« Améliorer nos résultats technico-économiques va de pair avec l'amélioration du confort, pour nos vaches laitières et pour nous », dans la Manche
Le Gaec du Royer, dans la Manche, a augmenté sa marge à la vache grâce aux performances de production et de reproduction, avec une conduite simple pour un travail efficace. Le robot de traite améliore le confort de travail et dégage du temps pour la conduite des animaux. Le rendement laitier atteint près de 13 000 litres par vache aujourd'hui.
Le Gaec du Royer, dans la Manche, a augmenté sa marge à la vache grâce aux performances de production et de reproduction, avec une conduite simple pour un travail efficace. Le robot de traite améliore le confort de travail et dégage du temps pour la conduite des animaux. Le rendement laitier atteint près de 13 000 litres par vache aujourd'hui.
« Le système du Gaec a toujours été plutôt intensif avec du maïs ensilage. Ces quatre dernières années, la stratégie a été de pousser plus loin la recherche de performance animale, tout en conservant une conduite simple des vaches et des génisses », plante Hugo Rouland, qui s’est installé avec son père Xavier Rouland en mars 2022, en remplacement d’un associé, sur le Gaec du Royer, dans la Manche. L'exploitation est passée d’un rendement laitier d’environ 9 500 litres par vache et par an à près de 12 000 litres sur l’exercice comptable 2024-2025.
Zéro pâturage mais du confort en bâtiment
Si Hugo et Xavier Rouland aiment la technicité, ils veulent aussi gagner du temps et du confort de travail, et en tirer une plus-value économique. Leurs leviers ont été multiples. Ils ont arrêté le pâturage pour simplifier la conduite du troupeau. « Nous avons franchi le pas en 2023 quand la stabulation a été agrandie. Nous sommes passés de 100 logettes à 128, pour environ cinq vaches de plus. Nous sommes ainsi passés d’une situation où le bâtiment était trop saturé à une situation où nous avons une dizaine de places vacantes pour plus de confort des vaches et une meilleure ambiance sanitaire », décrit Hugo Rouland. Au Gaec, l’amélioration du confort des animaux est un axe central des actions pour augmenter la production par vache et réduire les frais vétérinaires et d’élevage.
Fiche élevage
Le Gaec du Royer en 2024-2025
• 2,5 UMO dont 2 associés et 1 apprenti
• 119 prim’Holstein à 11 700 l/vache/an
• 55 UGB de bœufs croisés Bleu Blanc Belge
• 132 ha de SAU dont 57 de cultures de vente : blé et maïs grain
• 75 ha de SFP dont 35 de maïs fourrage, 33 de prairie permanente et 7 de prairie temporaire.
• Environ 40 ha de ray-grass d’Italie en interculture
Autres éléments de bien-être animal : des abreuvoirs ont été ajoutés et des matelas épais (15 cm de mousse) ont été installés sur les logettes. La barre au garrot relevée et une nouvelle genouillère arrondie ont aussi permis d’avoir « plus de vaches couchées et moins de problèmes de gros jarrets ».
Comme les matelas sont très confortables, même la zone des vaches sous surveillance est équipée de logettes. Ainsi, toute la stabulation est en 100 % lisier. « Cela permet de simplifier le travail et de réduire les achats de paille », ajoute Hugo Rouland.
Des stocks d’herbe et de maïs de qualité
Pas de pâturage ne veut pas dire pas d’herbe. « Nous cultivons l’herbe et la récoltons au stade optimal, voire précoce, pour assurer une bonne qualité d’ensilage. » Il s’agit de ray-grass d’Italie implanté derrière du blé et du maïs (environ 40 ha) et de 5 hectares de prairie temporaire. Au printemps 2025, l’ensilage de RGI affichait 27 % MS, 0,96 UFL, 17 % de MAT et 80 % DMO. « Le RGI nous sert de couvert avant maïs, à valoriser le lisier et à réaliser un bon ensilage pour les vaches », concluent les éleveurs. Les prairies permanentes sont valorisées par le pâturage des bœufs.
