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un marché en panne

L’ambiance se voulait décontractée et conviviale… mais les discours reflétaient le pessimisme des opérateurs céréaliers.

«JE N’AURAIS qu’un mot à vous dire… Merci.» Baudouin Delforge, le président du Syndicat général de la bourse de commerce de Paris, a profité de la présentation de ses vœux aux professionnels de la filière des grains, pour les remercier de leur présence à la dernière Bourse européenne, qui a fait de Paris 2004 le succès que l’on sait. «Le chiffre officiel est de 2.630 entrées», note non sans fierté son président. La Bourse du Nouvel An, qui s’est déroulée vendredi dernier à la Bourse de commerce de Paris, permet au Syndicat d’inviter gracieusement le personnel d’exécution de ses entreprises adhérentes, qui compte au 1er janvier quinze nouvelles sociétés. L’occasion pour la Fédération française des syndicats de courtiers de marchandises, et son président, Alain Gérard, de lui rappeler —en offrant champagne et gougères— que les courtiers sont présents pour «assurer la transparence du marché et sa sécurité». L’activité commerciale, ou plutôt son absence…, était en effet au cœur des discussions de la nombreuse assistance présente.

Des opérateurs désabusés

«De l’avis général, les cours vont accentuer leur tendance baissière, en blé notamment, Bruxelles ne donnant aucun signe de vie. Le sujet n’a même pas été abordé au dernier Comité de gestion !», maugrée un courtier. Et un autre de renchérir : «La Commission européenne se fait désirer pour donner des aides à l’exportation car il y a encore des opérateurs qui “tirent” à zéro restitution !» Mais il va bien bien falloir que les autorités communautaires en adjugent, «non pour faire remonter les cours», mais simplement —d’un point de vue technique— pour alléger les stocks de fin de campagne.

Les opérateurs s’attendent en effet à des volumes de report record au 30 juin. D’autant plus que dans une quinzaine de jours le marché va être confronté à d’importantes sorties de culture, traditionnelles à cette époque de l’année, qui vont littéralement le «plomber». Les acteurs du commerce des grains tablent sur un repli de deux euros du prix du blé tendre pour cette seule huitaine, qui devrait s’aggraver dans les semaines à venir.

Les mises à l’intervention pour cette céréale ne sont pas encore significatives en France. Les organismes stockeurs attendent le dernier moment pour sauter le pas ; ils ont en effet jusqu’au 31 mai pour se décider. D’ici là, la situation aura peut-être évolué… Quoi qu’il en soit, tout le monde s’accorde à dire que, si offres à l’intervention il y a, elles seront massives. A moins que les agriculteurs —comme le suggère un observateur de la filière— ne reportent leurs blés sur la prochaine campagne commerciale, comme il y a deux ans où ils ont profité des maigres moissons suivantes pour valoriser au mieux leurs grains. Cependant, la récolte qui s’annonce ne semble pour l’heure ne pas avoir le même profil que celle de 2003 qui avait cumulé les accidents climatiques. De fait, le bon état végétatif des cultures —qui prédit pour l’instant une collecte 2005/2006 prometteuse— «ne fait qu’accentuer le pessimisme ambiant».

En l’état actuel des choses, le marché n’offre que peu de perspective : l’offre est conséquente et l’intérêt acheteur peu présent voire absent. «Maintenant, il faut que l’on fasse attention», s’inquiète un courtier. Et son interlocuteur d’acquiescer : «On entre dans la dernière ligne droite, il ne faut pas la rater». Tout est dit !

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