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Méthanisation : les éleveurs face à l'opposition des riverains

Mise en avant comme une alternative aux énergies fossiles et un moyen de produire de l’énergie verte, la méthanisation est pourtant un sujet qui divise. Sur le terrain, voisins et élus font part de leur méfiance, voire même leur opposition, à certains projets. La méthanisation doit encore convaincre.

© Jean-Michel Nossant (archives)

La méthanisation permet de produire de l’énergie substituable aux énergies fossiles. Cette alternative durable qui propose la fabrique d’énergie verte et qui recycle les effluents d’élevage connaît un engouement et de nombreux adeptes et promoteurs. Pourtant, localement, des voix s’élèvent contre certains projets. Voisins et élus montent au créneau. C’est le cas à Bailleul dans le Nord où les défenseurs d’un projet d’unité de méthanisation commun à cinq fermes d’élevage se sont retrouvés face aux opposants au projet dans les rues de la ville le 16 janvier 2021. « Nous ne sommes pas contre le procédé de méthanisation quand il est établi à l’échelle d’une ferme, » indique Denis Top. Les propos du manifestant de la Confédération paysanne sont relatés dans Terres et Territoires. Ce que conteste l’agriculteur syndicaliste, c’est le projet de « grande taille » qui n’est pas conforme à sa façon de concevoir « l’avenir de l’énergie verte, » rapporte encore le journaliste Sylvain Playoult.

Lire dans Terres et Territoires « Méthanisation : "pour" et "anti" manifestent au même moment à Bailleul »

Les projets en adéquation avec la taille de l'exploitation mieux accueillis

Dans le Finistère, un autre projet se construit dans un vent de contestation. Il s’agit du méthaniseur de Commana, près de Brest. Le conseil municipal de la ville a voté le mercredi 24 mars l’autorisation de signer un protocole avec le GaecTourmel, autorisant l’installation d’un gazoduc sur le domaine communal. Mais #LeGazVertLavenir développé par GRDF ne convainc pas tous les riverains ni tous les élus. Là encore, c’est la taille du projet qui effraie et la perspective d’épandage de digestats en amont du Lac du Drennec qui alimente Brest en eau potable. Sandrine Le Feur, agricultrice bio et députée du Finistère est clairement contre le projet. Dans un débat parlementaire organisé en ligne par la Fnab le 7 avril 2021 sur la Pac et le bio, elle se disait favorable à des « projets adaptés à l’exploitation ». Pour aller dans ce sens « la réglementation doit être renforcée, » indiquait-elle. Pour elle, il faut également « être vigilant sur ce qu’on met dans le méthaniseur ». Ses propos visaient en particulier le maïs, incorporé dans les méthaniseurs pour apporter de la matière sèche en complément des effluents d'élevage. Produire du maïs et éventuellement l’irriguer, à destination de la méthanisation est à ses yeux « inacceptable ». Dans ce même webinaire, la députée de l’Ille-et-Vilaine Claudia Rouaux, partageait cet avis en jugeant « scandaleux » l’apport de maïs dans les méthaniseurs.

Une mission sénatoriale

Au sein du Sénat, une mission d’information sur la méthanisation a été mise en place le 17 février 2021. La mission s’intitule « méthanisation dans le mix énergétique : enjeux et impacts ». Son rapporteur est Daniel Salmon (EDS, Ile-et-Vilaine) et son président Pierre Cuypers (LR, Seine et Marne). La mission qui compte 23 membres au total devrait fournir un rapport d’ici quelques mois. Le sénateur Salmon souhaite faire le bilan de tous les « réels apports » du procédé de méthanisation, en s’intéressant notamment à la question du maïs. Le maïs plante entière est utilisé dans nombre de méthaniseurs pour accélérer le pouvoir méthanogène des matières premières entrantes. Le 18 février, il indiquait à Agra Presse : « La fuite en avant d’une agriculture intensive, qui s’éloigne du type d’agriculture familiale et paysanne, suscite quelques inquiétudes. » La mission est au travail pour étudier les atouts et les points de fragilité de la filière, qui seront « examinés sans parti pris » assurait le rapporteur en février.