L’exploitation est en système maïs, avec une partie du maïs grain qui peut être ensilé ou vendu selon les besoins de l’élevage et les opportunités de vente. « Notre objectif est d’avoir au moins quatre mois de report de stocks. Début mars, nous venons tout juste d’ouvrir le silo du maïs récolté en 2025. Cette stratégie permet de distribuer toujours un ensilage à la fermentation bien aboutie. »
Pour assurer la qualité des ensilages, un conservateur est mis dans tous les silos. « C’est un investissement, mais cela permet de réduire le gaspillage et le temps de travail nécessaire pour retirer les parties pourries. Nous produisons 400 000 litres de lait de plus par rapport à il y a quatre ans, pour seulement 5 hectares de maïs ensilés en plus. » Les éleveurs soulignent aussi le travail mené avec un nutritionniste indépendant il y a trois ans pour caler les rations des vaches.
Le robot libère du temps pour le suivi des vaches
Un grand changement a été l’installation de deux robots de traite et le réaménagement du bâtiment en 2025.
Les robots séparent la zone du logement en deux, avec d’un côté la majorité du troupeau, et de l’autre, un espace pour les animaux sous surveillance : les primipares qu’il faut habituer au robot, les multipares après leur vêlage et les vaches qui ont des problèmes de pattes.
En sortie de robot, un espace "infirmerie", avec la cage de parage et de la contention, a été aménagé. Le temps libéré par le robot est employé au suivi des animaux. « Je me suis formé et je réalise le parage moi-même, en préventif au tarissement, et à la demande quand je détecte une vache boiteuse », expose Xavier Rouland. Son fils s'est formé à l’insémination artificielle.
Depuis l’installation des robots, la productivité par vache s’est encore accrue à près de 13 000 litres par vache par an, grâce à une nette amélioration du bien-être des vaches. La salle de traite avait plus de trente ans et était devenue trop petite. « Les vaches pouvaient attendre jusqu’à deux heures dans l’aire d’attente. Elles avaient des abcès, des cerises et de gros jarrets. »
Des inséminations artificielles plus efficaces
En parallèle, le Gaec a travaillé un autre facteur de rentabilité : la reproduction. « Avec l’arrivée des robots, nous en avons profité pour changer les colliers de détection de chaleur. De nouvelle génération, ils sont plus faciles à interpréter. L’ajout de lin dans l’aliment joue sans doute aussi. Nous sommes passés de trois inséminations par IA fécondante à 2,1, car nous inséminons plus tard avec plus d’efficacité. » L’intervalle vêlage vêlage moyen est passé de 388 jours à 364 jours. Les autres indicateurs (taux de réussite en première IA, % ayant eu 3 IA et plus) se sont aussi nettement améliorés, signe que les IA sont plus efficaces.
La stratégie de reproduction est plus cadrée. « Nous réformons si à 22 kilos de lait une vache est vide. J’insémine en sexée toutes les génisses, jusqu’à trois tentatives d’IA en sexée, et les meilleures vaches en termes de production laitière et de santé, jusqu’à deux tentatives. » Soit environ 50 % des femelles à inséminer, pour viser 30 % de renouvellement. Avec l’arrivée des nouveaux colliers, les meilleurs résultats de reproduction permettront de vendre des génisses et vaches pleines ou en lait. L’autre moitié des femelles est inséminée en Bleu Blanc Belge : les veaux croisés sont élevés en bœufs, vendus à 36 mois.
Enfin, la santé et la reproduction ont bénéficié de l’action préventive contre les mycotoxines. « Depuis la récolte 2023, nous ajoutons systématiquement un capteur de mycotoxines dans la ration, avec le minéral. Le capteur de mycotoxines coûte 20 centimes par vache et par jour, mais son coût est couvert par l’économie que nous faisons sur les paillettes et par le gain permis par l’amélioration de la santé des vaches », estiment les éleveurs.
Garder un système simple
Hugo et Xavier Rouland cherchent la technicité en toute simplicité. Les vaches taries sont conduites en un lot unique ; il n’y a pas de lot spécial préparation au vêlage. La ration, retravaillée en 2022, contient 15 kilos brut d’ensilage de maïs, 4,5 kilos de paille usinée, 4 kilos d’aliment spécial tarie et 100 grammes de chlorure de calcium.
Autre exemple : le mash pour les veaux de 3 semaines à 7 mois, a permis d’améliorer l’ingestion et donc la croissance, tout en simplifiant le travail pour distribuer la ration. Les génisses sont élevées en bâtiment jusqu’à ce qu’elles soient gestantes, puis, si la météo le permet, elles vont dans des prairies attenantes au bâtiment.
« Aujourd’hui, nous touchons du doigt nos objectifs, avec l’amélioration de la productivité laitière et des résultats de reproduction, précisent Hugo et Xavier Rouland. Il nous reste encore à optimiser le robot de traite en étalant les vêlages. Avant le robot, nous étions en vêlages groupés. Notre objectif est d’avoir 115 vaches à la traite toute l’année. Nous augmenterons peut-être encore un peu le nombre de vaches et le rendement laitier, mais seulement si cela améliore la marge à la vache. »
Un résultat fait par le volume et la maîtrise technique
Sur l’exercice comptable du 1/10/2024 au 30/09/2025, le robot de traite n’était pas encore installé.
L’EBE et le résultat courant de cet exercice comptable sont les meilleurs des quatre dernières années. Et pourtant, la marge des cultures de vente est la moins bonne des quatre dernières années. Et pourtant, durant neuf mois le chantier du robot de traite a impacté cet exercice, avec de mauvaises conditions de traite et de circulation.
| Produits | 946250 | Charges | 679656 | |
| Charges opérationnelles | 476792 | |||
| Produits de l'atelier Lait et bœufs | 807989 | dont aliments, fourrages et paille achetés | 253090 | |
| dont lait vendu à la laiterie | 694538 | dont engrais, phyto, semences | 69711 | |
| dont animaux | 113451 | dont frais véto, repro, d'élevage | 81958 | |
| Produits végétaux | 82131 | dont travaux par tiers | 57181 | |
| Total aides et aides exceptionnelles | 45119 | |||
| dont aides couplées animales | 6570 | Charges de structure hors amortissements | 202864 | |
| dont aides découplées | 35243 | dont carburant, lubrifiant | 19294 | |
| dont charges de personnel | 11417 | |||
| dont électricité, gaz, eau | 16624 | |||
| dont entretien matériel | 32371 | |||
| dont locations et charges locatives | 37580 | |||
| dont entretien installations et bâtiment | 13919 | |||
| dont frais divers de gestion et assurances | 27371 | |||
| dont impôts et taxes | 1736 | |||
| dont charges sociales des associés | 36689 | |||
| EBE hors rémunération des associés | 266594 | |||
| Approche comptable | Approche trésorerie | |||
| Amortissements | 121376 | Annuités long et moyen terme | 124188 | |
| Résultat financier | -19097 | Résultats financiers court terme | 253 | |
| Autres produits | 8492 | Autre résultat | 8497 | |
| Résultat courant hors rémunération des associés | 134613 | Revenu disponible avant rémunération des associés | 151156 |
Par rapport à l’exercice précédent, la hausse des produits est due au prix de base du lait et à une bonne qualité du lait (pas de cellules). Elle fait plus que compenser l’augmentation des charges opérationnelles (hausse exceptionnelle des travaux par tiers). Les charges de structure ont peu augmenté, mais à partir de l’exercice suivant, avec les frais d’entretien du robot, elles devraient croître. Ceci dit, la progression attendue du rendement laitier devrait diluer cette hausse des coûts.
Les investissements sont maîtrisés car beaucoup de matériel est en Cuma. Les éleveurs investissent dans des outils qui leur permettent d’augmenter la performance des animaux et de gagner du temps, avec un retour sur investissement rapide.
Le fort niveau d’engagement en Cuma se traduit par des charges de structure peu élevées et des charges opérationnelles élevées. Notamment, le coût de la désileuse automotrice avec chauffeur de la Cuma, de 64 400 euros, compte pour 70 % des frais d’élevage.
L’œil sur la marge pour ajuster additif et concentré
Hugo et Xavier Rouland gardent un œil sur la marge à la vache avant tout, puis sur la marge aux mille litres.
