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Cinq leviers de recherche d’autonomie protéique qui ont permis de résister cet été

Comment des éleveurs en recherche d’autonomie protéique ont-ils passé cette saison fourragère ? Focus sur trois zones, dans le Morbihan, le Puy-de-Dôme et les Deux-Sèvres.

Chez les éleveurs en recherche d’autonomie protéique, qu’est-ce qui a permis aux systèmes fourragers d’être plus résilients (résistance et capacité de reprise) face aux coups de chaleur intenses et à la sécheresse de 2022 ?

1 - L’irrigation, facteur clé de sécurisation

« En 2022, toutes les cultures ont souffert de la sécheresse et des gros pics de chaleur qui ont ponctué cet été. La présence d’irrigation pour sécuriser la pousse des prairies et la production des légumineuses a été le premier facteur de réussite pour gagner en autonomie protéique cette année », pointe Éric Bertrand, chargé de mission Cap protéine à l’Institut de l’élevage.

2 - Une diversité de cultures pour s’en sortir

« Les exploitations les moins autonomes sont, sans surprise, celles où le maïs représente une grosse part du système fourrager. Les systèmes tout herbe sont sensibles aux années extrêmes comme celle que nous venons de vivre. Les élevages les plus autonomes sont ceux qui ont gardé un peu de maïs (moins de 20 % de la SFP), ont diversifié les ressources fourragères (luzerne, méteil…) en plus de l’herbe, voire produisent des concentrés (graines de lupin, de soja…) », résume Éric Bertrand.

Dans le Puy-de-Dôme, qui vit depuis plusieurs années des sécheresses à répétition, « nous constatons que les prairies qui sont les plus marquées lors de canicules, et qui restent dégradées après, sont celles qui ont été surpâturées, pointe Marie Redon, conseillère à Bio63. Les éleveurs s’adaptent en mettant les animaux sur des parcelles parkings où ils sont affouragés, pour permettre aux prairies de se regénérer. »

3 - Ne pas surpâturer quelle que soit la saison

Olivier Renaud, éleveur dans le Morbihan (lire plus bas), n’a pas hésité à rentrer les vaches en stabulation. « Je les ai quand même laissées sortir la nuit, un paddock différent chaque nuit. » Pour lui, une bonne conduite du pâturage tout au long des saisons est le principal facteur de leur résilience. « Mon mélange est simple : ray-grass anglais (tétra et diploïde), des variétés de trèfle blanc et du trèfle violet pour avoir assez de trèfles la première année. Je pense que c’est avant tout la conduite du pâturage qui joue. En sortie d’hiver, je déprime les ray-grass anglais et je les laisse reposer un mois et demi. Je leur fais une fertilisation avec un digestat de méthanisation collective à laquelle j’adhère. Pendant ce repos, essentiel pour la suite de la saison de pâturage, les vaches pâturent les dérobées hivernales (ray-grass d’Italie, trèfle incarnat et vesce). »

4 - Des espèces adaptées en zone séchante

Dans le Puy-de-Dôme, Marie Redon constate que « les prairies multiespèces s’en sortent mieux que les prairies où il reste une majorité de ray-grass anglais et trèfle blanc. Quand il y a des espèces adaptées à la chaleur et au sec (fétuque élevée, luzerne, dactyle, plantain, sainfoin, trèfle violet, lotier, chicorée…), la prairie a plus de chance de résister et de repartir rapidement. Les éleveurs voient la différence avec des prairies à majorité de RGA. »

La conseillère rapporte aussi que « les éleveurs qui ont gardé quelques prairies humides sont bien contents de ne pas les avoir cédées, ou de ne pas les avoir drainées, même si elles ne sont pas valorisables la plupart du temps ».

5 - Diversifier les dates de semis et de récolte

La prairie reste un pilier des systèmes autonomes. Elle ne se fait pas détrôner par les cultures annuelles réputées résistantes à la sécheresse « comme le sorgho ou le teff grass, qui restent sensibles aux fortes sécheresses sur une partie de leur cycle ».

Les méteils, menés en ensilage ou en grain, « ont bien donné cette année. Les semis d’automne ont mieux fonctionné que les méteils semés au printemps. Mais attention, chez nous ce n’est pas toujours valable. Pour répartir les risques, les éleveurs sèment une partie de leurs méteils au printemps et l’autre à l’automne », remarque Marie Redon. Mathieu Renaud, du Gaec de l’Ouchette, dans les Deux-Sèvres va dans le même sens : « Pour sécuriser sans irrigation, il faut diversifier, les cultures, mais aussi les périodes d’implantation, de production et de récolte. » L’éleveur témoigne aussi du fait qu’il a saisi une opportunité par anticipation (avant juin), en achetant du fourrage de qualité produit par des voisins céréaliers.

Des inquiétudes pour 2023

Le déficit de production des prairies depuis le début de l’année serait en moyenne de 24 % sur la France, malgré une météo très favorable à l’automne. Ce chiffre varie de 12 % en Bourgogne France-Comté et Centre Val-de-Loire à plus d’un tiers en Paca, Occitanie et Hauts-de-France (étude Agreste arrêtée au 20 novembre).

L’automne a permis de pâturer et de réaliser des ensilages et enrubannages « jusqu’à mi-novembre dans des conditions très correctes » avec une herbe de « très bonne qualité », informe l’Institut de l’élevage. Avec ces dernières coupes, les coupes du printemps, et le report de stocks 2021, les éleveurs pourraient réussir à couvrir les besoins de cet hiver. « Mais il y a des inquiétudes pour cet hiver et surtout pour 2023 en cas de mauvaise saison fourragère. Les fourrages et matières premières restent chers et parfois peu disponibles. Certains éleveurs pourraient donc réduire les quantités distribuées et leurs objectifs de production », fait remonter Éric Bertrand.

« Les dérobées et la réduction de l’effectif pour diminuer le déficit »

Olivier Renaud, éleveur dans le Morbihan, avec 65 vaches montbéliardes, 28,5 ha de prairies temporaires, 22,5 ha de maïs ensilage et 2 ha de betterave fourragère.

Olivier Renaud, éleveur dans le Morbihan © Chambre d'agriculture de Bretagne

« Les dérobées m’ont aidé à réduire le déficit fourrager de cette année. Mais j’ai dû aussi réduire les effectifs. D’habitude, j’engraisse les vaches à réformer et j’élève tous les veaux. Les mâles sont usuellement vendus à 22 mois. Cette année, j’ai vendu mes réformes non finies et mes veaux mâles sont partis un peu plus tôt. Comme, en temps normal, les stocks fourragers me permettent d’engraisser des animaux, cela me laisse une marge de manœuvre en cas de déficit fourrager.

Le colza fourrager a été semé mi-août (6 kg/ha) après les céréales, quand la météo annonçait quelques pluies. Cela a permis la levée. Puis, avec les pluies d’automne, la pousse est repartie. Il donne 5 tMS/ha, ce qui est un bon résultat. La dérobée semée après maïs (ray-grass d’Italie, vesce, trèfle incarnat) sera à pâturer sur la surface accessible, et à récolter en vert sur la parcelle éloignée.

Je fais pâturer mes animaux le plus possible, tout en faisant attention à ne pas surpâturer. Cet été, c’est la première fois que le sec arrive aussi tôt et qu’il fait aussi chaud, aussi longtemps. Les prairies ont reverdi seulement dix jours après le retour des pluies du 20 août. Je pense que cette capacité de récupération est due au fait que j’évite le surpâturage et à ma gestion du pâturage tout au long des saisons.

En cette mi-décembre, comme il a peu plu et que les terres sont encore portantes, les vaches sortent encore au pâturage. J’apporte de l’ensilage de maïs, du foin, du colza fourrager en vert et des betteraves. Et du maïs et du foin pour les génisses. Le maïs fourrage a fait 13,5 tMS/ha (année moyenne) et la qualité est correcte. Les betteraves fourragères devraient faire un rendement moyen. »

 

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