Bénéfices environnementaux et acceptabilité sociale

« La méthanisation, bonne pour la planète ? Certains élus et citoyens s’interrogent. Et c’est la question posée aussi par Terra, dans un article relatant le salon digital Biogaz Bio360Week qui s’est déroulé du 22 au 26 mars 2021. Lors de ce rendez-vous, Sylvain Frédéric, responsable R & D biométhane chez GRDF (Gaz réseau distribution de France) a expliqué comment la méthanisation permettait de réduire les GES (gaz à effet de serre) « à plusieurs niveaux ». La journaliste Claire Le Clève rapporte l’inventaire dressé par le spécialiste : il est possible de diminuer ces GES « en substituant par du biométhane les énergies fossiles, en utilisant le digestat en lieu et place de l’azote minéral, en réduisant les émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) des effluents d’élevage, et celles évitées par le traitement alternatif des déchets, sans compter l’augmentation du stockage de carbone du sol lié aux pratiques agricoles (Cive ou Cipan) ».

Cependant « la filière aurait beaucoup à gagner en maximisant les bénéfices environnementaux qui dépendraient des pratiques agricoles, » avance la journaliste qui évoque aussi à l’issue de ce salon en ligne « l’enjeu d’acceptabilité sociale ».

Lire dans Terra « La méthanisation, bonne pour la planète ? »

Impliquer les riverains et les élus dans les projets

Favoriser l’acceptation des projets de méthanisation par les voisins et les élus, c’est ce à quoi travaille Caroline Depoudent, conseillère en élevage pour les chambres d’agriculture de Bretagne. Les riverains ne sont pas forcément « opposés à l’élevage ou à la méthanisation, » observe-t-elle dans Terra, mais « ils n’en veulent pas près de chez eux ». Leurs craintes portent principalement sur les nuisances potentiellement liées à la méthanisation : « odeurs, bruits, mais aussi circulation routière accrue, dégradation du cadre de vie et de la tranquillité, moindre valeur de leur logement, risque d’explosion ou de pollution accidentelle du milieu… » énumère Chantal Pape dans son article. Dans le journal breton, Caroline Depoudent suggère encore d’impliquer les riverains et les élus locaux dans le projet pour les aider à mieux l’accepter. « Ce sera d’autant plus facile que le projet aura un impact direct sur leur territoire, en fournissant du gaz à une entreprise locale, en chauffant la piscine municipale… » De même, pour les matières venant alimenter le méthaniseur, les riverains sont « plus favorables aux intrants agricoles locaux. »

Lire dans Terra « Méthanisation : favoriser l’acceptation du projet par voisins et élus »

Méthasocio : étude de l'aspect humain et social des freins à la méthanisation

Pour analyser le rôle et l’importance des facteurs humains et sociaux des projets de méthanisation agricoles, une étude a été menée de 2016 à 2020. Ce programme baptisé Methasocio a été mené conjointement par plusieurs partenaires et financé par l’Ademe, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. L’étude a montré notamment que « sauf à vouloir se lancer dans un projet très atypique, les caractéristiques du projet de méthanisation jouent très peu dans le déclenchement d’un conflit, » indique Caroline Depoudent dans Terra.

Les chambres d’agriculture de Bretagne étaient l’un des acteurs de ce projet, aux côtés de la Chambre d’agriculture des Pays de Loire, Laress à l’ESA d’Angers, l’Association d’initiatives locales pour l’énergie et l’environnement et l’association Aile en Pays de Loire.

Lire aussi « Dans le Tarn, une production de gaz agricole qui bénéficie aux habitants et aux entreprises locales »

Lire aussi dans Réussir Lait « Les clés d’une méthanisation vertueuse »

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