« Nous cherchons à faire notre marge par le volume de lait par unité de main-d’œuvre, par hectare et par vache. Et pas par la maximisation du prix du lait ou la réduction des charges. Je regarde quand même le coût de la ration, qui va de 6,10 à 6,40 euros par vache par jour, et qui n’a pas augmenté depuis l’installation du robot de traite », expose Hugo Rouland.
| Résultats technico-économiques de l'atelier lait de 2024/2025 | Principaux produits et charges en euros pour 1000 litres | |||||
| Gaec | Moyenne du groupe (1) | Gaec | Moyenne du groupe (1) | |||
| Nb de vaches présentes | 119 | 175 | Produit lait | 498 | 492 | |
| Nb d'UGB totales | 159 | Produit viande | 53 | 70 | ||
| UMO lait | 2 | 3,5 | Charges opérationnelles | 258 | 246 | |
| Lait en litres/UMO lait | 696 795 | 478 686 | dont Coût alimentaire | 201 | 195 | |
| Lait vendu en litres | 1 393 590 | 1 675 402 | dont coût des fourrages | 39 | ||
| TB - TP (g/l) | 41,6 - 33,8 | 41,6 - 33,4 | dont coût aliments achetés | 162 | ||
| dont Frais vétérinaire et d'élevage | 45 | 31 | ||||
| Taux de renouvellement | 28% | Marge brute aux 1000 litres et à la vache | 293 et 3430 | 322 et 2924 | ||
| IVV | 364 jours | Charges structures hors amortissement et frais financiers | 143 | 159 | ||
| âge au premier vêlage | 24,8 mois | 26 | Approche trésorerie : | |||
| Concentré des vaches et génisses | 339 g/l | Annuités et frais financiers | 83 | 111 | ||
| Concentré des vaches et génisses | 4 t/VL/an | Prix d'équilibre (2) (avant aides et prélèvements privés) | 414 | 435 | ||
| Source : Cerfrance Manche | ||||||
| (1) Le groupe est composé d'exploitations de plus de 800 000 litres de référence | (2) Charges opé. + Charges struct. + Annuités et frais financiers - autres produits de l'atelier lait | |||||
Un coût élevé de aliments achetés
Le coût des aliments achetés est élevé (1 900 €/VL/an), mais pour le réduire il faudrait travailler en matière première, en grande quantité, et donc investir dans un stockage de qualité. « Avec un seul aliment du commerce à ajouter au fourrage, la Cuma désilage avec chauffeur gagne du temps et le dosage est plus précis que s’il y avait deux aliments en plus petites quantités. Précision et régularité sont nécessaires pour des hautes productrices », estiment les éleveurs.
La marge sur coût alimentaire était de 12-13 euros par vache par jour en 2024-2025, mais avec la baisse du prix du lait, elle sera autour de 11 euros en ce début d’année. « Notre levier pour contenir la baisse sera de suspendre les additifs comme la smartamine et la graisse de palme, avant de réduire un peu les concentrés de production. Si la marge atteint 10 euros la vache, voire moins, nous envisagerons des ajustements dans la conduite des animaux. »
AVIS D'EXPERT - Mathilde Faivret Curti, conseillère au Cerfrance de la Manche
« Miser sur le confort des vaches rapporte au Gaec »
« La force de cet élevage est la rigueur des éleveurs et l’attention accordée aux animaux, qui font que même durant les neuf mois de chantier d'installation des robots de traite, les résultats techniques ont continué de progresser. L’autre atout est une bonne organisation spatiale sur le site : des silos face à face et des circuits logiques qui évitent les pertes de temps en allées et venues.
Les éleveurs misent sur le confort et l’ambiance du logement pour améliorer le bien-être animal et donc la production par vache.
Ils se sont dégagés du temps grâce à la désileuse en Cuma avec chauffeur et à la robotisation de la traite. Cela leur permet de mieux accompagner la performance de leurs animaux : parage, IA, surveillance.
Le point à améliorer serait le coût alimentaire, supérieur de 6 euros les 1000 litres à la moyenne du groupe (éleveurs à plus de 800 000 l de référence). Mais cela demanderait d’investir dans du stockage pour travailler en matière première, et de réorganiser le site. Aujourd’hui, la ration permet aux vaches laitières d’exprimer leur potentiel et le Gaec atteint une productivité par vache d'environ 12 000 litres par vache par an, nettement au-dessus de la moyenne de groupe (9 600 l). »