Pour ces trois critères, à peine un éleveur sur cinq attribue une note supérieure à 8. « On constate toutefois une légère tendance à l’amélioration sur la rentabilité et le revenu par rapport à 2019 mais l’étude a été réalisée juste après l’été et ce résultat demandera à être confirmé en 2021 », tempère-t-elle. Une légère amélioration est observée de la même manière sur la charge de travail. Sur les autres points, il n’y a pas d’évolution significative.

Objectif : atteindre une note de 60 sur 100 en 2025

Au final, l’indicateur national aboutit en 2020 à un score de 54,5 sur 100. « Il est stable par rapport à 2019 (53,9). La crise sanitaire n’a pas eu d’impact négatif sur cet indicateur travail, contrairement à d’autres métiers », constate Noëlle Paolo.

Un tiers des 800 éleveurs enquêtés obtiennent une note inférieure à 50, un tiers une note entre 50 et 60 et un tiers une note supérieure à l’objectif 2025 de 60. Certains profils d’élevage obtiennent de meilleurs résultats : notamment les éleveurs bio (indicateur à 61,6),  ceux installés depuis moins de dix ans (60,5) et les moins de 45 ans (57,7). « La question est de savoir si les jeunes garderont cette perception plus positive du métier avec le temps », souligne Noëlle Paolo. Les éleveurs en AOP-IGP, installés en Gaec, ou avec un niveau d’étude plus élevé décrochent également une note supérieure à la moyenne. En revanche, la taille du cheptel, le niveau de production ou le fait de livrer à une coopérative ou un privé ne sont pas différenciants.

 

 

 

Le Cniel s’est également intéressé à cet indicateur au niveau des régions. « Deux point méritent l’attention : une baisse significative de l’indicateur sur la région Grand Ouest (de 57,2 à 55,2) même si cette région obtient le score le plus élevé, et le score de la Bretagne (53,8) qui est le plus faible. »

Pour 2025, la filière laitière s’est fixé en 2019 un objectif d’amélioration de l’indicateur de 10 % ce qui correspond à une note de 60. « Ces données d’enquête ont permis de piloter les actions à mettre en place pour atteindre cet objectif. Avec des actions pour améliorer les conditions de travail, pour faire connaître les métiers de la filière laitière et les valoriser, sans oublier le travail fait autour de l’indicateur de performance économique », conclut Noëlle Paolo. L’application web Déclic travail (voir Réussir Lait, octobre 2020, p.92) qui propose de réaliser un autodiagnostic sur ses conditions de travail, une soixantaine de solutions sous forme de fiches, des trucs et astuces et un répertoire de conseillers, en est un exemple concret.

(1) Par le cabinet ADquation.

Chiffres clés

Un échantillon national représentatif

800 éleveurs

68 vaches en moyenne à 7 240 l de lait et 119 ha

2 associés - 49 ans

45 % de Gaec dont 7 % non familiaux

80 % en conventionnel, 7 % en bio, 18 % en AOP-IGP

23 ans d'ancienneté d’installation

75 % du revenu généré par le lait

Un indicateur noté 74,9 sur 100 pour les salariés

Une enquête a été menée auprès de 57 salariés en élevage sur leur métier. Ils en ont une meilleure perception que les éleveurs et celle-ci progresse nettement entre 2019 et 2020 : l’indicateur passe de 64,4 en 2019 à 74,9 en 2020. Les relations salarié/employeur notamment se sont améliorées. Et contrairement à beaucoup d’autres professions, la crise sanitaire n’a pas entraîné chez les salariés agricoles de cessations d’activité, ni d’arrêts d’activité.

 

Les plus lus

Éliane Riou. « Dans notre nouvelle TPA 2x16, nos mettons 1h15 pour traire 140 vaches à deux, hors lavage. Une traite rapide et fluide, sans effort physique, c’est 100 % de plaisir ! »
« Dans une salle de traite, ce sont les détails qui font toute la différence »
Au Gaec de Kermouster, dans le Finistère, les associés ont mûri leur projet pour limiter les efforts physiques à la traite grâce…
Olivier et Béatrice Piron. « Nous privilégions un système très simple avec peu de vaches, pour rester efficaces tout en veillant à l'aspect travail. »
« Avec nos 49 vaches laitières, prévention rime avec efficacité économique »
L’EARL Les chapelles, en Ille-et-Vilaine, se distingue avec un système intensif mêlant maïs toute l’année et herbe pâturée.…
Le choix de griffes plus légères et de tuyaux en silicone soulage les bras et les épaules.
« Rénover la salle de traite pour tenir jusqu’à la retraite ! »
Dans le Finistère, le Gaec du Bois Noir a agrandi et rééquipé sa salle de traite, en vue de réduire la durée et la pénibilité de…
Prix du lait : Sodiaal abandonne son prix B
À partir du 1er avril, le prix B disparaît chez Sodiaal. Un « prix unique » sera mis en place pour l’ensemble de la…
Alexis, 28 ans, et Cyril, 32 ans, avec leur père Didier Magnière, 61 ans. « Nous partageons une vraie passion pour la race Simmental et n’aimons pas trop faire du tracteur. »
« Nous avons remis à plat tout notre système de production laitier pour devenir autonomes »
En Côte-d’Or, le Gaec Magniere a repensé totalement son assolement et ses rotations. Il est devenu complètement autonome en…
Le Casdar Ergotraite inclut une analyse biomécanique des mouvements par « motion capture ».
Traite : des hauteurs de quais trop souvent inadéquates
La hauteur des planchers mammaires à la traite a un impact important sur la posture du trayeur et le risque de troubles musculo-…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière