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Pommes de terre primeurs : les entrées dans l’Union européenne

Selon le CNIPT, les importations de primeurs ont beaucoup augmenté ces dernières années, passant de 310.000 t en 2001 à 510.000 t en 2005.

AU DEVELOPPEMENT de cette production agricole rentable dans les pays d’origine a répondu la demande de la distribution, soucieuse de répondre aux attentes des consommateurs en matière de diversité et de “fraîcheur” dès l’hiver. Parmi les provenances des pommes de terre primeurs importées dans l’UE, on ne peut que noter la forte progression d’Israël, capable d’apporter très tôt une qualité de produit, et de l’Egypte, freinée toutefois par des problèmes sanitaires importants. «Face à cette concurrence dynamique, la production nationale a un vrai défi à relever», souligne Jean-Luc Gosselin du Comité national interprofessionnel de la pomme de terre (CNIPT).

Une réglementation restrictive, avec son lot d’exceptions

Le règlement européen n°2000/29 du Conseil du 8 mai 2000 interdit les importations de pommes de terre en provenance de pays tiers, pour des raisons essentiellement sanitaires, la pomme de terre étant très sensible aux parasites exogènes. Toutefois, des exceptions sont accordées pour certains pays dans le ca-dre d’accords bilatéraux entre ces pays et l’UE. Les pays bénéficiaires de ces accords sont le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Egypte, la Syrie, Israël, la Turquie et la Suisse. Ils portent sur toutes les pommes de terre de consommation, comme pour le Maroc par exemple, ou seulement sur les primeurs, comme pour Israël. Dans ce cas, en l’absence de réglementation internationale contraignante, la Commission précise que les produits dans l’UE sous cette position de la nomenclature tarifaire doivent se caractériser, notamment, par «leur peau mince ou à peine formée, qui est peu adhérente et se détache sans difficulté par grattage». Elles doivent en outre être introduites entre le 1 er janvier et le 30 juin. Dans cette période, il faut également tenir compte de contingents tarifaires accordés à certains pays, qui bénéficient ainsi de droits à l’entrée réduits. Par ailleurs, les pommes de terre importées de pays tiers doivent naturellement respecter la réglementation destinée à l’information et à la protection des consommateurs, issue de l’arrêté de commercialisation du 26 mars 1997.

Un marché européen ouvert

Les pommes de terre primeurs représentent la quasi-totalité des pommes de terre importées dans l’UE à 15, plus de 510.000 t sur 560.000 t. Les principaux pays fournisseurs de l’UE à 15 ont été en 2005 l’Egypte (45 % du total avec 230.000 t), Israël (43,5 % avec 220.000 t), et le Maroc (8,5 % avec 40.000 t). Ces trois pays représentent donc plus de 95 % des pommes de terre primeurs importées dans l’UE. Avant son adhésion le 1 er mai 2005, Chypre comptait pour 10 % avec 50.000 t. L’Egypte a augmenté ses exportations de plus d’un tiers en deux ans et les a presque doublées depuis 2000, passant de 125.000 t en 2001 à 170.000 t en 2003 et 230.000 t en 2005. Dans le même temps, les expéditions d’Israël ont plus que doublé, de 100 à 110.000 t entre 2000 et 2003 à plus de 220.000 t en 2004 et 2005. Les ventes du Maroc sont stables, entre 40 et 50.000 t, et celles de Chypre étaient en baisse avant son adhésion. Les pommes de terre égyptiennes sont principalement destinées à l’Italie, qui en importe plus de 40 % (soit près de 100.000 t en 2005), ainsi qu’à l’Allemagne (20 %, soit plus de 45.000 t), et dans une moindre mesure à la Grande-Bretagne, qui en prend 10 % avec 20.000 t.

Les pays du Nord sont les plus acheteurs

La Grande-Bretagne est le principal importateur de pommes de terre primeurs israéliennes, avec 45 % du total et plus de 100.000 t. La France n’arrive qu’en second, avec 55.000 t en 2005, et 25 % des introductions. Viennent ensuite l’Espagne et la Belgique, avec 30.000 t (13 %). Mais c’est dans ces deux pays, ainsi qu’en France, que la progression des importations a été la plus spectaculaire. Enfin, sans surprise, la France reste la principale destination des primeurs marocaines, avec plus des trois quarts du total vendu en Europe, ce qui ne représente cependant que 30.000 t.

Il est impossible de connaître les réexpéditions de produits d’un pays à l’autre. On peut seulement constater que l’Allemagne n’importe pas directement de pommes de terre primeurs d’Israël, alors que l’on en trouve en vente, et qu’elles parviennent donc soit de France, soit de Belgique. On peut aussi penser que toutes les pommes de terre importées d’Egypte en Italie et d’Israël en Espagne ne sont pas vraiment destinées à la consommation nationale.

Force également est de constater que l’approvisionnement extracommunautaire en pommes de terre primeurs a supplanté les échanges intracommunautaires. Notamment, les ventes de primeurs françaises, espagnoles et italiennes ont beaucoup baissé dans les pays du nord de l’UE, au profit des pays tiers cités qui comptent pour 60 à 80 % des approvisionnements. Seule l’Italie parvient à maintenir un bon courant d’échanges avec l’Allemagne, dans les deux sens d’ailleurs.

«Dans ce contexte, qui n’est pas propre à la pomme de terre, d’extension de la notion de saison et de primeur, qui trouble des consommateurs n’ayant déjà plus beaucoup de repères, il est devenu difficile aux produits locaux de conserver la place qu’ils avaient traditionnellement», conclut le CNIPT.

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